POUR UNE SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE DÉCOMPLEXÉE : POURQUOI LA TUNISIE DOIT RÉÉVALUER LES DROITS DE TRANSIT DU TRANSMED

Tunis – Univers News. L’été 2026 s’achève sur un constat sans appel : la Tunisie ne peut plus se permettre de brader sa position géopolitique sous prétexte de « pudeur diplomatique » ou d’une fraternité asymétrique.
Alors que les vagues de chaleur historiques de ces derniers mois ont provoqué des délestages électriques critiques, paralysant notre industrie et asphyxiant notre secteur touristique, un trésor stratégique transite sous nos pieds sans que la nation en perçoive la juste valeur.
I- Conjoncture internationale :
Le TRANSMED, cette jugulaire gazière terrestre immunisée contre les crises maritimes mondiales, est devenu le verrou de sécurité de l’Italie et le poumon financier d’Alger.
A la lumière des défis auxquels se trouve confrontée la Tunisie et de la conjoncture internationale qui a décuplé la valeur du TRANSMED, exiger une refonte contractuelle de cette infrastructure n’est ni du chantage, ni une agression. C’est une obligation morale et politique absolue face à un régime algérien qui n’a, par le passé, jamais hésité à utiliser la menace, la pression, le chantage terroriste et aux flux frontaliers et migratoires de même que la manière forte pour imposer ses propres exigences et dicter ses rapports de force asymétriques avec la Tunisie.
Pour protéger l’avenir de la Tunisie et inscrire notre démarche dans la plus stricte transparence légale, ancrons notre ambition dans le droit, les chiffres officiels et la realpolitik.
Entre 2027 et 2029, les accords historiques qui lient notre pays au transit du gaz algérien vers l’Europe via le gazoduc TRANSMED arrivent à leur échéance contractuelle.
Actuellement, notre pays ne perçoit qu’une redevance dérisoire de 5,25 % sur le volume de gaz qui traverse notre territoire. Face aux bouleversements mondiaux, ce taux n’est plus seulement obsolète : il est devenu une injustice économique.
Nous devons impérativement exiger et obtenir une redevance progressive de 8 % en 2027, puis de 10 % en 2029.
II- Pourquoi cette revalorisation est-elle légitime, indiscutable et vitale ?
1. Le détroit de Sicile : Le nouveau poumon sécuritaire de l’Europe Regardez ce qui se passe dans le monde. L’instabilité chronique dans le Golfe Persique a compromis la sécurité des voies maritimes traditionnelles. Les détroits d’Ormuz et de Bab al-Mandeb sont aujourd’hui devenus des zones de haute tension où le transport de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) est menacé, ralenti et surtaxé.
Face à ce blocage oriental et à la perte définitive du gaz russe, le détroit de Sicile — dont la Tunisie contrôle souverainement le versant sud — est devenu le corridor énergétique le plus sûr et le plus stratégique de toute la planète pour l’approvisionnement de l’Europe.
Le TRANSMED, qui court sur 400 km de notre sol tunisien avant de plonger sous la mer à El Haouaria, n’est plus un simple pipeline régional. C’est l’artère de survie énergétique absolue de l’Italie et de l’Union Européenne. La Tunisie détient les clés d’une infrastructure à la valeur géostratégique exceptionnelle.
2. Une légitimité juridique et contractuelle absolue : Ce n’est pas un caprice ni un chantage, c’est le droit international. L’accord de 2019 (validé par la loi n° 2019-63) arrive à son terme initial en 2027, avec une option de prolongation menant à 2029. Contractuellement, cette échéance ouvre une fenêtre de renégociation obligatoire (Come-back provision) où chaque ligne peut être réécrite.
III-Fondements juridiques :
Pour imposer les paliers de 8 % et 10 %, la Tunisie s’appuie sur des piliers juridiques incontestables :
-La règle du Rebus sic stantibus (Article 62 de la Convention de Vienne sur le droit des traités) : Cette doctrine consacre qu’un changement radical et imprévisible des circonstances mondiales (effondrement des détroits d’Ormuz/Bab al-Mandeb, crise de l’énergie en Europe) justifie légalement la révision des équilibres financiers d’un contrat. Les bases économiques de 2019 ne reflètent plus la valeur réelle du marché actuel.
