
Tunis – Univers News. À quelques jours de la reprise des classes, les familles tunisiennes s’apprêtent à faire face à une nouvelle vague de dépenses. Cartables, fournitures, équipements sportifs, vêtements, transport, restauration ou encore cours particuliers : le coût réel de la rentrée dépasse largement celui des manuels scolaires et continue de peser sur des budgets familiaux déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie.
Selon Riadh Zahrouni, président de l’Association tunisienne des parents et des élèves, le budget nécessaire pour un seul enfant peut osciller entre 150 et 800 dinars, selon le niveau scolaire et les besoins de l’élève. Un écart considérable qui s’explique essentiellement par le poids des dépenses annexes, alors que les livres et cahiers subventionnés demeurent relativement accessibles.
Les fournitures, principales sources de pression
Dans les librairies, la rentrée se traduit cette année encore par une hausse des prix des fournitures scolaires. Selon les professionnels du secteur, cette augmentation se situe entre 15 et 18% par rapport à l’année précédente, accentuant la pression sur les familles contraintes de consacrer une part importante de leur budget à la préparation de la rentrée.
Cette tendance pourrait toutefois être partiellement contenue grâce à l’unification des listes de fournitures scolaires. Cette mesure, si elle est généralisée à l’ensemble des établissements et des fournitures demandées, pourrait permettre de réduire la facture globale de près de 20%, en limitant notamment les achats superflus et les différences de listes entre établissements et niveaux.
Au-delà de son impact financier, l’unification des listes est également perçue comme un moyen de renforcer l’équité entre les élèves et d’éviter que certaines familles ne soient contraintes d’acheter des produits coûteux ou spécifiques alors que des alternatives moins onéreuses existent sur le marché.
Le gel des prix des manuels, un répit pour les familles
Dans ce contexte marqué par la hausse des fournitures, une mesure vient néanmoins atténuer quelque peu la pression sur les ménages.
Le Centre national pédagogique a confirmé, hier, le gel de la grille tarifaire nationale des manuels scolaires. Les prix de vente sont ainsi maintenus au même niveau que celui appliqué depuis l’année scolaire 2023-2024.
Cette décision constitue un facteur de stabilité pour les familles, particulièrement dans un contexte inflationniste où de nombreux postes de dépenses ont enregistré des augmentations successives.
Le coût de la scolarité ne s’arrête pas à la rentrée
Mais le véritable coût de la scolarité apparaît surtout au fil des mois. Pour de nombreuses familles, la rentrée ne représente que le premier épisode d’une série de dépenses qui se poursuivent tout au long de l’année scolaire.
Le recours aux cours particuliers constitue notamment l’un des principaux postes de dépenses supplémentaires. Leur généralisation tend, selon les observateurs, à « vider de sa substance » le principe de gratuité de l’enseignement public, en contraignant de plus en plus de familles à financer des prestations éducatives en dehors de l’école.
À cela s’ajoutent les frais de transport, de garderie, d’internat ou encore de restauration scolaire, qui peuvent considérablement alourdir la facture finale, notamment pour les familles dont les enfants étudient loin du domicile.
Une tendance qui s’inscrit dans la durée
La hausse du coût de la rentrée scolaire n’est pas un phénomène propre à 2026. Un rapport du Forum tunisien des droits économiques et sociaux avait déjà relevé une progression de 48% des prix des fournitures scolaires entre 2021 et 2023.
Cette évolution intervient dans un contexte socio-économique toujours contraint, marqué par une érosion du pouvoir d’achat et une multiplication des charges auxquelles les ménages doivent faire face. Pour les familles nombreuses ou disposant de revenus modestes, la rentrée peut ainsi représenter un véritable défi financier.
Des mécanismes d’aide ciblée destinés aux catégories les plus vulnérables ont été mis en place au cours des dernières années afin d’atténuer cette pression. Leur portée demeure toutefois limitée au regard du nombre de familles confrontées à l’augmentation des dépenses liées à la scolarité.
La rentrée, miroir des difficultés sociales
Au-delà de la traditionnelle course aux fournitures, la rentrée scolaire apparaît ainsi comme un véritable révélateur des tensions économiques et sociales qui traversent le pays.
La hausse des prix des fournitures, la progression des dépenses liées aux cours particuliers, le coût du transport et de la restauration, mais aussi la vigilance nécessaire face aux produits de qualité douteuse ou potentiellement dangereux écoulés sur le marché parallèle, constituent autant de préoccupations pour les parents.
Dans ce contexte, le gel des prix des manuels scolaires apporte un répit, mais ne suffit pas à contenir l’ensemble de la facture. Pour les familles tunisiennes, la rentrée ne se résume donc plus à l’achat de livres et de cahiers : elle marque le début d’une année de dépenses récurrentes qui mettent à rude épreuve des budgets déjà soumis à de fortes contraintes.
La question du coût de l’éducation dépasse dès lors le seul cadre de la rentrée. Elle renvoie plus largement à la capacité du système éducatif public à garantir une éducation de qualité réellement accessible à tous, sans que les familles soient contraintes de multiplier les dépenses parallèles pour assurer à leurs enfants les meilleures chances de réussite.



