Gros planNationalSociété

Tunis suffoque sous la chaleur… et sous les ordures !

La canicule s’installe sur la Tunisie. Les températures flirtent avec les 45°C dans plusieurs régions du pays. Alors que les autorités multiplient les appels à la vigilance face aux risques liés aux fortes chaleurs, un autre danger, bien plus visible, continue de prospérer dans les rues de la capitale : les montagnes d’ordures.

Il suffit de parcourir quelques quartiers de Tunis pour constater l’ampleur du problème. Des sacs-poubelles éventrés, des déchets ménagers abandonnés sur les trottoirs, des conteneurs débordants et des odeurs pestilentielles accueillent les habitants dès le lever du jour. Des quartiers populaires aux zones résidentielles, rares sont les secteurs épargnés.

Cette situation n’est pas seulement une atteinte à l’image de la capitale. Elle constitue une véritable menace sanitaire.

Sous une chaleur dépassant les 40°C, les déchets organiques entrent rapidement en décomposition. Ils deviennent un terrain propice à la prolifération des bactéries, des insectes, des mouches, des moustiques et des cafards. Plus inquiétant encore, les rats trouvent dans ces amas de détritus nourriture et refuge, favorisant leur multiplication au cœur des zones habitées.

Le risque d’apparition de maladies infectieuses ou de troubles gastro-intestinaux augmente inévitablement lorsque les déchets s’accumulent sans être collectés régulièrement. Les mauvaises odeurs, les liquides issus de la décomposition des ordures et la présence de nuisibles dégradent considérablement la qualité de vie des citoyens.

Le paradoxe est frappant. Alors que les pouvoirs publics recommandent d’éviter les coups de chaleur, de s’hydrater et de protéger les personnes vulnérables, ils semblent incapables de garantir l’un des services publics les plus élémentaires : une collecte régulière des déchets.

Cette crise révèle une défaillance plus profonde de la gouvernance locale. Le ramassage des ordures ne peut dépendre des circonstances ou des moyens du moment. Il s’agit d’une mission permanente, encore plus essentielle lors des épisodes de fortes chaleurs, où chaque journée de retard aggrave les risques sanitaires.

La question dépasse d’ailleurs la seule municipalité de Tunis. Elle interpelle l’ensemble des acteurs concernés : collectivités locales, Agence nationale de gestion des déchets, ministère de l’Environnement et autorités régionales. Une meilleure coordination, une planification adaptée aux périodes estivales et des moyens renforcés sont indispensables pour éviter que la capitale ne se transforme en foyer de pollution.

Au-delà des institutions, la responsabilité est également citoyenne. Les dépôts anarchiques d’ordures, les déchets jetés hors des conteneurs ou à des horaires inadaptés aggravent une situation déjà critique. La lutte contre cette crise exige une mobilisation collective.

Une capitale est la vitrine d’un pays. Voir Tunis ensevelie sous les déchets en pleine vague de chaleur renvoie l’image d’une ville qui peine à assurer les services les plus essentiels à ses habitants. À l’heure où la Tunisie cherche à renforcer son attractivité touristique et économique, laisser les ordures envahir les rues n’est pas seulement un problème de propreté : c’est une question de santé publique, de dignité et de crédibilité.

KS

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page