
Les estimations du prix référentiel du baril, établies par la Tunisie, ont montré que chaque augmentation d’un dollar du baril coûte au pays des dépenses supplémentaires variant entre 100 et 140 millions de dinars tunisiens, alors que les dépenses habituelles sont d’environ 75 à 85 dollars le baril.
En effet, la stabilisation des prix du Brent au-dessus de 90 ou 100 dollars pendant une longue période, suite au conflit américano-iranien, produira une crise financière de plusieurs milliards de dinars sur le poste des subventions aux hydrocarbures.
De plus, la Tunisie est confrontée, depuis des années, à un « déficit énergétique structurel », provenant d’une production nationale limitée en hydrocarbures et de l’augmentation de la demande locale. Ce déficit est compensé à travers les importations de pétrole brut, de gaz naturel et de produits dérivés, ce qui place la balance commerciale face à une vulnérabilité économique.
En outre, la fluctuation des prix due aux conflits internationaux exerce une pression sur les finances nationales en devises pour pouvoir couvrir les besoins nationaux, ce qui accentue la pression sur les réserves de la Banque centrale et crée une demande accrue en euros et en dollars.
Un autre aspect est que cette inflation a un impact sur la vie quotidienne des citoyens et des entreprises, principalement les industries manufacturières, les secteurs tels que le textile et les services. Ceux-ci se trouvent face à des factures d’électricité et des dépenses d’énergie exorbitantes, ce qui réduit leurs marges bénéficiaires au point de les contraindre à réduire les heures de travail ou le nombre d’employés.
Cela produit une restructuration des dépenses publiques qui se manifeste à travers des « Virements de crédit » au sein du budget, en orientant les dépenses vers les factures du secteur pétrolier au lieu de les consacrer aux dépenses d’investissement et de développement destinées à la construction d’hôpitaux, d’écoles, etc.
De même , la crise à laquelle la Tunisie fait face dans le domaine pétrolier reflète la forte dépendance énergétique de l’économie tunisienne, ainsi que sa vulnérabilité aux chocs exogènes .
Par ailleurs, les crises géopolitiques successives montrent la fragilité des économies émergentes face aux répercussions des conflits lointains. La flambée des prix du pétrole au Moyen-Orient redessine brutalement la carte financière des pays importateurs d’énergie.
Avec la reprise des affrontements militaires directs et indirects entre les États-Unis et l’Iran, et la montée des craintes internationales quant à une perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole Brent a atteint un niveau élevé.
Si les répercussions de ce conflit régional affectent directement le cœur de l’économie tunisienne, elles exacerbent la rigidité des structures financières locales et confrontent le pays à un défi sans précédent, compliquant davantage son chemin vers les réformes et la stabilité financière et sociale.
Balkis Layouni