-Le Principe de Souveraineté Territoriale et d’indemnisation du risque : Devenir le corridor énergétique exclusif d’un continent expose mécaniquement notre territoire à des risques sécuritaires majeurs (cyberattaques, menaces physiques). En vertu du droit international, l’État tunisien est pleinement fondé à indexer sa redevance sur la valeur de ce « transit sécurisé » pour couvrir le coût de la protection d’une infrastructure d’intérêt international.
IV- Les précédents internationaux :
La Tunisie n’invente rien, l’histoire des grands pipelines transfrontaliers montre que la géographie et les crises dictent légitimement les prix :
1-Le précédent Marocain (Gazoduc GME) : Jusqu’en 2021, le Maroc percevait une redevance historique de 7 % (en nature) sur le gaz algérien transitant vers l’Espagne. Si le Maroc touchait 7 % pour un couloir ibérique à l’époque moins sous tension, exiger 8 % à 10 % pour le TRANSMED — devenu le cordon ombilical vital de l’Europe centrale — est une mise à niveau proportionnelle et logique.
2-Le précédent Ukrainien (Gazoduc Droujba) : À chaque bouleversement géopolitique (2006, 2009, 2019), l’Ukraine a systématiquement utilisé sa position de pays de transit incontournable pour forcer le géant Gazprom à réévaluer ses tarifs de passage sous l’égide des standards européens.
3-Le précédent historique de l’IPC en Syrie : Dès les années 1950 et 1960, la Syrie a fait jurisprudence en suspendant ou en menaçant de suspendre le transit pétrolier pour forcer la réévaluation majeure de ses redevances, prouvant que les contrats rigides déconnectés de la réalité géopolitique finissent toujours par être rééquilibrés par la souveraineté des États.
V-Financer notre indépendance par notre géographie :
La Tunisie ne doit plus se contenter des miettes d’un commerce mondial dont elle détient pourtant l’une des clés les plus précieuses. En 2027 et 2029, la Tunisie doit négocier debout, forte de sa position, forte de son droit.
Les crises internationales récentes ont profondément redessiné la carte géopolitique de l’énergie. Alors que les détroits maritimes mondiaux s’embrasent et que le transport par méthaniers subit l’explosion des coûts d’assurance, le TRANSMED offre une immunité géographique et une sécurité énergétique uniques et irremplaçables à terme.
Pendant que la Sonatrach engrange des superprofits et que l’Italie fait tourner son industrie, la Tunisie subit l’inflation énergétique de plein fouet, payant le prix fort pour un gaz qui transite pourtant sous ses pieds. Ce paradoxe des contrastes doit cesser.
Pour sortir de cette impasse, la Tunisie doit imposer un calendrier de revalorisation progressive, prévisible et adossé aux clauses contractuelles internationales.
VI-Stratégie de négociation :
Traduisons cette ambition souveraine en chiffres tangibles, vérifiables auprès des rapports d’exécution budgétaires et des revues spécialisées :
Aujourd’hui, selon les données officielles de l’exécution du Budget de l’État tunisien, le taux actuel anachronique et dérisoire de 5,25 % rapporte à la Tunisie une redevance annuelle moyenne estimée à près de 600 millions de dollars US (soit environ 1,8 milliard de dinars tunisiens).
Ce gaz prélevé couvre structurellement pres de 65 % des besoins de consommation nationale en hydrocarbures. Cependant, c’est une sous-évaluation flagrante au vu de la valeur de sécurité absolue du corridor tunisien :
-Phase 1 (2027) : Le palier à 8 % : Cette revalorisation contractuelle portera la redevance globale à environ 880 millions de dollars US (soit près de 2,7 milliards de dinars tunisiens). Ce réajustement de bon sens dégagera un gain supplémentaire immédiat de plus de 300 millions de dollars US (environ 900 millions de dinars). Ces nouvelles ressources devront être intégralement fléchées pour absorber directement une partie du lourd déficit de la STEG et financer en urgence la mise à niveau du réseau de distribution, évitant ainsi le retour des délestages de l’été 2026.
