
Pendant des années, les banques ont mesuré leur solidité à travers leurs ratios de
solvabilité, leur liquidité ou leur niveau de créances classées. Ces indicateurs restent
essentiels. Mais ils ne suffisent plus.
Le véritable stress test des prochaines années sera technologique.
L’intelligence artificielle bouleverse déjà l’ensemble des métiers bancaires : analyse des
risques, lutte contre la fraude, conformité, relation client, cybersécurité, contrôle interne ou
audit. Les établissements capables d’intégrer ces technologies gagneront en
efficacité, en rapidité et en maîtrise des risques. Les autres verront leur retard se
creuser.
Ce défi est particulièrement sensible en Tunisie.
Si plusieurs banques ont engagé leur transformation digitale, une grande partie du secteur
continue de fonctionner sur des systèmes d’information vieillissants, parfois conçus il y a
plusieurs décennies. Moderniser ces infrastructures n’est plus seulement un projet
informatique : c’est désormais une exigence stratégique.
Les régulateurs internationaux ont déjà pris la mesure de cette évolution. Ils ne considèrent
plus l’intelligence artificielle comme une innovation parmi d’autres, mais comme un
facteur susceptible de modifier en profondeur le profil de risque des établissements
financiers.
Pour les banques tunisiennes, l’enjeu dépasse la seule adoption de nouveaux outils. Il
s’agit de revoir la gouvernance, d’investir dans les compétences, de renforcer la
qualité des données, d’encadrer les usages de l’IA et d’intégrer ce nouveau risque
dans les dispositifs prudentiels.
Demain, la différence entre deux banques ne se fera peut-être plus sur la taille de leur
réseau d’agences ou sur leur volume de crédits, mais sur leur capacité à exploiter
l’intelligence artificielle de manière sûre, responsable et performante.
La question n’est donc plus de savoir si l’IA transformera le secteur bancaire tunisien.
La seule interrogation est de savoir quelles banques conduiront cette
transformation… et lesquelles la subiront.
M. Ben Salem



