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Dr Moncef Daghfous: Implications socio-économiques alarmantes… du vieillissement de la population!!!

UniversNews (Emploi) – La situation démographique actuelle, comme beaucoup d’autres questions sociales, est devenue une préoccupation, surtout qu’elle donne un aperçu alarmant sur la situation sociale qui prévaut dans un pays qui avait fait de la question du planning familial, depuis l’indépendance, un outil de développement.

Après ce qui a circulé sur cette situation démographique, il est devenu impérieux de chercher à connaitre l’état des lieux, dans ce domaine et Dr Moncef Daghfous (consultant en planning familial) a bien voulu éclairer notre lanterne.

  • UniversNews: Pourquoi la Tunisie fait face à une baisse durable de la natalité ? Quelles sont les raisons de ce déclin démographique ?

Dr. Moncef Daghfous : Selon le dernier recensement de la population et de l’habitat de 2024, la Tunisie compte aujourd’hui 11 972 169 habitants, enregistrant ainsi un taux d’accroissement annuel moyen de 0.87% par rapport à 2014. Ce retard du mariage et l’augmentation des divorces engendrent une conséquence directe : l’effondrement des naissances. En retardant l’âge de la première union, la fenêtre de fertilité biologique des couples se réduit. Le taux de fécondité est passé de 2,17 enfants par femme en 2019 à 1,58 enfant par femme en 2023, soit un niveau inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1enfants par femme).

Le taux de natalité brut (un indicateur mesurant le nombre de naissances pour 1.000 habitants) s’est ainsi limité à 11,4 naissances pour 1.000 habitants en 2023 contre 16,8 naissances pour 1.000 habitants en 2019. Ce taux est aussi largement inférieur à la moyenne mondiale de 17%. En conséquence, le taux d’accroissement démographique naturel est tombé à 0,48% en 2023 contre 1,03% en 2019.Le taux d’accroissement démographique, encore proche de 0,5 % vers 2035, devrait tomber à seulement 0,03 % à l’horizon 2054, annonçant une quasi-stagnation de la population. Si la population tunisienne devait encore progresser pour atteindre 12,16 millions d’habitants en 2030, puis environ 13,3 millions en 2054, le rythme de cette croissance ralentit fortement.

  • Est-ce que le vieillissement de la population va s’accentuer ?

La tranche des 0-4 ans ne représente plus que 5,9% de la population totale, contre près de 18,6% à la fin des années 1960. Les personnes âgées de 60 ans et plus ont vu leur poids triplé depuis l’indépendance, atteignant 17% de la population globale en 2024, contre à peine 5% durant les années 60, selon l’INS. Ce vieillissement va s’accélérer de manière inédite durant les prochaines décennies. D’ici à 2054, un tiers (33%) des Tunisiens aura plus de 60 ans..

  • Cette transition démographique a-t-elle des conséquences ?

Le vieillissement de la population entraînera une augmentation du taux de dépendance des personnes âgées et exercera une pression croissante sur les systèmes de santé, les retraites et les mécanismes de protection sociale. Cette tendance questionne sur les nouveaux besoins des seniors, leur place dans la société et les solidarités entre les générations. Le grand défi de demain sera de savoir comment financer les caisses sociales (CNRPS, CNSS, CNAM) et le système de santé alors que la population active (les 15-59 ans) se contracte et le pourcentage des personnes aux cheveux grisonnants augmente d’année en année. La Tunisie risque de se retrouver dans la situation paradoxale d’un pays en développement avec une démographie de pays développés, sans en avoir les ressources financières. Déficitaires, les caisses sociales pourraient le devenir encore plus sous le double effet de la démographie.

  • Est-ce qu’on aura plus de femmes que d’hommes ?

Le rapport de masculinité est inversé, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes. En effet, dans la majorité des gouvernorats, le nombre de femmes dépasse celui des hommes, en particulier dans les tranches d’âge en âge d’activité. Ce phénomène, souvent attribué à la migration masculine, est particulièrement marqué dans les régions à forte émigration internationale. Ce déséquilibre démographique a des implications importantes sur le marché du travail, et sur la structure familiale.

L’évolution du rapport de masculinité à travers les recensements révèle une baisse notable, passant de 104,5 en 1966 à 97.4 en 2024 montrant ainsi qu’au fil du temps une suprématie féminine commence à s’instaurer. En effet, jusqu’en 2004, les hommes étaient plus nombreux que les femmes, mais cette tendance s’est inversée après le recensement de 2004. En 2014, on a enregistré 50.2% des femmes contre 49.8% des hommes. Dix ans plus tard, les résultats du recensement 2024 montrent que cette suprématie féminine se confirme, les femmes représentent désormais 50.7% de la population contre 49.3% pour les hommes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce basculement, notamment l’écart en espérance de vie entre les hommes et les femmes, supérieur en moyenne à quatre ans ; la baisse du taux fécondité, qui est aujourd’hui inférieur au seuil de renouvellement des générations ; ainsi que la migration internationale, généralement marquée par prédominance masculine.

  • Quel impact sur le célibat ?

Les dernières données de l’Institut National de la Statistique (INS) révèlent l’installation du célibat choisi et assumé comme la norme chez les jeunes générations. Environ 80% des Tunisiens âgés de 15 à 34 ans ne sont pas mariés, alors que l’âge moyen au premier mariage s’établit désormais à environ 35 ans chez les hommes et 29 ans chez les femmes. Le nombre total de mariages est d’ailleurs passé de 83.105 en 2019 à 72.953 en 2023 et à peine 70.942 en 2024.

  • Faut-il encourager les naissances ? Et pourquoi ?

Nous devons encourager les naissances. Pourquoi ? Parce que la population tunisienne est une population vieillissante, et dans 2 ou 3 décennies, si les choses continuent à évoluer selon la tendance récemment observée, le pays risque de compter plus de 20% de personnes âgées de 60 ans et plus. Dans ce cas-là, il faudrait se soucier de leurs retraites et aussi de leur prise en charge sociale. Maintenant, on doit faire face au vieillissement de la population et ses implications socio-économiques, d’autant plus que les gens vivent de plus en plus longtemps (longévité). Une solution reste envisageable : encourager les mariages et les naissances afin de maintenir la structure de population favorable au développement socio-économique du pays. Mais, là aussi, il faudrait investir dans les infrastructures sociales pour mieux contenir l’accroissement de la population : habitat, infrastructures sanitaires, écoles. (M.S)

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