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UADH : Des états financiers 2020 qui révèlent une crise systémique et soulèvent de sérieuses interrogations sur la gouvernance

Avant de se prononcer sur les perspectives d’UADH, nous avions appelé à une
seule chose : attendre les faits. Dans un précédent article intitulé « UADH : les
faits, rien que les faits », nous rappelions que seules les publications
réglementaires, les états financiers et les décisions officielles pouvaient éclairer
objectivement les investisseurs, loin des rumeurs et des anticipations.
Aujourd’hui, les premiers documents tant attendus sont enfin disponibles. Et leur
lecture apporte des éléments de réponse particulièrement révélateurs. Les états
financiers de l’exercice 2020, publiés avec près de six années de retard et
accompagnés des rapports des commissaires aux comptes, mettent en évidence une
accumulation de réserves, de limitations d’audit, de fragilités financières,
d’incertitudes sur la continuité d’exploitation et de manquements aux règles de
gouvernance.

Ces documents ne relèvent plus du débat ou de l’interprétation : ils constituent
désormais les premiers éléments factuels permettant de mesurer l’ampleur de la crise
traversée par le groupe. Ils apportent ainsi une suite logique à notre précédent article
: après l’attente des documents officiels, vient désormais le temps de leur
analyse. Les faits sont enfin disponibles, et ils méritent d’être examinés avec
toute la rigueur qu’impose l’information financière.

Six ans après la clôture de l’exercice, Universal Auto Distributors Holding (UADH) vient
de publier ses états financiers arrêtés au 31 décembre 2020, accompagnés des rapports de
ses co-commissaires aux comptes. Au-delà du retard exceptionnel de publication, les
documents dressent le portrait d’un groupe déjà profondément fragilisé à cette date et dont
les difficultés allaient rapidement se transformer en une crise majeure.
Les réserves formulées par les auditeurs ne se limitent pas à des observations techniques.
Elles mettent en lumière des insuffisances de contrôle interne, des anomalies comptables
significatives et des incertitudes susceptibles d’affecter la sincérité de plusieurs postes
majeurs du bilan. Elles constituent également un signal fort quant aux risques pesant sur la
continuité d’exploitation de la holding.
Une opinion d’audit fortement dégradée
Les co-commissaires aux comptes ont émis une opinion avec réserves, en raison de
plusieurs limitations majeures ayant empêché l’accomplissement normal de leurs diligences.
Le premier point concerne les titres de participation, qui représentent 70,66 millions de
dinars, soit près de 60 % du total des actifs. Aucune évaluation de leur valeur d’usage n’a
été réalisée à la clôture de l’exercice, contrairement aux exigences de la Norme Comptable
Tunisienne NCT 07. Cette absence d’évaluation prive les investisseurs de toute assurance
sur la valeur réelle du principal actif de la holding.
Les auditeurs relèvent également l’existence de 12,16 millions de dinars de dividendes et
intérêts à recevoir auprès des sociétés du groupe, auxquels s’ajoutent un prêt de 1,49

million de dinars accordé à Economic Auto et un billet de trésorerie de 1,45 million de
dinars consenti à Aures Gros, demeurant impayés. Dans un contexte de dégradation
financière des filiales, leur recouvrabilité apparaît particulièrement incertaine.
À cela s’ajoutent plusieurs limitations particulièrement préoccupantes :
 Absence d’inventaire physique des immobilisations ;
 Absence d’états détaillés des immobilisations ;
 Absence de réponses des banques et des avocats aux demandes de confirmation ;
 Indisponibilité d’une partie des relevés bancaires de l’exercice ;
 Impossibilité pour les auditeurs de vérifier l’exhaustivité de certaines opérations
financières ;
 Défaut de dépôt des déclarations fiscales mensuelles de l’exercice 2020.
Pris isolément, chacun de ces constats constitue déjà une faiblesse de contrôle. Pris dans
leur ensemble, ils traduisent une dégradation importante de l’environnement de contrôle
interne et de la qualité de l’information financière.

