A la uneAnalyses UNIVERSNEWS

Code des changes : chronique d’un verrou invisible qui coûte cher à la Tunisie

UniversNews – Il ne fait pas de bruit. Il ne suscite ni manifestations ni débats populaires enflammés. Et pourtant, il agit comme une frontière invisible au cœur même de l’économie tunisienne. Le Code des changes, adopté en 1976, continue — près d’un demi-siècle plus tard — de façonner, contraindre et parfois étouffer les ambitions économiques du pays.

Dans les couloirs de l’Assemblée des représentants du peuple, le sujet revient régulièrement, presque comme un rituel sans lendemain. Encore récemment, le 18 avril 2026, les députés ont remis la question sur la table. Un débat de plus. Une urgence de plus. Mais toujours pas de rupture.

  • Un texte hors du temps dans une économie en mouvement

Le problème n’est plus technique, il est systémique. Conçu dans une Tunisie administrée, le Code des changes repose sur une philosophie de contrôle total des flux financiers. À l’époque, cela répondait à une logique de protection. Aujourd’hui, cela ressemble davantage à une entrave.

Entre-temps, le monde a changé. Les capitaux circulent à la vitesse des algorithmes, les entreprises se développent à l’échelle globale, et la compétitivité se mesure aussi à la fluidité des transactions. La Tunisie, elle, reste partiellement figée dans un cadre réglementaire qui freine son intégration.

Même la Banque centrale de Tunisie reconnaît, à demi-mot, les limites du dispositif. Mais entre diagnostic partagé et décision politique, le fossé reste béant.

  • Une économie sous autorisation

Dans la pratique, chaque opération en devises devient un parcours administratif. Autorisations préalables, délais imprévisibles, procédures complexes : le quotidien des entreprises tunisiennes ressemble davantage à une gestion sous contrainte qu’à une dynamique de croissance.

Ce n’est pas seulement une question de lenteur. C’est une question de signal. Pour un investisseur étranger, ces contraintes traduisent un manque de lisibilité. Pour un entrepreneur local, elles deviennent un coût invisible, mais réel.

Le résultat est sans appel : une économie qui avance, mais avec un frein à main partiellement tiré.

  • Le paradoxe tunisien : contrôler sans maîtriser

L’un des effets les plus préoccupants de ce système est sans doute son inefficacité indirecte. À force de restreindre l’accès officiel aux devises, le cadre actuel alimente des circuits parallèles qui échappent à tout contrôle.

Ce paradoxe est au cœur du problème : plus la réglementation est rigide, plus elle encourage son propre contournement.

Dans ce contexte, le dinar non convertible devient à la fois un symbole de souveraineté… et un facteur d’isolement.

  • Une réforme inévitable, mais toujours différée

Tous les diagnostics convergent. Experts, institutions financières, chefs d’entreprise : tous appellent à une refonte en profondeur. Pas un simple ajustement. Une transformation structurelle.

L’enjeu dépasse largement la technique juridique. Il s’agit de redéfinir la place de la Tunisie dans l’économie mondiale. D’arbitrer entre contrôle et confiance. Entre prudence et ouverture.

Mais comme souvent, la réforme du Code des changes se heurte à une équation politique complexe : comment libéraliser sans fragiliser ? Comment ouvrir sans perdre le contrôle ?

  • Sortir de la logique de méfiance

Au fond, le Code des changes reflète une vision : celle d’une économie qu’il faut surveiller plutôt qu’accompagner. Or, les économies qui réussissent sont celles qui font confiance à leurs acteurs, tout en encadrant intelligemment les risques.

La Tunisie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Maintenir le statu quo, c’est prolonger une forme de quarantaine économique. Réformer, c’est accepter une transition maîtrisée vers plus de liberté — et donc plus de responsabilité.

Le vrai débat n’est plus de savoir s’il faut réformer. Il est de savoir jusqu’où oser aller.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page