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Le plan de développement 2026-2030 entre ambition , réalisme et vœux pieux

Adopté récemment par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le Plan de développement 2026-2030 constitue la nouvelle feuille de route économique et sociale de la Tunisie pour les cinq prochaines années. Présenté par le gouvernement comme un projet destiné à poser les bases d’un nouveau modèle de développement fondé sur la justice sociale, le renforcement de la souveraineté nationale et l’autosuffisance, il fixe des objectifs ambitieux en matière de croissance, d’investissement, de finances publiques, de transition écologique et de développement régional.

Son adoption n’a toutefois pas fait l’unanimité. Plusieurs députés ont exprimé des réserves sur la capacité de l’État à atteindre les objectifs annoncés, notamment dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires, un endettement élevé, une croissance encore fragile et des besoins importants en financement. Malgré ces critiques, le document constitue désormais la référence de l’action gouvernementale jusqu’en 2030.

L’un des principaux paris du plan consiste à relancer durablement la croissance économique. Le gouvernement vise un taux de croissance annuel moyen de 4,2 % en termes réels sur la période 2026-2030, contre seulement 2,4 % enregistrés entre 2021 et 2025. Cette progression devrait être graduelle, passant de 2,6 % en 2025 à 5,1 % en 2030, grâce à une reprise de l’investissement, au renforcement du secteur privé et au développement d’activités à forte valeur ajoutée.

Cette dynamique devrait permettre d’améliorer sensiblement le niveau de vie des Tunisiens. Le revenu annuel par habitant devrait ainsi progresser en moyenne de 6,5 % par an pour atteindre 7 424 dollars, soit plus de 21 500 dinars, à l’horizon 2030 contre près de 4 500 dollars actuellement. Le plan ambitionne également de ramener le taux de pauvreté sous le seuil de 15 % et de hisser la Tunisie parmi les pays à très haut niveau de développement humain. Il prévoit aussi de réduire les disparités régionales en portant l’indice national de développement régional à 0,6 tout en diminuant l’écart entre les gouvernorats les plus et les moins développés.

Le redressement des finances publiques constitue un autre pilier majeur de cette stratégie. Le gouvernement entend réduire progressivement le déficit budgétaire pour le ramener autour de 3 % du PIB d’ici 2030 et contenir la dette publique à 80 % du produit intérieur brut. Il ambitionne également de porter le taux de mobilisation des ressources propres de l’État à plus de 80 %, d’intégrer plus de la moitié du secteur informel dans le circuit économique légal et de généraliser la numérisation des systèmes fiscal, douanier et financier.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs réformes structurelles sont annoncées. Le plan prévoit notamment l’assainissement des entreprises publiques afin de réduire leur poids sur les finances de l’État, une réforme progressive du système des subventions grâce à un meilleur ciblage des bénéficiaires, ainsi qu’une modernisation de la gestion budgétaire reposant sur davantage de transparence, de contrôle et de comptabilité publique.

Le secteur financier est également appelé à jouer un rôle plus important dans le financement de l’économie. Les autorités souhaitent renforcer l’accès des entreprises, en particulier des PME, au crédit, développer la finance verte et la finance participative, tout en intégrant davantage les risques liés au changement climatique. La diversification des sources de financement extérieur et la numérisation du suivi des projets figurent également parmi les leviers retenus.

La transition écologique occupe une place centrale dans le nouveau plan. Face aux effets du changement climatique et aux nouvelles exigences environnementales des marchés internationaux, notamment européens, la Tunisie entend accélérer sa transition énergétique. L’objectif est de porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la production d’électricité d’ici 2030 et de réduire de 30 % la consommation d’énergie primaire.

Plusieurs projets structurants sont programmés, dont le développement de la centrale solaire de Kairouan, la réalisation d’une nouvelle centrale photovoltaïque de 100 mégawatts, la construction d’un parc éolien de même capacité à Jendouba ainsi qu’un système de stockage d’énergie par batteries de 50 mégawatts à Tataouine. Le plan prévoit également le renforcement des interconnexions électriques avec l’Italie, l’Algérie et la Libye afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique.

La gestion des ressources en eau constitue un autre chantier prioritaire. Face à un stress hydrique de plus en plus marqué, les autorités misent sur une diversification des ressources grâce à la création et à l’extension de stations de dessalement à Tunis, Sfax, Kerkennah et Ben Guerdane, à la réutilisation des eaux traitées pour l’irrigation et à une révision globale du Code des eaux, qui consacrera la priorité absolue à l’alimentation en eau potable. Des projets de transfert d’eau entre plusieurs barrages sont également programmés afin d’améliorer l’équilibre entre les régions.

Le secteur agricole est appelé à contribuer davantage à la sécurité alimentaire. La production céréalière devrait atteindre plus de 20 millions de quintaux en 2030, contre près de 18 millions en 2026, avec une moyenne de 19 millions de quintaux sur l’ensemble du quinquennat. Le plan prévoit aussi une augmentation de l’utilisation des semences sélectionnées de 20 % à 30 %, une couverture de la moitié des besoins nationaux en blé dur ainsi qu’un recours accru aux eaux non conventionnelles pour l’irrigation. Les autorités comptent également développer les cultures fourragères irriguées, promouvoir des variétés d’oliviers plus résistantes aux changements climatiques et renforcer les programmes de protection des sols.

L’industrie devrait enregistrer une croissance moyenne de 5,1 %, portée notamment par les industries non manufacturières (+6,7 %) et manufacturières (+4,2 %). Les industries mécaniques et électriques ainsi que les matériaux de construction figurent parmi les secteurs les plus prometteurs. Le plan mise également sur la transformation numérique, l’industrie intelligente, l’économie circulaire et le renforcement des exportations.

Le secteur des phosphates devrait retrouver progressivement son niveau de production avec un objectif dépassant 11 millions de tonnes par an grâce à l’entrée en exploitation de plusieurs nouveaux projets industriels. Dans le domaine énergétique, le gouvernement prévoit également une hausse de la production nationale de pétrole et de gaz grâce à la mise en service de plusieurs gisements, dont Cosmos, Sabah et Zarat Nord.

Enfin, le plan accorde une dimension sociale importante à la croissance économique. Il prévoit de renforcer l’inclusion financière, notamment au profit des PME et des petits promoteurs des régions intérieures, d’investir davantage dans le capital humain et de développer les programmes d’emploi, d’autonomisation économique et de logement social.

Par son ampleur, le Plan de développement 2026-2030 dessine une vision ambitieuse de la transformation économique de la Tunisie. Sa réussite dépendra toutefois de la capacité de l’État à mobiliser les financements nécessaires, à mettre en œuvre les réformes annoncées et à concrétiser, sur le terrain, les nombreux projets structurants prévus au cours des cinq prochaines années.

KS

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