Mon enfant a déjà un smartphone… et il est constamment dessus. Comment puis-je l’accompagner?

Par Malek Sassi Boughzala, coach parental
Prenez quelques secondes et repensez aux dernières 24 heures.
Combien de fois avez-vous utilisé un écran ?
Pour envoyer un message, chercher une information, regarder une recette,, consulter la météo pour savoir si la mer sera encore agitée demain, chercher le programme des festivals, écouter de la musique, vous orienter grâce au GPS, payer, réserver un rendez-vous, lire cet article, déambuler sur les réseaux sociaux sans voir le temps passer… ou même brûler la sauce parce que vous étiez absorbé par une vidéo !
Maintenant, imaginez exactement la même journée… il y a vingt-cinq ans. Sans tout ça.
Je ne suis pas en train de dire que c’était mieux avant.
J’aime pouvoir partir sereinement dans une ville que je ne connais pas grâce au GPS et aux avis laissés sur Internet. J’aime pouvoir rester proche de ma famille malgré les kilomètres. J’aime pouvoir écrire cet article en seulement quelques heures, avec toutes les idées que j’ai envie de partager, tout en restant profondément moi-même dans mes mots.
Je dis simplement que c’était différent.
Le monde a changé. Notre cerveau, lui, fonctionne toujours selon les mêmes grands principes. Il est naturellement attiré par tout ce qui lui procure une récompense rapide : une nouveauté, une vidéo qui s’enchaîne, une notification, un « j’aime », un commentaire… Il est aussi profondément sensible au besoin d’être reconnu, soutenu, d’appartenir à un groupe et de ne rien manquer. Les écrans exploitent parfaitement ces mécanismes. C’est ce qui explique pourquoi il est souvent si difficile de décrocher… pour nos enfants comme pour nous.
Mais le monde n’a pas changé du jour au lendemain.
Les premiers écrans sont entrés dans nos maisons il y a plusieurs décennies. Au départ, ils occupaient une place limitée : quelques dessins animés, quelques jeux vidéo, un téléphone qui servait surtout à téléphoner… ou à jouer à Snake.
Puis, année après année, ils sont devenus plus présents, plus intelligents… et surtout beaucoup plus efficaces pour capter notre attention.
C’est peut-être aussi là que réside la responsabilité des pouvoirs publics, des collectivités et des associations : créer un environnement qui soutienne les parents, développer des espaces de jeu de qualité et accompagner les familles face aux défis éducatifs d’aujourd’hui.
Ce sont souvent les conséquences les plus extrêmes qui alertent les autorités et les familles. Pourtant, elles ne doivent pas occulter les effets plus discrets, mais bien réels, que les écrans peuvent avoir sur le développement des enfants.
À ce jour, rien ne permet d’affirmer que les écrans soient à l’origine de l’autisme ou des autres neuroatypies. En revanche, une attirance particulièrement intense pour les écrans peut parfois constituer un signal parmi d’autres. Une exposition excessive peut également aggraver certaines difficultés ou entraîner des symptômes qui s’en rapprochent. Ce n’est donc pas un sujet à banaliser.
Dans ce contexte, les écrans ne sont pas apparus comme le problème. Ils sont apparus comme une solution. La plus facile… mais pas toujours la meilleure.
Dans ce contexte, les écrans ne sont pas apparus comme le problème. Ils sont apparus comme une solution. La plus facile… mais pas toujours la meilleure.
Les écrans nous offrent donc des possibilités extraordinaires. Mais comme toute avancée, ils ont aussi leur revers lorsque leur mode d’emploi n’est pas compris. Si notre cerveau ne sait plus fonctionner sans eux, s’il ne sait plus quoi faire face à l’ennui, s’il ne connaît plus qu’une seule manière d’apaiser une émotion difficile, s’il perd peu à peu le goût d’imaginer, de créer, de réfléchir, de patienter ou simplement d’être pleinement présent avec les autres, alors ils deviennent un risque plutôt qu’un outil.
Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que c’est sans risque. Et ce n’est pas parce que beaucoup de parents rencontrent les mêmes difficultés que c’est une fatalité. Chacun peut choisir d’initier un changement. D’ailleurs, des dirigeants de la Silicon Valley, comme Steve Jobs et Mark Zuckerberg, ont eux-mêmes fortement encadré l’accès aux écrans de leurs enfants. Si ceux qui conçoivent ces technologies prennent de telles précautions pour leur propre famille, cela mérite peut-être que nous nous demandions pourquoi.
Alors, finalement, la vraie question n’est peut-être pas :
« Les écrans sont-ils des ennemis ou des alliés ? »
La vraie question est plutôt :
« De quelle équipe voulons-nous que notre enfant fasse partie ? »
De celle qui subit les écrans ?
Ou de celle qui sait les utiliser pour apprendre, créer, communiquer, entreprendre… et rayonner grâce à eux ?
Quant à nous, parents, notre mission n’est pas de préparer nos enfants à vivre dans le monde d’hier, même si c’est celui que nous connaissons le mieux.
Elle n’est pas non plus de les laisser seuls face au monde d’aujourd’hui parce qu’il nous dépasse parfois ou parce que nous avons peur de les frustrer.
Notre mission est de protéger et de développer leur cerveau afin qu’il soit suffisamment solide pour profiter de tout ce que les écrans peuvent lui apporter… sans danger.
Le rôle du parent : préparer le cerveau à profiter des écrans sans les subir
La préparation du cerveau aux écrans commence bien avant la première exposition à un écran.
Avant même de savoir utiliser une tablette ou un smartphone, un enfant apprend à vivre. Il apprend à attendre, à s’occuper seul, à traverser une frustration, à chercher une solution lorsqu’il s’ennuie, à créer, à imaginer, à jouer, à observer, à communiquer, à développer son attention et à se sentir en sécurité grâce à la présence, aux interactions et à l’amour de ceux qui l’entourent.
Durant les trois premières années de vie, le cerveau construit une quantité extraordinaire de connexions grâce à toutes les expériences réelles que vit l’enfant. Chaque regard échangé, chaque histoire racontée, chaque objet manipulé, chaque mouvement, chaque chute, chaque éclat de rire, chaque câlin ou chaque exploration renforce cette architecture. Un écran, aussi interactif soit-il, ne peut pas offrir cette même richesse d’expériences sensorielles, motrices, émotionnelles et relationnelles. Chaque heure passée devant un écran pendant cette période représente donc un véritable manque à gagner pour le développement du cerveau. C’est pourquoi les recommandations sont de les éviter strictement avant 3 ans.
Vient ensuite le temps de leur introduction.
Le premier réflexe est souvent de regarder le temps passé devant un écran.
Bien sûr, la durée compte. Mais elle est loin d’être le premier élément à observer.
Deux enfants peuvent passer exactement une heure devant un écran et ne pas en retirer les mêmes effets. Au-delà du temps, le contenu compte, l’état de l’enfant avant, pendant et après l’écran compte, tout comme la place que les écrans occupent dans l’ensemble de sa journée.
Notre rôle est donc moins de compter les minutes que d’observer notre enfant pour adapter notre accompagnement.
Avant l’écran, nous préparons le terrain. Nous construisons un quotidien où les écrans ont leur juste place parmi le jeu libre, le mouvement, les responsabilités, les échanges, les livres, la créativité, les moments en famille et même l’ennui. L’écran devient une activité parmi d’autres, avec un cadre clair, connu et cohérent.
Pendant le temps d’écran, surtout lors des premières expositions, nous restons présents. Nous regardons parfois avec lui, nous échangeons sur ce qu’il voit, sur ce qu’il ressent avant, pendant et après ce moment, nous répondons à ses questions, nous développons son esprit critique et nous choisissons des contenus adaptés à son âge, à sa sensibilité et à sa maturité.
