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L’expert Moez Soussi: « Le choc des prix du pétrole menace le budget de la Tunisie et ses réserves de devises »

UniversNews (SEF) – L’économiste Moez Soussi a mis en garde contre les conséquences désastreuses d’un éventuel choc pétrolier sur les finances publiques tunisiennes, soulignant les répercussions directes des tensions géopolitiques dans les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb sur les équilibres fragiles du pays.

La loi de finances 2026 a fixé le prix du baril de Brent à 63,3 dollars et alloué 4,993 milliards de dinars aux subventions des hydrocarbures ; des chiffres désormais dépassés par la réalité du terrain. En effet, trois scénarios envisagent un prix moyen annuel du baril à 90, 100 et 120 dollars, fondés sur une prévision de hausse du volume des importations de 9 %, consécutive à une baisse de 8 % de la production nationale et à une augmentation de la consommation d’environ 3 %.

À cet égard, il a précisé que la facture globale des importations passerait de 13,33 milliards de dinars (sur la base du prix de référence) à 18,95 milliards de dinars pour un baril à 90 dollars, et atteindrait 21,06 milliards à 100 dollars, pour culminer à 25,27 milliards de dinars si le prix du baril se stabilisait à 120 dollars. Cela engendrerait un surcoût compris entre 5,62 et 11,94 milliards de dinars et pourrait propulser les dépenses de subvention à 16,93 milliards de dinars si l’État prenait en charge la totalité de l’écart —soit près de trois fois et demie l’enveloppe initialement prévue—, tout en soulignant que le scénario d’un baril à 120 dollars constituerait une crise chaotique et aiguë, menaçant d’aggraver le déficit budgétaire.

Augmentation de 31,6 % du déficit commercial énergétique

L’impact de ce choc sur les réserves de devises et le taux de change est considérable. En effet, les réserves de change de la Tunisie, qui s’élèvent à 25,329 milliards de dinars (couvrant 99 jours d’importations selon les données de la BCT), subiront une érosion sévère : le surcoût absorberait l’équivalent de 22 jours d’importations dans un scénario à 90 dollars le baril, 30 jours à 100 dollars, et jusqu’à 47 jours à 120 dollars, soit près de la moitié des réserves actuelles du pays. Ces pressions reflètent l’aggravation du déficit commercial énergétique, qui a augmenté de 31,6 % au cours des sept premiers mois de 2026, représentant désormais 53,1 % du déficit commercial global du pays.

Il est indéniable que la Tunisie risque d’entrer dans un cercle vicieux où le besoin en devises exerce une pression sur le dinar, entraînant une dépréciation de sa valeur qui, à son tour, renchérit le coût d’achat des hydrocarbures en monnaie nationale.

Améliorer l’efficacité énergétique

Théoriquement, la capacité de l’État à continuer d’absorber le choc reste envisageable, mais à un coût élevé, car elle pousse à un endettement supplémentaire, à la réduction des dépenses essentielles et à l’accumulation d’impayés envers les entreprises du secteur énergétique. À titre d’illustration, une répercussion intégrale des hausses sur le consommateur porterait le prix du gasoil ordinaire de 1,985 dinar actuellement à 3,433 dinars (pour un baril à 120 dollars), celui du gasoil sans soufre de 2,205 à 3,658 dinars, et celui de l’essence sans plomb de 2,525 à 3,929 dinars. Il convient toutefois de noter qu’une hausse des prix locaux ne résout pas le problème des devises, puisque les recettes sont perçues en dinars alors que la dette est remboursée en dollars ; dès lors, il est impératif de rationaliser la consommation, d’améliorer l’efficacité énergétique et de soutenir les transports publics ainsi que la production nationale.

Il est certain que le risque ne se limite pas à un seuil précis ni à l’attente d’atteindre la barre des 120 dollars ; il surgit en réalité avec acuité dès que le prix frôle les 90 dollars, un niveau qui absorbe à lui seul la totalité des dépenses de subvention budgétisées. Cette situation est d’autant plus critique que le pays souffre d’une fragilité structurelle, avec un taux d’indépendance énergétique ne dépassant pas 34 %, et se voit contraint de concilier difficilement le règlement de la facture énergétique et le service de sa dette extérieure.

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