L enquête d universnews – eau minérale : une consommation qui pèse de plus en plus lourd sur le pouvoir d achat.

225 litres par habitant en 2025, contre 87 litres en 2010
Tunis – Univers News. La consommation d’eau minérale en Tunisie a connu une progression spectaculaire au cours de la dernière décennie, au point de placer le pays parmi les grands consommateurs mondiaux d’eau embouteillée. Selon une étude récemment publiée par l’Observatoire tunisien de l’eau, la consommation moyenne par habitant a atteint 225 litres en 2020, contre seulement 87 litres en 2010.
Cette évolution traduit une hausse de plus de deux fois et demie en l’espace de dix ans. Elle apparaît d’autant plus importante lorsqu’elle est comparée à la moyenne mondiale, estimée à environ 40 litres par habitant et par an. Le Tunisien consomme ainsi, en moyenne, plus de cinq fois la quantité d’eau minérale consommée à l’échelle mondiale.
Au-delà des habitudes de consommation, cette tendance soulève une question économique, notamment pour les ménages aux revenus modestes. D’après l’étude de l’Observatoire tunisien de l’eau, les dépenses quotidiennes consacrées à l’achat d’eau embouteillée atteignent environ 700 millimes par personne. Rapportée au revenu journalier des catégories populaires et moyennes, cette dépense représente une part significative du budget quotidien, pouvant atteindre environ un cinquième du revenu.
L’augmentation de la consommation d’eau minérale ne peut être dissociée des difficultés qui affectent le secteur de l’eau potable. La qualité de l’eau du robinet, les inquiétudes liées à sa potabilité dans certaines régions, mais aussi les perturbations de l’approvisionnement ont progressivement favorisé le recours à l’eau embouteillée.
Cette évolution a toutefois un coût qui dépasse le simple budget des ménages. La généralisation de la consommation d’eau conditionnée entraîne également des conséquences environnementales liées notamment à l’utilisation massive des emballages plastiques, ainsi qu’au transport et à la commercialisation des bouteilles.
Parallèlement à l’essor de la consommation locale, l’étude relève une évolution préoccupante concernant les investissements dans le secteur. Les données citées font état d’une chute importante des volumes d’investissement, passés de 12.000 tonnes en 2011 à seulement 82 tonnes en 2020, tandis que leur valeur aurait reculé de 4,5 millions de dollars à 0,93 million de dollars durant la même période.
Ces chiffres illustrent ainsi les paradoxes du secteur tunisien de l’eau minérale : alors que la consommation intérieure s’envole, les indicateurs liés à l’investissement et aux échanges connaissent une nette contraction.
Derrière une bouteille d’eau devenue banale dans les foyers tunisiens se dessine donc une réalité plus complexe : celle d’une dépendance croissante à l’eau embouteillée, qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et pose, dans le même temps, des questions économiques et environnementales.
KS