Après le temps d’écran, nous accompagnons la transition. Concrètement, nous évitons d’enchaîner avec un autre écran ou une récompense sucrée. Comme les écrans, le sucre peut procurer un apaisement immédiat, suivi d’une nouvelle montée d’agitation. Nous proposons un temps d’échange, un jeu, une activité manuelle, une sortie, un dessin ou une participation à la vie de la maison. Nous observons aussi son comportement : retrouve-t-il facilement son calme ? Rejoue-t-il spontanément ? Raconte-t-il ce qu’il a vu ? Ou reste-t-il irritable, frustré ou en quête d’une nouvelle stimulation ? Ce sont ces observations qui nous permettront d’ajuster progressivement notre accompagnement.
C’est cette maturité qui lui permettra de profiter des écrans sans les subir.
Et cette préparation commence bien avant le premier smartphone, bien avant les premiers signes de l’adolescence.
parce qu’un jour viendra où un écran sera à la disposition de notre enfant. Il devra alors décider, seul, quand et comment l’utiliser, quand s’arrêter et comment s’autoréguler.
Et si cette préparation n’a pas eu lieu, il se peut que, même si nous sommes assis à côté de lui, même si nous lui demandons d’arrêter, il en soit tout simplement incapable sur le moment. Non pas parce qu’il refuse de nous écouter ou cherche à nous désobéir, mais parce que son cerveau n’aura pas encore développé les capacités d’autorégulation nécessaires pour résister à des outils conçus pour capter et retenir son attention.
Peu à peu, il gagnera en autonomie. Les écrans entreront dans sa chambre, dans son collège, dans sa poche. Les réseaux sociaux prendront une place grandissante, les notifications se multiplieront, les algorithmes chercheront à retenir son attention et les sollicitations seront permanentes.
À ce moment-là, ce ne seront plus nos rappels, nos règles ou notre présence qui feront la différence.
Ce sera sa capacité à s’autoréguler.
Cette autorégulation repose sur tout ce qui aura été construit au fil des années : sa capacité à attendre, à gérer une frustration, à prendre du recul, à exercer son esprit critique, à reconnaître une manipulation, à protéger son sommeil, à demander de l’aide lorsqu’il en a besoin ou simplement à poser son téléphone de lui-même.
L’adolescence n’est donc pas le moment où l’on commence à préparer son enfant aux écrans. C’est le moment où toute cette préparation est mise à l’épreuve.
L’adolescence : du contrôle parental à l’autorégulation
À l’adolescence, le cerveau entre dans une nouvelle phase de chantier. Les circuits liés aux émotions, aux récompenses et à la recherche de nouveautés deviennent particulièrement sensibles. Les régions qui permettent de planifier, de résister à une impulsion ou de prendre du recul poursuivent leur maturation. Elles ne sont pas moins efficaces, mais leur influence est momentanément moins importante face à l’intensité des émotions et du plaisir immédiat.
Autrement dit, notre adolescent est naturellement davantage attiré par ce qui est stimulant… alors même qu’il apprend encore à s’autoréguler. Et, au même moment, les technologies deviennent toujours plus performantes pour capter son attention.
La relation avec ses parents évolue aussi. Il a besoin de plus d’autonomie, de davantage d’intimité et d’être considéré progressivement comme un jeune adulte, tout en ayant encore profondément besoin de notre présence et de nos repères. Plus que jamais, il est précieux de préserver les rituels familiaux, les repas partagés, les trajets en voiture ou les promenades côte à côte. Ces moments, où l’on ne se fait pas face, favorisent souvent des échanges que l’on n’obtiendrait pas autrement.
Face à cette évolution, continuer à vouloir tout contrôler devient illusoire.
En réalité, il n’a jamais été question de contrôle parental, mais d’accompagnement. Depuis les premiers écrans, nous avons construit des règles avec notre enfant tout en l’aidant à réfléchir : « Pourquoi cette règle existe-t-elle ? Qu’as-tu ressenti ? Qu’aurais-tu pu faire autrement ? Que feras-tu la prochaine fois ? » Peu à peu, ces questions deviennent sa propre voix intérieure.