-Phase 2 (2029) : Le palier souverain à 10 % : À l’expiration naturelle de l’accord d’extension signé en 2019, la Tunisie exigera un taux souverain de 10 %, propulsant les revenus du transit à plus de 1,1 milliard de dollars US (soit près de 3,4 milliards de dinars tunisiens). Ce second palier offrira à l’État un bonus annuel net de plus de 520 millions de dollars US (environ 1,6 milliard de dinars) par rapport à la situation actuelle.
Ces flux financiers gagneraient à être sanctuarisés pour la résorption définitive de notre déficit énergétique structurel et le co-financement du Plan Solaire Tunisien, dont le récent rapport de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) d’avril 2026 rappelle l’urgence. Ce surplus viendra directement abonder le Plan d’Épargne pour la Souveraineté Énergétique (PESE) (mes articles sur Kapitalis : mars et août 2026).
Alors qu’un consensus se dessine sur L’IRREALISABILITE TECHNIQUE ET FINANCIERE DU GAZODUC GALSI (Algérie-Sardaigne -Italie) utilisé uniquement à des fins d’intox et de guerre psychologique, les analyses techniques de la revue de référence Argus Media et les projections d’Enerdata (février 2026) montrent que le régime algérien sait pertinemment que le contournement maritime par GNL lui coûterait une hausse logistique majeure de 25% à 30%.
La proposition tunisienne reste dans sa progressivité une affaire hautement rentable pour Alger et d’une sécurité absolue pour Rome et un atout inestimable pour la compétitivité de l’économie italienne.
Cette revalorisation doit s’intégrer dans le grand Package Global de Développement Économique Trilatéral (Tunisie – Algérie – Union Européenne) proposé dans mes écrits dans Kapitalis.
À Bruxelles, la Tunisie doit imposer, conformément aux alertes du Green European Journal (mars 2026), le blocage des futures exportations d’électricité verte ou d’hydrogène vers l’Europe tant que celle-ci ne finance pas la mise à niveau et la stabilisation du réseau de la STEG pour les Tunisiens.
À Alger, les gains générés doivent co-financer un fonds d’investissement dédié aux infrastructures de nos régions frontalières communes (Kasserine, Le Kef, Jendouba), substituant les aides paternalistes par une prospérité partagée.
CONCLUSION :
La réévaluation des droits de transit du TRANSMED n’est un acte inamical envers le régime algérien ni un chantage de quelque nature que ce soit, mais plutôt une traduction dans les faits du principe selon lequel les bons comptes font les bons amis et les bons voisins.
Face aux pressions endogènes et exogènes, l’heure n’est plus aux demi-mesures ni à la passivité diplomatique teintée de sentimentalisme à l’eau de rose.
La Tunisie ne quémande rien ; elle exige le respect dû à un État pivot qui assume, à ses propres frais, la sécurité d’un couloir énergétique mondial.
Le destin de notre transition énergétique, le redressement de la STEG et l’indépendance de nos enfants dépendent de notre capacité collective à dire « non » au bradage et à la vassalisation.
En convertissant les paliers de 8 % en 2027 et de 10 % en 2029 en un Package Global de Développement Économique Trilatéral, nous mettrons notre géographie au service exclusif du peuple tunisien.
L’argent récupéré sur le gaz d’aujourd’hui doit sanctuariser la souveraineté énergétique de la Tunisie notamment à travers le Plan d’Épargne pour la Souveraineté Énergétique (PESE) pour bâtir notre autonomie solaire et un développement équitable, intégré et durable.
Dans cette négociation, le sens du devoir national doit consacrer le mot d’ordre « la Tunisie et les tunisiens avant tout et au-dessus de tout ».
La géographie de la Tunisie a un prix, sa stabilité a une valeur marchande, et sa dignité n’est pas négociable.
Soyons fermes, soyons souverains, soyons à la hauteur de notre responsabilité historique.
Elyes Kasri



