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Amel Kort, chercheuse en métrologie des aérosols : Pollution de l’air : à quoi sommes-nous exposés ?

Tunis – Univers News. L’invisible peut en dire long sur votre santé.Bactéries, virus, anomalies… et des millions de micro-organismes coexistent avec notre corps chaque jour. Les analyses biologiques permettent de détecter ces agents invisibles et de révéler ce qui se passe réellement dans l’organisme. Que ce soit dans la rue, en forêt ou tout simplement chez vous… L’air que vous respirez est –il pollué ! Et cette pollution invisible est une vraie menace pour la santé. De quels polluants parle-t-on ? D’où viennent-ils ? Et comment les mesurer et les limiter ?Au cours d’un débat organisé par le Rotary Club Néapolis Nabeul, Amel Kort Chercheuse en métrologie des aérosols à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en France a indiqué que « la pollution de l’air est un problème environnemental et social .L’air transparent n’est pas forcément un air propre. Fumée, sable, pollen, particules soufrées, émis par diverses sources, ne connaissent pas les frontières et passent d’un continent à l’autre. Ce faisant, ils influent sur le climat et la météorologie. Notre santé humaine est par exemple fortement altérée par la présence de particules fines ou ultrafines généralement anthropogènes, comme l’amiante ou les particules émanant des moteurs diesel que nous sommes amenés à respirer dans les zones densément peuplées. Fumée, sable, pollen, suie, particules soufrées… les aérosols, émis par diverses sources, ne connaissent pas les frontières et passent d’un continent à l’autre. Ce faisant, ils influent sur le climat et la météorologie.Les aérosols d’origine naturelle comprennent la poussière, la fumée des feux de forêt..Les aérosols d’origine humaine résultent de l’activité industrielle et de la combustion de combustibles fossiles et de bois. . Ces aérosols ont tendance à être de couleur claire. Les aérosols de couleur foncée absorbent le rayonnement, ce qui entraîne un réchauffement de l’atmosphère Les aérosols de couleur claire réfléchissent le rayonnement, ce qui entraîne un refroidissement de l’atmosphère. Les aérosols sombres peuvent également provoquer un réchauffement supplémentaire lorsqu’ils se déposent sur la neige et la glace, car ils assombrissent la surface, ce qui entraîne l’absorption d’une plus grande quantité de rayonnement sur ces surfaces par ailleurs réfléchissantes».

Le droit à un air sain : un nouveau paradigme

Le droit à un air sain : un nouveau paradigme, renvoie à une évolution importante de la manière de penser la protection de l’environnement et les droits fondamentaux selon Amel Kort « Traditionnellement, la qualité de l’air était surtout envisagée comme une question de santé publique et de réglementation environnementale : l’État fixe des normes d’émission, surveille les polluants et sanctionne les dépassements. Le paradigme émergent consiste à considérer l’accès à un air sain comme un véritable droit, rattaché au droit à la santé et à un environnement sain. Un tel droit ne serait pas purement symbolique. Il implique des obligations pour les pouvoirs publics : prévenir la pollution, surveiller la qualité de l’air, informer la population, réduire les émissions et adopter des politiques cohérentes dans les domaines des transports, de l’industrie, de l’énergie et de l’urbanisme.Le droit à un air sain constitue potentiellement un nouveau paradigme juridique et politique, à l’intersection du droit de l’environnement, des droits humains et de la santé publique. Il transforme la question de la qualité de l’air : de problème technique et administratif, elle devient une question de justice, d’égalité et de droits fondamentaux.La situation actuelle, sur les plans écologique et sanitaire, appelle à une prise de conscience existentielle : celle de l’interdépendance du vivant humain et non humain et de tout ce qui l’entoure,Déjà, ce changement de paradigme commence à voir le jour dans les systèmes juridiques. Au Royaume Uni, la pollution est inscrite officiellement sur un certificat de décès en 2020. En France, le conseil d’Etat était obligé entre 2021-2023 à verser un total de 40 millions d’euros d’astreintes financières. Cette sanction historique fait suite aux dépassements persistants des seuils limites de pollution de l’air (notamment le dioxyde d’azote) dans plusieurs grandes zones urbaines du pays.En Italie, la Cour Européenne des Droits de l’Homme ( CEDH) a condamné l’État italien en 2019 pour son manquement à protéger les personnes contre les effets de la pollution industrielle . En cause : la pollution toxique persistante provenant de l’aciérie Ilva à Tarente, et l’insuffisance des mesures prises par les autorités italiennes pour protéger la population exposée. La Cour a notamment considéré que les mesures de protection environnementale et sanitaire devaient être mises en œuvre aussi rapidement que possible»