Une continuité d’exploitation gravement compromise
Le rapport attire surtout l’attention sur les événements postérieurs à la clôture, dont les
conséquences remettent profondément en cause la capacité du groupe à poursuivre
normalement ses activités.
Le choc majeur intervient dès janvier 2021, lorsque PSA met un terme aux contrats qui le
liaient à Aures Auto et Aures Gros. Cette décision entraîne l’arrêt quasi complet de l’activité
d’importation de véhicules et de pièces de rechange, privant le groupe de son principal
moteur économique.
La détérioration financière s’accélère ensuite avec l’ouverture de procédures de
redressement judiciaire pour Aures Auto en juin 2023 puis Economic Auto en novembre
2023.
Pour une société holding dont l’essentiel de la valeur repose précisément sur ces
participations, cette succession d’événements fait peser une incertitude majeure sur la
valeur des actifs inscrits au bilan ainsi que sur la capacité de la société mère à poursuivre
son exploitation dans des conditions normales.
À cette crise économique s’ajoute une cyberattaque survenue en 2021, ayant entraîné la
perte des bases de données comptables et de gestion du groupe, nécessitant une
reconstitution complète des informations financières sur de nouveaux systèmes.
L’ensemble de ces événements constitue un cumul de risques rarement observé pour une
société cotée.

Une structure financière déjà sous forte tension
Les chiffres de l’exercice 2020 montrent que les difficultés étaient déjà bien installées.

Le résultat net ressort à –256 920 dinars, après une perte de –193 037 dinars en 2019,
traduisant une dégradation continue de la rentabilité.
Plus révélateur encore, les revenus propres de la holding tombent à zéro en 2020, contre
plus d’un million de dinars un an auparavant, illustrant l’arrêt quasi total de son activité
génératrice de revenus.
Sur le plan financier, les passifs courants atteignent 32,16 millions de dinars, dont 25,23
millions de concours bancaires et autres dettes financières à court terme.
La trésorerie demeure, quant à elle, structurellement déficitaire avec une position nette de
–2,35 millions de dinars, confirmant les fortes tensions de liquidité auxquelles le groupe
était déjà confronté avant même les événements de 2021.

Des manquements aux règles de gouvernance
Au-delà des difficultés financières, les commissaires aux comptes relèvent plusieurs non-
conformités aux dispositions légales.
Ils signalent notamment le non-respect des délais légaux relatifs à la tenue de l’Assemblée
Générale Ordinaire ainsi que l’absence de publication des indicateurs financiers
intermédiaires dans les conditions prévues par la réglementation.
Ils rappellent également que la société n’avait pas procédé à la séparation des fonctions
de Président du Conseil d’Administration et de Directeur Général, contrairement aux
exigences de l’article 215 du Code des Sociétés Commerciales.
Ces observations témoignent de faiblesses de gouvernance venant s’ajouter aux difficultés
opérationnelles et financières déjà identifiées.

Une publication tardive qui illustre l’ampleur de la crise
La publication en juillet 2026 d’états financiers portant sur l’exercice 2020 constitue en elle-
même un fait exceptionnel sur le marché tunisien.
Au-delà du retard, les rapports des commissaires aux comptes mettent en évidence une
accumulation de risques : actifs majeurs non évalués, créances incertaines, limitations
substantielles des travaux d’audit, tensions de trésorerie, dégradation des filiales
stratégiques, procédures judiciaires et insuffisances de gouvernance.
L’ensemble de ces éléments montre que les difficultés du groupe n’ont pas été provoquées
par un événement isolé mais résultent d’une dégradation progressive de sa situation
financière, opérationnelle et organisationnelle, dont les effets se sont amplifiés au fil des
années jusqu’à remettre en cause la pérennité même du modèle économique d’UADH.

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