
Tunis – Univers News. Le soleil est au rendez-vous, la mer scintille sous les premiers rayons de la matinée et les familles s’installent progressivement sur le sable. Les enfants courent vers les vagues, les parasols fleurissent le long du rivage et les vendeurs ambulants arpentent la plage. Le décor a tout d’une carte postale estivale.
Pourtant, quelques pas suffisent pour que l’image idyllique s’effondre. Une bouteille en plastique à moitié enfouie dans le sable. Des canettes abandonnées au pied d’un rocher. Des sacs plastiques qui flottent au gré du vent. Des emballages alimentaires, des gobelets, des restes de pique-nique, des mégots de cigarettes, parfois même des couches pour bébés ou des pneus usagés. Le contraste est saisissant.
Sur de nombreuses plages tunisiennes, ce spectacle est devenu presque banal. Au fil des années, les déchets se sont imposés comme les indésirables de l’été, au point de ternir l’image d’un littoral qui constitue pourtant l’un des plus beaux patrimoines naturels du pays.
Avec plus de 1 300 kilomètres de côtes, la Tunisie possède un littoral d’une richesse exceptionnelle. Il attire chaque année des millions de baigneurs et constitue l’un des principaux moteurs du tourisme national. Mais cette richesse est aujourd’hui fragilisée par un phénomène qui prend de l’ampleur : l’accumulation des déchets sur les plages.
Le problème dépasse largement les quelques détritus laissés après un week-end chargé. Il est devenu structurel. Les municipalités mobilisent quotidiennement leurs équipes de nettoyage, notamment dans les stations balnéaires les plus fréquentées. Dès l’aube, les agents ratissent le sable, ramassent les sacs d’ordures et vident les poubelles. Pourtant, quelques heures plus tard, les déchets réapparaissent.
Comme un éternel recommencement
Les chiffres confirment d’ailleurs que cette pollution n’a rien d’anecdotique. Selon le Diagnostic de la pollution plastique élaboré par le ministère tunisien de l’Environnement dans le cadre de la stratégie « Littoral sans plastique », près de 17 000 tonnes de plastique rejoignent chaque année la mer depuis les côtes tunisiennes. Le rapport estime également à 5 900 tonnes le volume annuel de déchets plastiques qui s’accumulent sur les plages, soit en moyenne 9,5 kilogrammes de plastique par kilomètre de littoral et par jour. Les plastiques constituent la très grande majorité des déchets retrouvés sur les plages tunisiennes.
Les campagnes de suivi menées par le WWF Afrique du Nord confirment cette réalité. Dans le cadre du programme Adopt a Beach, plus de 341 000 déchets ont été recensés sur 137 plages tunisiennes. Les mégots de cigarettes arrivent largement en tête des objets abandonnés, suivis des bouchons, des bouteilles en plastique, des sacs, des canettes et des fragments de verre.
Derrière ces statistiques se cache une réalité simple : la majorité de ces déchets sont laissés par les usagers eux-mêmes.
Une bouteille vide abandonnée après un pique-nique. Un sachet plastique emporté par le vent. Un mégot écrasé dans le sable. Ces gestes paraissent anodins. Pourtant, additionnés des milliers de fois chaque été, ils finissent par transformer le littoral en vaste dépotoir à ciel ouvert.
Lorsque le vent se lève, les déchets les plus légers prennent la direction de la mer. Les courants marins font le reste. Une simple bouteille plastique peut dériver pendant des années avant de se fragmenter en micro plastiques. Invisibles à l’œil nu, ces particules sont ensuite ingérées par les poissons, les tortues marines et les oiseaux.
Le ministère de l’Environnement rappelle d’ailleurs que 80 % des déchets retrouvés en mer proviennent d’activités terrestres. Plus inquiétant encore, 77 % des déchets recensés sur les plages tunisiennes sont constitués de plastique, principalement des produits à usage unique.
Les conséquences ne sont pas uniquement environnementales
Pour les professionnels du tourisme, l’image des plages représente un enjeu économique majeur. Une plage jonchée de détritus est immédiatement photographiée et partagée sur les réseaux sociaux. En quelques heures, ces images peuvent faire le tour du monde et nuire à la réputation d’une destination qui mise largement sur la qualité de son littoral.
Les pêcheurs, eux aussi, observent quotidiennement les effets de cette pollution. Filets remplis de déchets, sacs plastiques accrochés aux hameçons, poissons retrouvés avec des fragments de plastique dans l’estomac : la mer renvoie progressivement à l’homme ce qu’il y abandonne.
Face à cette situation, les initiatives citoyennes se multiplient. Chaque été, des centaines de bénévoles, d’associations environnementales, de clubs de plongée et de scouts organisent des campagnes de nettoyage. En quelques heures, plusieurs tonnes de déchets sont parfois collectées sur une seule plage.
Ces actions sont indispensables. Mais elles ne suffisent plus : Ramasser les déchets après leur abandon ne règle pas le problème à sa source. Le véritable défi est celui de la prévention. Installer davantage de poubelles, renforcer les contrôles, sensibiliser dès le plus jeune âge au respect de l’environnement, appliquer les sanctions prévues contre les dépôts sauvages et réduire progressivement l’utilisation des plastiques à usage unique figurent parmi les pistes les plus souvent avancées.
Au fond, la propreté d’une plage ne dépend pas uniquement des municipalités ou des associations. Elle dépend surtout des milliers de gestes individuels accomplis chaque jour.
La Tunisie possède un patrimoine côtier exceptionnel. Le préserver n’est pas seulement une obligation environnementale. C’est aussi une responsabilité citoyenne et un enjeu économique majeur pour les générations futures.
Le sable devrait conserver uniquement les empreintes des vacanciers. Pas les traces de leur négligence.
KS



