TRIBUNE

Quand l’État s’inflige ce que l’ennemi ne faitpas à son ennemi ! 

Tunis – Univers News. Ridha Chkoundali, professeur d’économie à l’Université de Tunis a publié une analyse sur les choix économiques opérés par la Tunisie

ces dernières années qui, pour corriger des déséquilibres et sortir

de la crise, ont fini par produire des effets contraires à ceux recherchés. 

Une économie n’apas besoin d’un ennemi extérieur pour s’affaiblir. Des politiques mal avisées,qui s’accumulent année après année, suffisent à faire de l’État lui-même lasource du mal même dont il est censé protéger ses citoyens et son économie. 1L’Étata combattu l’accaparement, le considérant comme une forme de monopole, sansfaire de distinction entre l’accaparement spéculatif et la constitution destocks nécessaires pour garantir un approvisionnement régulier. Il en arésulté, dans certains secteurs, une pénurie d’approvisionnement et une instabilitédu marché, entraînant une hausse des prix au lieu d’une baisse.   2. L’État a parfois manqué à ses obligations envers laSociété tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) pour la consommation deses institutions, et des arriérés de subventions sur l’électricité se sontaccumulés. Par conséquent, la STEG s’est retrouvée en proie à une grave crisefinancière, affectant sa capacité d’investissement et de maintenance,perturbant la régularité de l’approvisionnement en électricité et entraînantdes coupures de courant généralisées à travers le pays.  3. Une autre crise,tout aussi grave, a ensuite surgi : les hôpitaux publics n’ont pas réglél’intégralité de leurs factures à la Pharmacie centrale, aggravant lesdifficultés de cette institution, désormais contrainte de fournir desmédicaments malgré un déficit financier important. Il en a résulté une haussedes prix de plusieurs médicaments, les citoyens supportant en fin de compte lepoids d’une crise que l’État aurait dû gérer.   4. Sur le planfinancier, l’État a rompu les négociations avec le Fonds monétaireinternational, se retrouvant confronté à un déficit de financementconsidérable. Parallèlement, la capacité de la Tunisie à emprunter sur lesmarchés internationaux a diminué, et les institutions et les pays se sontabstenus d’accorder des financements aux conditions précédemment proposées.  5. Quant au secteur privé, moteur de l’investissement, de lacréation de richesse et d’emplois, il s’est retrouvé dans un contexte défavorable. Larhétorique accusatrice de trahison à l’encontre des chefs d’entreprise,l’emprisonnement de certains et l’incertitude qui en a découlé ont contribué àl’érosion de la confiance et au ralentissement des investissements privés. Ilen a résulté une croissance économique bien en deçà de son potentiel et unchômage élevé, notamment chez les jeunes. 6. Face à l’épuisement de ses ressources,l’État a eu recours à des emprunts directs et substantiels auprès de la Banquecentrale. Si cette mesure lui a permis d’obtenir rapidement des financements,elle a également mis à rude épreuve la liquidité de l’économie et la capacitédu secteur privé à accéder au financement, à un moment où l’économie avait unbesoin urgent d’investissements et de production.  7. L’État a alorsétendu la collecte des impôts, alourdissant ainsi la pression fiscale sur lesparticuliers et les institutions. Paradoxalement, augmenter les impôtsn’entraîne pas nécessairement une hausse des recettes fiscales. Lorsque lapression fiscale devient trop forte, l’activité économique, les investissementset la consommation se contractent, réduisant ainsi l’assiette fiscale etprovoquant un ralentissement de la croissance économique, parallèlement à labaisse des recettes fiscales.  8. Enfin, la réforme du système de chèques est intervenue àun moment où le contexte économique et social était mal préparé à en subir lesconséquences. Au lieu de réguler les transactions et de protéger les usagers,la réforme a engendré de nouvelles difficultés pour de nombreux citoyens etinstitutions, notamment en raison du manque d’alternatives de paiementflexibles et fiables. Les jeunes ont été parmi les plus durement touchés, dansune société où le coût du mariage, du logement et de l’ameublement est devenuexorbitant, sans aucun moyen de paiement pour les aider à y faire face.  9. Le problème ne réside donc pas dans une décision isolée,mais dans une philosophie globale de gestion économique. Face à une crise, onrecourt parfois à une mesure qui en crée une autre : On lutte contrel’accaparement, ce qui provoque une pénurie. On néglige le recouvrement descréances auprès des institutions publiques, ce qui les fragilise. On augmenteles impôts, ce qui étouffe l’activité économique. On restreint le secteurprivé, ce qui tue l’investissement. On emprunte auprès de la banque centrale,ce qui met à rude épreuve le financement de l’économie. On coupe les sources definancement extérieur, ce qui complique le financement de l’État. Nousmodifions les règles des transactions financières sans proposer d’alternatives,alourd

Ridha Chkoundali

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