
Tunis – Univers News. La Tunisie pourrait-elle redevenir un acteur majeur sur le marché mondial du phosphate ? Le projet Gasaat, dans le gouvernorat de Kasserine, ravive cette perspective avec l’annonce d’une ressource estimée à 166,6 millions de tonnes de phosphate, faisant de ce gisement l’un des projets miniers les plus prometteurs actuellement développés dans le pays.
Le projet est porté par la société australienne PhosCo, qui mène des activités d’exploration et de développement dans le secteur phosphatier tunisien. Selon les données avancées autour du projet, la ressource présente une teneur moyenne de 20,6 % en P₂O₅, un élément déterminant pour évaluer la qualité du minerai et son potentiel industriel.
Mais derrière ces chiffres se dessine surtout un nouvel intérêt stratégique. Les États-Unis cherchent depuis plusieurs années à diversifier leurs sources d’approvisionnement en minerais et matières premières considérés comme stratégiques. Le phosphate, indispensable à la production d’engrais et donc étroitement lié à la sécurité alimentaire, figure parmi les ressources qui retiennent l’attention.
Dans ce contexte, des mécanismes américains destinés à attirer des investisseurs privés pourraient contribuer au développement du projet Gasaat. Un financement pouvant atteindre 1,536 million de dollars a notamment été évoqué pour soutenir la recherche de capitaux privés, avec l’ambition de mobiliser plus de 100 millions de dollars d’investissements américains. Une prise de participation américaine pouvant atteindre 30 à 40 % de PhosCo est également envisagée.
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse largement la découverte d’un nouveau gisement. Le pays dispose d’une longue tradition dans l’industrie phosphatière, mais le secteur a connu d’importantes difficultés au cours de la dernière décennie, avec une baisse de la production et des perturbations affectant les exportations. Le développement de nouveaux projets pourrait donc contribuer à renforcer la production nationale, à attirer des investissements étrangers et à soutenir les exportations.
Le potentiel de Gasaat doit toutefois être considéré avec prudence. 166,6 millions de tonnes constituent une ressource géologique et non nécessairement une réserve immédiatement exploitable. La quantité effectivement récupérable dépendra notamment des études techniques, de la rentabilité du projet, des infrastructures disponibles et du coût de l’exploitation.
La question de l’eau constitue également un défi majeur dans une région où cette ressource est rare. L’exploitation minière devra ainsi composer avec les impératifs de protection de l’environnement et les besoins des populations et des autres activités économiques.
Au-delà de l’extraction, la véritable opportunité pour la Tunisie réside enfin dans la valorisation du phosphate. Transformer davantage la matière première localement permettrait de créer plus de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus.
Le gisement de Gasaat pourrait ainsi représenter beaucoup plus qu’un simple nouveau projet minier. Entre intérêts américains, besoins mondiaux en engrais et ambitions tunisiennes de relance du secteur, les 166,6 millions de tonnes annoncées pourraient ouvrir une nouvelle page pour le phosphate tunisien. Mais cette promesse ne deviendra une réalité économique qu’à condition de transformer la ressource géologique en production durable, rentable et respectueuse de l’environnement.



