Maroc , une économie à deux vitesses

Tunis Univers news. Depuis quelques années , on parle d’un Maroc qui a pris une grande avance sur les autres pays de la région (y compris la Tunisie) et qui serait le « fer de lance » africain. Or, le rapport du wali de Bank Al-Maghrib exposé devant le monarque chérifien, fait état de grands dysfonctionnements qui font que le taux de croissance n’est pas suffisamment bien partagé sur le plan social , ce qui veut dire que tout ne baigne pas dans l’huile et que les disparités sociales sont tenaces. Cela signifie aussi, en ce qui nous concerne, que nous n’avons pas vraiment à jalouser les Marocains, en dehors de leur football.
Malgré une performance économique encourageante, avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) estimée à 4,9 %, le Maroc fait face à un paradoxe : les indicateurs macroéconomiques progressent, mais une grande partie des citoyens ne ressent pas encore les effets de cette dynamique dans leur quotidien.
Un constat reconnu par le wali de Bank Al-Maghrib (la Banque centrale du Maroc), Abdellatif Jouahri, qui a souligné l’existence d’un décalage entre les performances économiques affichées et la perception de la population quant à son niveau de vie.
Cette situation traduit une problématique centrale : la croissance ne se transforme pas encore suffisamment en amélioration sociale. Malgré la reprise de l’activité économique et la progression de certains investissements, le marché de l’emploi demeure sous pression. Le taux de chômage reste élevé, autour de 13 %, révélant les limites du modèle actuel de création de richesse en matière d’insertion professionnelle.
Une croissance qui peine à créer suffisamment d’emplois
Pour le gouverneur de la banque centrale marocaine, l’un des principaux défis réside dans la capacité de l’économie à générer davantage d’emplois durables. Si les investissements continuent d’augmenter, leurs retombées restent insuffisamment visibles sur le terrain, notamment pour les jeunes et les catégories sociales les plus vulnérables.
L’équation demeure donc complexe : attirer davantage de capitaux et soutenir la croissance ne suffit pas si les bénéfices économiques ne sont pas mieux répartis et ne permettent pas une réduction significative du chômage et des inégalités.
Cette réalité nourrit le sentiment d’un Maroc « à deux vitesses », où certains secteurs profitent pleinement de la dynamique économique tandis qu’une partie de la population continue de faire face à des difficultés liées au pouvoir d’achat, à l’accès à l’emploi et aux disparités territoriales.
L’enjeu de la redistribution et du ciblage social
Face à ces défis, le wali de Bank Al-Maghrib a appelé à renforcer l’efficacité des politiques sociales, notamment à travers un ciblage plus précis des aides publiques. Malgré les montants importants consacrés aux programmes de soutien social, il estime nécessaire d’améliorer l’identification des bénéficiaires afin que les ressources atteignent davantage les populations les plus fragiles.
Cette approche s’inscrit dans une volonté d’optimiser les dépenses publiques et de garantir un meilleur impact social des politiques engagées.
Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité d’un rôle plus important du secteur privé dans la création de valeur et d’emplois. Un appel qui traduit le constat que la contribution actuelle des entreprises privées reste encore en deçà des attentes, notamment en matière d’investissement productif et d’embauche.
Des réformes structurelles toujours attendues
Au-delà des performances conjoncturelles, le responsable de la banque centrale a plaidé pour l’accélération de plusieurs réformes structurelles considérées comme indispensables pour consolider la trajectoire économique du pays.
Parmi les chantiers cités figurent notamment la réforme des systèmes de retraite, la rationalisation des dépenses publiques ainsi que la révision de la loi organique relative à la loi de finances, afin d’améliorer la gouvernance budgétaire et l’efficacité de l’action publique.
Il a également appelé à accélérer la mise en place d’un stock stratégique de produits de première nécessité, un projet évoqué depuis plusieurs années mais dont la concrétisation demeure attendue. Cet outil est considéré comme essentiel pour renforcer la résilience de l’économie face aux crises internationales et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
KS



