Bourse de Tunis : Introductions en panne, avantage fiscal supprimé, marché alternatif déserté : la place financière tunisienne veut repartir à la conquête des entreprises.

Après une longévité exceptionnelle, le président de la Bourse reconduit sous un statut contractuel …!!??
Les secteurs stratégiques comme les télécommunications, l’énergie ou les mines restent notamment sous-représentés.
Tunis – Univers News. La Bourse de Tunis veut relancer les introductions en 2026, mais se trouve face à un paradoxe de taille : un marché qui progresse fortement, des liquidités disponibles et des investisseurs présents, mais des entreprises toujours réticentes à ouvrir leur capital.
En toile de fond, la suppression en 2025 de l’avantage fiscal qui avait longtemps accompagné les introductions, un marché alternatif qui reste déserté et une concentration persistante des opérations.
À cela s’ajoute désormais une question de gouvernance : après une longue présence de l’actuel président, récemment reconduit pour une année supplémentaire, la relance de la place ne nécessite-t-elle pas aussi du sang nouveau, de nouvelles idées et une nouvelle approche ?
Le véritable enjeu de 2026 dépasse ainsi la simple hausse du Tunindex : il s’agit de savoir si la Bourse de Tunis est capable de changer de cycle. La Bourse de Tunis veut relancer les introductions en 2026. L’ambition est affichée, mais les chiffres montrent l’ampleur du défi.
Entre 2008 et 2025, la place financière tunisienne n’a enregistré que 41 introductions en Bourse, soit une moyenne de 2,3 opérations par an. Après 2017, le rythme s’est fortement ralenti, jusqu’à tomber à une seule opération par an, avant un coup d’arrêt total en 2023 et 2024.
En 2025, BNA Assurances a rejoint la cote par inscription directe, sans émission ni cession de titres et donc sans véritable levée de fonds. Une opération qui mérite néanmoins d’être saluée, puisqu’elle témoigne de la volonté d’une entreprise tunisienne de franchir le pas de la cotation et de renforcer sa visibilité sur le marché financier.
Le constat est encore plus préoccupant pour le marché alternatif. Depuis sa réforme en 2019, aucune nouvelle société n’y a été introduite, alors même que ce compartiment devait constituer une porte d’entrée privilégiée pour les PME.
Une Bourse qui monte, mais des entreprises qui hésitent
Le paradoxe est d’autant plus frappant que 2026 offre plusieurs signaux favorables.
La liquidité est importante, les taux d’intérêt sont en baisse, l’inflation a reculé à 5,1 % en juillet, tandis que le Tunindex affichait une progression de 44,92 % à la mi-août. Les volumes échangés ont également plus que doublé.
Pourtant, les entreprises restent largement absentes du marché primaire.
Pourquoi ?
Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la fiscalité. L’avantage fiscal accordé aux sociétés qui s’introduisaient en Bourse a été supprimé en 2026.
Le paradoxe est donc évident : la place cherche à attirer de nouveaux émetteurs alors que l’un des principaux arguments ayant historiquement encouragé les actionnaires à ouvrir leur capital vient de disparaître.
Il faudra désormais convaincre autrement : simplification des procédures, réduction des coûts, accompagnement des PME, meilleure valorisation et surtout une démarche beaucoup plus offensive auprès des entreprises.
927 Millions de dinars concentrés sur dix opérations
Autre enseignement révélateur : le marché tunisien reste extrêmement concentré.
Sur les 1,451 milliard de dinars levés à travers les introductions enregistrées entre 2008 et 2025, les dix opérations les plus importantes représentent à elles seules 927 millions de dinars, soit près de 64 % des capitaux mobilisés.
Cette concentration illustre les limites d’un marché qui peine à diversifier son offre et à attirer suffisamment d’entreprises de taille moyenne.
Et certains secteurs stratégiques restent quasiment absents de la cote.
Télécommunications, énergie, mines et autres activités à forte intensité capitalistique continuent de briller par leur absence.
Le paradoxe fiscal : encourager les introductions après avoir supprimé l’incitation
C’est probablement là que se trouve le cœur du problème.
La Bourse de Tunis met aujourd’hui en avant plusieurs facteurs susceptibles de favoriser une reprise des introductions en 2026.
La liquidité est importante, avec près de 29,8 milliards de dinars en circulation début août. Les taux d’intérêt ont commencé à baisser. L’inflation est revenue à 5,1 % en juillet.