La double réalité de l’air tunisien

Globalement, l’air en Tunisie n’est pas considéré comme parfaitement sain, surtout dans les grandes zones urbaines, mais la situation varie beaucoup selon la ville, la circulation, l’industrie et les conditions météorologiques. « La double réalité de l’air tunisien correspond à la coexistence de deux grandes catégories de pollution atmosphérique : la pollution anthropique, liée aux activités humaines, et la pollution naturelle, fortement influencée par la position géographique de la Tunisie à proximité du Sahara et de la Méditerranée, explique Amel Kort qui explique que « La pollution anthropique est l’empreinte des activités humaines.En Tunisie, les principales sources anthropiques sont les transports routiers, qui émettent notamment des oxydes d’azote (NOx), du monoxyde de carbone (CO) et des particules ,les activités industrielles, particulièrement importantes dans les zones industrielles comme Sfax ,la combustion des combustibles fossiles dans les installations industrielles et énergétiques ,le brûlage des déchets et de la biomasse ,les activités agricoles, qui peuvent contribuer aux émissions de particules et de certains composés azotés et la remise en suspension des poussières urbaines par la circulation et le vent. Le réseau tunisien de surveillance de la qualité de l’air mesure notamment le SO₂, les NOx, les particules, le CO et l’ozone. Cette pollution est particulièrement préoccupante dans les grandes agglomérations et les zones industrielles, où les émissions sont concentrées. Des travaux sur la Tunisie identifient ainsi le trafic, les industries lourdes, la combustion de biomasse et certaines activités industrielles et agricoles parmi les sources importantes de particules.»

Et d’ajouter « La particularité tunisienne est que la pollution atmosphérique ne provient pas uniquement de l’activité humaine. La Tunisie est directement exposée aux poussières désertiques sahariennes.Lors des épisodes de poussières, les vents soulèvent et transportent de grandes quantités de particules minérales. Ces poussières peuvent parcourir de longues distances et faire fortement augmenter les concentrations de PM. Dans le sud tunisien, des épisodes particulièrement intenses ont même produit des concentrations de PM dépassant temporairement 1 500 µg/m³. D’autres phénomènes naturels participent également à la composition de l’air, notamment les embruns marins, l’érosion des sols et la remise en suspension naturelle des poussières. Le plus intéressant dans le cas tunisien est que les deux sources se superposent.Un épisode de forte concentration de particules dans une ville tunisienne ne signifie donc pas nécessairement que toute la pollution provient des voitures ou des usines. Une partie peut être constituée de poussières sahariennes, tandis qu’une autre provient des activités humaines. La qualité de l’air tunisien résulte ainsi d’une interaction entre les pressions exercées par l’urbanisation, les transports et l’industrie et les conditions naturelles liées au climat méditerranéen et à la proximité du Sahara. Cette double origine constitue une spécificité importante de la Tunisie : les politiques de lutte contre la pollution peuvent agir sur les émissions anthropiques, mais elles doivent aussi tenir compte des épisodes naturels de poussière, qui peuvent parfois dominer temporairement les concentrations de particules.»

La Surveillance nationale de la qualité de l’air en Tunisie

La Surveillance nationale de la qualité de l’air en Tunisie, est assurée, selon, Amel Kort, par le Réseau National de Surveillance de la Qualité de l’Air, géré par l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE).Le réseau a été créé en 1996 au sein de l’ANPE. 30 stations fixes réparties sur le territoire tunisien, reliées à un poste central situé au super-site d’El Mourouj mesurent notamment : le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone ,l’ozone ,les particules solides ainsi que des paramètres météorologiques comme le vent, la température, l’humidité et la pression. Les mesures sont réalisées automatiquement et les données sont transmises au Poste Central National, où elles sont contrôlées et comparées notamment à la norme tunisienne NT 106.04. Le réseau comprend également des laboratoires mobiles, permettant d’effectuer des campagnes de mesure dans des zones dépourvues de stations fixes.

Mohamed Selim

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