
UniversNews – Il est des parcours qui épousent l’histoire d’un pays. Celui de Hachemi Habib Kooli relève de cette trame rare où se mêlent destin individuel et construction nationale. Né le 19 janvier 1937 à Ksar Hellal, berceau du textile tunisien, il grandit dans un univers où le fil et le métier à tisser ne sont pas de simples outils, mais un héritage vivant, transmis de génération en génération.
Très tôt confronté aux réalités de la vie après la disparition de son père, il forge une personnalité faite de rigueur, de sens du devoir et d’attachement aux valeurs. Brillant élève à Sousse, il poursuit ensuite ses études en France, à Roubaix, haut lieu de l’industrie textile européenne, d’où il sort diplômé en 1959. Ce passage marque le début d’un long compagnonnage avec une industrie qu’il contribuera à façonner, à structurer et à défendre.
De retour en Tunisie, à l’aube de l’indépendance, Kooli s’inscrit dans une dynamique nationale portée par la volonté de bâtir une économie moderne. Il rejoint le Complexe tunisien du textile à Ksar Hellal, véritable embryon d’un secteur appelé à devenir stratégique. Très vite, il gravit les échelons, passant de directeur technique à directeur, avant de diriger le site de Bir El Kassaa au sein de la Société générale du textile (Sogitex). Dès 1974, il prend la tête de la Centrale tunisienne du textile, qu’il dirigera durant des décennies.
Dans cette trajectoire, se dessine un fil conducteur : celui de l’engagement. Engagement pour une industrie nationale capable de rivaliser à l’international, mais aussi engagement pour l’humain. Car derrière les machines et les chiffres, Kooli voit d’abord des hommes et des femmes. Il appartient à cette génération pour laquelle l’industrialisation ne se mesure pas seulement en termes de rentabilité, mais aussi en termes d’emplois, de formation et de dignité.
Son parcours s’inscrit pleinement dans l’essor du textile tunisien, notamment après la loi de 1972 qui attire les investissements étrangers et propulse le secteur au rang de premier pourvoyeur d’emplois. Acteur de cette période charnière, il participe à des partenariats internationaux, contribue à la formation d’une nouvelle génération de techniciens et défend une vision ouverte et compétitive de l’industrie.
Au-delà de ses responsabilités industrielles, Kooli s’illustre également sur la scène institutionnelle. Élu à plusieurs reprises, engagé dans les structures professionnelles comme l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, il participe activement aux débats économiques. À l’échelle régionale, il accède au poste de vice-président de l’Union arabe des industries textiles, consacrant ainsi une reconnaissance dépassant les frontières nationales.
Mais l’homme ne se résume pas à ses fonctions. Auteur d’un ouvrage consacré à l’histoire du textile tunisien, il fait œuvre de mémoire dans un milieu peu enclin à se raconter. Chez lui, l’écriture prolonge l’action : transmettre, expliquer, témoigner. Car il sait que les industries, comme les nations, se construisent aussi sur des récits.
Homme de principes, il revendique cinq constantes : la foi, l’amour de la patrie, l’attachement à la terre, le respect d’autrui et celui de la famille. Des valeurs héritées d’un environnement où coexistaient, dans une harmonie aujourd’hui souvent évoquée avec nostalgie, différentes communautés.
Aujourd’hui encore, malgré les mutations du secteur et les défis de la mondialisation, Hachemi Habib Kooli demeure debout, fidèle à son engagement. Devant son usine de Bir El Kassaa, il observe un paysage industriel en recomposition, parfois avec amertume, mais sans renoncer. Car pour lui, le textile n’est pas seulement une industrie : c’est une histoire, une identité, un combat.
Et dans ce combat, il aura été, sans conteste, l’un de ses plus solides artisans.
Universnews