Et surtout, le marché actions connaît une progression spectaculaire : le Tunindex affichait une hausse de 44,92 % à la mi-août, tandis que les volumes échangés ont plus que doublé, atteignant environ 2,532 milliards de dinars.
Tous les ingrédients semblent donc réunis pour rendre la Bourse plus attractive.
Mais il y a un sérieux problème.
L’avantage fiscal destiné à encourager les sociétés à s’introduire en Bourse a été supprimé en 2025.
Or, historiquement, cet avantage constituait l’un des principaux arguments susceptibles de convaincre les actionnaires d’ouvrir leur capital, notamment lorsque le flottant atteignait le seuil requis de 30 %.
le paradoxe est donc saisissant.
On cherche aujourd’hui à attirer les vendeurs sur le marché… tout en ayant supprimé l’une des principales raisons qui pouvaient les inciter à venir.
La liquidité peut être abondante du côté des investisseurs. Les cours peuvent progresser. Les volumes peuvent exploser.
Mais une introduction en Bourse suppose avant tout qu’un actionnaire accepte de partager son capital.
Et cette décision ne se décrète pas.
La question du sang nouveau
À cette équation économique s’ajoute une question de gouvernance.
L’actuel président de la Bourse de Tunis, en poste depuis onze ans, depuis le gouvernement Jomaa, vient d’être reconduit pour trois années supplémentaires, selon des sources concordantes. Ayant désormais dépassé l’âge légal de départ à la retraite, il devrait, selon les mêmes sources, poursuivre ses fonctions sous un statut contractuel ou sous une forme indépendante à préciser, une situation qui ne manque pas d’interroger sur les modalités de cette nouvelle prolongation.
Une longévité exceptionnelle à la tête d’une institution qui cherche aujourd’hui à relancer les introductions, diversifier la cote et insuffler un nouveau dynamisme au marché. Si l’expérience et la continuité peuvent constituer des atouts, cette nouvelle prolongation pose naturellement la question du renouvellement des idées, des profils et de la gouvernance.
Après onze années, la question n’est donc pas celle de la personne, mais bien celle du souffle nouveau dont la place financière tunisienne a besoin pour changer de cycle.
Mais après plusieurs années marquées par la faiblesse des introductions et l’absence de nouvelles admissions sur le marché alternatif, la question du renouvellement des idées et des profils mérite naturellement d’être posée.
La Bourse de Tunis a-t-elle besoin de sang nouveau pour aborder un nouveau cycle ?
Le débat ne porte pas nécessairement sur les personnes, mais sur la capacité de la gouvernance à impulser une nouvelle dynamique. De nouveaux profils issus du financement des entreprises, du capital-investissement, de la fintech, de la digitalisation ou des marchés internationaux pourraient contribuer à changer les méthodes et à rapprocher davantage la Bourse du tissu entrepreneurial.
Changer de cycle, pas seulement de discours
La Bourse de Tunis évolue aujourd’hui dans un environnement radicalement différent de celui des années 2000.
Les entreprises disposent de nouvelles possibilités de financement. Les investisseurs sont plus exigeants. Les marchés internationaux sont davantage intégrés. La digitalisation transforme les pratiques boursières. Les PME recherchent des solutions de financement plus souples et les jeunes entreprises ont besoin de capitaux pour accélérer leur développement.
Les pratiques boursières. Les PME recherchent des solutions de financement plus souples et les jeunes entreprises ont besoin de capitaux pour accélérer leur développement. ont besoin de capitaux pour accélérer leur développement.
Face à ces mutations, la Bourse ne peut plus se contenter d’attendre que les entreprises viennent à elle.
Car le problème de la Bourse tunisienne est devenu structurel.
Une place financière ne peut pas se contenter d’un indice en hausse. Elle doit également attirer de nouvelles entreprises, diversifier les secteurs cotés et mobiliser davantage l’épargne vers l’investissement productif.
Les secteurs stratégiques comme les télécommunications, l’énergie ou les mines restent notamment sous-représentés.
2026 peut donc constituer un tournant. Mais pour transformer la hausse du marché en véritable relance du marché primaire, il faudra plus qu’un contexte financier favorable.
Il faudra une stratégie nouvelle, une démarche plus offensive et probablement un renouvellement des approches.
La question est finalement simple : la Bourse de Tunis veut-elle seulement relancer les introductions ou veut-elle réellement changer de cycle ?
Car pour attirer du sang neuf chez les émetteurs, il faudra peut-être aussi accepter du sang neuf dans la gouvernance et dans les méthodes.



