Ceuta: Meloni réclame l’exlusion de l’Espagne de l’espace Schengen ; la macronite réagit et le Maroc pointe la visite de Sanchez à Alger…

Tunis – Univers News. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a exigé, hier jeudi, la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, à la suite de l’entrée massive et incontrôlée de plusieurs centaines de migrants non réguliers dans l’enclave de Sebta depuis le Maroc.
C’est via une déclaration ferme publiée sur la plateforme X (anciennement Twitter) que la cheffe du gouvernement italien a tiré la sonnette d’alarme. « Les images en provenance de l’enclave de Sebta sont choquantes et démontrent une fois de plus que la migration irrégulière non contrôlée constitue une menace concrète pour la sécurité des frontières de l’Europe », a-t-elle affirmé.
L’enclave espagnole de Sebta (Ceuta) fait face à une nouvelle vague de traversées clandestines qui a provoqué une forte pression sur ses capacités d’accueil et ses dispositifs de sécurité. Ces derniers jours, des centaines de migrants ont tenté de rejoindre le territoire espagnol en franchissant la frontière maritime à la nage, entraînant une situation jugée critique par les autorités locales.
Décidée à ne pas laisser la situation s’envenimer, Giorgia Meloni a précisé s’être entretenue directement avec son ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, avant de marteler que « l’Italie ne restera pas les bras croisés ».
Le gouvernement italien appelle désormais à la convocation en urgence des instances européennes compétentes. À l’issue de ces concertations, Rome se dit prête à prendre des mesures exceptionnelles pour défendre ses frontières et la sécurité de ses citoyens — une stratégie qui inclut explicitement la suspension des accords de Schengen à l’encontre de l’Espagne.
L’initiative italienne a reçu vendredi un appui de poids de la part du gouvernement finlandais. La ministre de l’Intérieur finlandaise, Mari Rantanen (issue de la droite populiste), s’est exprimée sans détour sur X pour dénoncer l’attitude de Madrid face à la crise.
« L’Espagne a complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions. Cela ne peut pas continuer », a écrit la ministre finlandaise. Enfonçant le clou, elle a estimé que « les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen », avant d’appeler l’ensemble des nations européennes à emboîter le pas à la proposition de la cheffe du gouvernement italien.
Extrême droite et macronite font dans le « caricatural »
Ils n’auraient pas pu réagir plus vite. Pour servir leur discours, de nombreux dirigeants politiques français, à droite, à l’extrême droite, mais également chez les macronistes, sautent sur les vidéos en provenance de Ceuta, la petite enclave espagnole située sur les côtes marocaines et qui enregistre depuis plusieurs jours une arrivée massive de migrants.
Environ 40 000 personnes, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents, ont effectivement traversé la frontière ces derniers jours selon différentes sources locales, et 18 d’entre elles sont mortes noyées. De quoi provoquer des images saisissantes, utilisées par plusieurs forces réactionnaires à travers la planète, à commencer par l’administration Trump, aux États-Unis.
En France, ce sont donc les élus du Rassemblement national et des Républicains qui sonnent la charge. Pas, bien sûr, pour déplorer le drame humain et la vingtaine de décès, mais bien dans l’idée de nourrir leurs propres idéologies, tout en forçant le gouvernement français à réagir. Illustration avec Jordan Bardella, le président du RN, qui affirme sur les réseaux sociaux que ces migrants « seront demain dans nos rues, contre la volonté du peuple français ».
« Déferlante migratoire sur l’Espagne et sur l’Europe »
Un discours que l’on retrouve du côté de certains élus de droite, voire macronistes, sans davantage de nuances. Ainsi, Charles Rodwell, député membre du groupe de Gabriel Attal à l’Assemblée, reprend le vocabulaire des nationalistes et parle de « déferlante migratoire sur l’Espagne et sur l’Europe » qui serait encouragée par les gauches européennes. Un des autres arguments en vogue, aussi caricatural soit-il.
En effet, dans leurs diatribes, tous ces élus ciblent le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez comme responsable de la situation. C’est ce que fait notamment la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, qui (comme dit plus haut) veut exclure Madrid de l’espace Shengen. « En régularisant des centaines de milliers de clandestins, le Premier ministre socialiste de l’Espagne Pedro Sanchez a ouvert les portes de l’Europe à tous les dangers », cingle par exemple Jordan Bardella, quand Charles Rodwell le martèle : « La gauche au pouvoir, c’est la porte ouverte aux déferlantes migratoires. » Une façon de cibler leur adversaire originel, tout en jouant sur l’affect de leurs électeurs.
Problème : Ces discours, un brin hâtifs, ne correspondent pas à la réalité et aux faits précis qui se jouent à Ceuta cet été. Pour pointer du doigt le gouvernement de l’autre côté des Pyrénées, droite et extrême droite évoquent en premier le grand plan de régularisations exceptionnelles décidé par Pedro Sanchez ce printemps.
Le Maroc instrumentalise la visite de Pedro Sachez à Alger
C’est cette stratégie, estiment-ils, qui a provoqué un appel d’air et in fine les arrivées massives constatées cette fin de semaine. Raté. Le fameux plan décidé par les socialistes espagnols a officiellement pris fin le 30 juin dernier, il y a un mois. Difficile donc d’imaginer ces milliers de marocains tenter une traversée dangereuse, en témoignent les drames, uniquement dans l’intention de bénéficier de conditions de régularisation… qui n’existent plus.
Plusieurs sources, dont l’AFP, laissent plutôt entendre que l’afflux massif de ces derniers jours résulte d’une nouvelle brouille diplomatique entre Madrid et Rabat, à l’heure où le Premier ministre espagnol essaie de se rapprocher de l’Algérie plutôt que du Maroc. Pedro Sanchez était à Alger il y a dix jours à peine pour essayer de tourner la page de quatre années difficiles. Dans ce contexte, un journaliste de l’agence de presse française affirme que des jeunes Marocains, rassemblés à la lisière de Ceuta, lui ont expliqué avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ».
Un contexte qui rappelle inévitablement la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers de Marocains avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un premier différend diplomatique avec l’Espagne. À l’époque, le Maroc avait reproché à Madrid l’accueil, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario (soutenu par l’Algérie contre le Maroc).
D’ailleurs, Pedro Sanchez – qui doit se rendre à Ceuta ce vendredi – a déjà expliqué que « des mesures pour le transfert » vers le Maroc seront prises pour « toutes les personnes qui sont entrées illégalement » dans l’enclave espagnole. Ce que ne disent pas les réactions françaises, promptes à qualifier ces migrants de danger imminent, quand bien même ils se trouvent actuellement sur un autre continent, à 1 000 kilomètres du territoire français, de l’autre côté de la Méditerranée.



