
Tunis, UniversNews (Santé – Interview) – Beaucoup d’adultes développent un prédiabète sans le savoir. Or, agir préventivement sur cette glycémie modérée retarde voire empêche la progression vers un diabète irréversible, à condition d’adopter une hygiène de vie adaptée comme l’atteste Dr. Habib Jerbi , Président de la Société Tunisienne de Médecine Générale et Médecine de Famille, lors de la présentation de l’étude nationale transversale descriptive 2025, réalisée sur la prévalence du prédiabète chez les patients consultant en médecine de première ligne en public et en privé dans toutes les régions du pays, vendredi 14 novembre à Hammamet, à l’occasion de la journée mondiale du diabète.
- UNIVERSNEWS : Qu’est-ce que le prédiabète ?
Habib Jerbi : Le prédiabète est asymptomatique. C’est un trouble glycémique qui se tient sous la définition du diabète proprement dit ; c’est-à-dire que la glycémie à jeun se situe entre 1,10 g/L et 1,25 g/L (une glycémie normale à jeun est inférieure à 1,10 g/L). Une prise de sang avec des marqueurs précis chez votre médecin traitant ou en pharmacie permet de poser le diagnostic. La plupart des médecins traitants analysent la glycémie des patients dès qu’ils atteignent la quarantaine, et le prédiabète est en général bien diagnostiqué. Cela permet de prévenir la progression du diabète de type 2.
- Que révèle l’enquête nationale réalisée par la Société Tunisienne de Médecine Générale et Médecine de Famille sur le prédiabète en Tunisie ?
L’étude nationale transversale descriptive 2025 réalisée sur la prévalence du prédiabète chez les patients consultant en médecine de première ligne en public et en privé dans toutes les régions du pays. L’enquête vise à estimer la prévalence du prédiabète et identifier les profils à risque dans la population tunisienne. Elle a été réalisée dans les secteurs public (32%) et privé (60%) de la médecine de première ligne. 6470 sujets ont été ciblés Seulement 5180 ont été analysés. L’enquête a révélé que 63,3% sont des sujets prédiabétiques et 36,7% ont un taux d’HbA1c normal.
- Ce chiffre de 63,3% fait-il peur ?
Ce chiffre ne fait pas peur. Au contraire, il montre le rôle de la médecine de première ligne dans le dépistage. Le prédiabète n’est pas une fatalité, il peut être réversible dans de nombreux cas, le traiter lorsqu’il est connu permet en effet de réduire voire d’empêcher les risques de glisser vers un diabète de type 2. Une fois qu’on découverte le prédiabète, on peut renverser la tendance soit que le patient n‘aura plus de diabète soit on va retarder cette pathologie de quelques années. 5 à 10% des prédiabétiques tunisiens deviennent diabétiques dans l’année et 30 et 50 % dans les 5 à 10 ans. Le prédiabète est fréquent, silencieux et sous-diagnostiqué. Un adulte sur 4 a un prédiabète, mais la majorité d’entre eux ne le savent pas. Un million de Tunisiens ne savent pas qu’ils sont diabétiques
- Quel est le profil métabolique du prédiabétique ?
Trois hypertendus sur quatre sont en situation de prédiabète, un prédiabétique sur 2 est obèse et près de 8 adultes sur 10 ont un surpoids. 4 prédiabétiques sur 5 ont un antécédent familial de diabète. La fonction rénale est déjà plus altérée chez les prédiabétiques
- Comment éviter de glisser vers le diabète ?
Une modification du mode de vie, soit une perte de 5 à 7% de son poids initial et une activité physique hebdomadaire, réduit de 50 à 60 % ce risque de progression vers le diabète. Les conseils sont donc simples, de petits changements peuvent avoir de grands effets. Il faudrait adopter une alimentation équilibrée, éviter les pâtes, le pain, les produits ultra-transformés et les boissons sucrées qui créent des pics de glycémie dans le corps.
L ‘excès de poids, surtout autour de l’abdomen, peut augmenter le risque de prédiabète. Perdre 5 à 7% de votre poids peut réduire significativement ce risque. Le prédiabète est une alerte utile et son dépistage est simple. Les soins de première ligne jouent un rôle central dans le repérage et la prise en charge précoce. Ils permettent de réduire les risques ultérieurs de diabète et d’éviter des traitements et les complications cardio-rénales et hépatiques. Il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin de famille. (M.S.)



