Fonction publique en Tunisie : qui sont les grands employeurs de l’État ?

Une administration de plus de 650 000 agents
Tunis – Univers News. Avec 652 498 agents recensés en décembre 2025, la fonction publique reste, et de très loin, le premier employeur du pays. Ce chiffre marque un léger rebond : +5 343 agents par rapport à 2024, soit une progression annuelle modérée d’environ 0,8 %, mais qui met fin à trois années consécutives de baisse des effectifs (-10 842 en 2022, puis à nouveau en 2023 et -9 257 en 2024). L’année 2025 a en effet vu les recrutements repartir nettement à la hausse, avec 38 701 nouvelles entrées pour 33 358 sorties.
L’écrasante majorité de ces agents — 625 801 personnes, soit 95,9 % de l’effectif total — dépend de l’administration centrale et des établissements publics, tandis que 26 697 agents seulement relèvent des municipalités et collectivités locales, réparties sur les 24 gouvernorats et plus de 350 communes du pays.
Le podium des grands employeurs publics
Derrière ce chiffre global, l’essentiel des effectifs se concentre en réalité dans une poignée de départements ministériels. Quatre d’entre eux regroupent, à eux seuls, la majorité des agents de l’État :
1. Le ministère de l’Éducation arrive très largement en tête, avec 197 836 agents — enseignants, personnel administratif et technique des écoles, collèges et lycées publics. Il demeure le premier employeur public sur toute la période 2018-2025, avec des effectifs globalement stables et une nouvelle progression en 2025.
2. Le ministère de l’Intérieur suit avec 96 146 agents, un chiffre qui recouvre les forces de sécurité intérieure (police, garde nationale) et l’administration territoriale.
3. Le ministère de la Défense compte 87 765 agents, essentiellement militaires.
4. Le ministère de la Santé publique ferme ce quatuor avec 78 622 agents — médecins, personnel paramédical et administratif des hôpitaux et centres de soins publics. C’est d’ailleurs, avec l’Éducation, l’un des deux ministères dont les effectifs ont continué de progresser sur l’ensemble de la période 2018-2025, alors que la tendance générale était plutôt à la maîtrise, voire à la contraction, des recrutements.
À eux quatre, Éducation, Intérieur, Défense et Santé publique concentrent donc plus des deux tiers des agents de l’État — une hiérarchie stable depuis des années et qui reflète les priorités structurelles de l’administration tunisienne : instruction, sécurité et soins.
Au-delà des ministères : les grandes entreprises publiques
Ce panorama ministériel ne dit pas tout de l’emploi public tunisien. À côté de l’administration proprement dite, plusieurs grandes entreprises et établissements publics à caractère industriel ou commercial comptent également parmi les plus gros employeurs du pays, à l’image de :
- la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG), qui emploie plus de 15 000 personnes ;
- Tunisie Télécom, l’opérateur historique de télécommunications, avec environ 8 000 salariés ;
- l’Office National de l’Assainissement (ONAS), actif dans le secteur de l’eau et de l’assainissement.
S’y ajoutent les universités, les hôpitaux universitaires et les centres de recherche publics, qui emploient une part significative de personnel hautement qualifié, ainsi que les grandes banques publiques comme la Société Tunisienne de Banque, régulièrement présentes dans les concours de recrutement du secteur.
Une masse salariale sous tension
Cette concentration des effectifs a un prix : la masse salariale de la fonction publique s’élève à 25,267 milliards de dinars dans le budget 2026, contre 24,389 milliards en 2025, soit une hausse de 3,6 %.
Rapportée au PIB, cette enveloppe devrait toutefois se stabiliser à 13,4 % en 2026, contre 14,1 % en 2025 et 13,9 % en 2024 — une trajectoire de maîtrise relative après des années de dérive, puisque ce ratio dépassait encore 16 % en 2020.
Sur le temps long, la progression reste spectaculaire : la masse salariale publique est passée de 6,8 milliards de dinars en 2010 à plus de 25 milliards prévus pour 2026. Une hausse qui traduit à la fois l’augmentation des effectifs et les révisions salariales, mais qui n’a pas toujours suivi le rythme de l’inflation, érodant le pouvoir d’achat d’une partie des agents de l’État — pourtant considérés comme l’un des piliers de la classe moyenne tunisienne.
Sur le plan des rémunérations individuelles, les écarts entre catégories restent marqués : en 2025, un agent de catégorie A1 perçoit en moyenne 3 106,7 dinars bruts par mois, contre 1 758,3 dinars pour la catégorie D et 1 460,5 dinars pour un ouvrier. L’analyse par déciles montre par ailleurs une progression salariale relativement homogène entre 2024 et 2025 : le premier décile (les revenus les plus bas) est passé de 1 321,6 à 1 381,9 dinars, tandis que le neuvième décile a également progressé, dans des proportions comparables.
Le budget 2026 : reprise des recrutements
Le projet de loi de finances 2026 confirme cette reprise des embauches, avec 22 523 nouveaux postes créés et la régularisation de 51 878 situations d’emploi précaire au total — parmi lesquelles environ 12 942 ouvriers de chantiers et 13 837 enseignants et instituteurs suppléants intégrés à la fonction publique. L’Éducation, la Santé, la Défense et l’Intérieur restent les secteurs prioritaires de ces recrutements, confirmant leur statut de plus grands employeurs de l’État.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte social où l’emploi public continue de jouer un rôle d’amortisseur face au chômage — 15,7 % dans l’ensemble de la population active en 2025, et jusqu’à 24 % chez les diplômés du supérieur —, la fonction publique demeurant, pour de nombreux jeunes tunisiens, l’une des voies d’insertion professionnelle les plus recherchées malgré les tensions budgétaires qu’elle fait peser sur les finances de l’État.