Dès la préadolescence, l’équilibre évolue. Les règles restent importantes, mais elles laissent progressivement davantage de place au dialogue, au questionnement et à la réflexion. Notre rôle n’est plus de réguler à sa place, mais de l’aider à construire sa propre autorégulation.
Mon enfant de 8 ans veut son premier smartphone
« Tous mes copains en ont un ! », « Mon cousin l’a eu à 8 ans aussi ! »
À 8 ans, nombreux sont les enfants qui commencent à demander leur premier smartphone. Et bien souvent, notre premier réflexe est de répondre immédiatement : oui… ou non.
Je vous le rappelle : ce n’est pas une question d’âge, mais de maturité. Et surtout, ne répondons pas trop vite. Derrière cette demande se cache une formidable occasion d’aider notre enfant à mieux se comprendre et à grandir. Si nous nous contentons d’un « oui » ou d’un « non », nous passons à côté de cette opportunité.
Être prêt ne dépend pas seulement de son âge ou de sa capacité à utiliser un téléphone. Cela suppose d’avoir progressivement développé les compétences dont nous avons parlé tout au long de cet article : gérer sa frustration, différer un plaisir, respecter un cadre, reconnaître et traverser sainement ses émotions, prendre du recul, exercer son esprit critique et apprendre à s’autoréguler.
Au lieu d’entrer dans un bras de fer, prenons le temps d’explorer sa demande. Qu’est-ce qui t’attire dans un smartphone ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Qu’imagines-tu faire avec ? Qu’est-ce qui changerait dans tes journées ? Comment te sentirais-tu si tu en avais un ? Et si tu ne l’avais pas encore, qu’est-ce qui serait le plus difficile ? Est-ce la peur d’être différent ? Les moqueries ? Le sentiment de ne pas pouvoir partager certains moments avec tes cousins ou tes copains ?
En accueillant ces réponses sans les juger, nous aidons notre enfant à mettre des mots sur ce qu’il vit. Contrairement aux questions qui commencent par « pourquoi », ces questions ne l’invitent pas à chercher des arguments pour nous convaincre. Elles l’aident à mieux se comprendre lui-même.
Voici ce que m’a répondu mon propre fils lorsque je lui ai posé ces questions. Ce qui lui plaisait, c’était la gestuelle tactile, le fait de sortir et de ranger le téléphone dans sa poche, choisir une photo comme fond d’écran, jouer à trois jeux bien précis et avoir la liberté de manipuler un appareil « comme les grands ». En prenant conscience de ce qui l’attirait réellement, il m’a lui-même proposé une solution intermédiaire : un téléphone VTech, conçu pour les enfants, qui permet notamment de prendre des photos, de jouer à quelques jeux simples et de communiquer dans un cadre très limité.
Je n’ai finalement pas accepté cette proposition, notamment parce que le petit écran reste peu adapté à la posture, sollicite fortement les yeux et que je sentais que son autorégulation n’était pas encore suffisamment solide. En revanche, j’ai tenu à valoriser sa démarche. Il ne cherchait plus seulement à obtenir un smartphone ; il avait commencé à mieux se connaître et à imaginer lui-même des solutions. C’était déjà une victoire.
J’aimerais inviter chaque parent à adopter cette posture : être du côté de son enfant, et non contre lui. Cette phrase résume, à elle seule, tout l’esprit de cet article et de mon approche globale. Notre rôle n’est pas de gagner un rapport de force ni de repousser le plus longtemps possible l’arrivée du premier smartphone. Notre rôle est d’accompagner notre enfant vers la maturité afin qu’il puisse profiter pleinement de ces technologies, trouver sa place dans un monde numérique… tout en sachant s’en protéger.
C’est ce que j’ai expliqué à mon fils : « Mon objectif n’est pas de t’en priver. Mon objectif est de t’aider à être prêt, le plus tôt possible, pour que tu puisses profiter d’un smartphone sans qu’il te mette en difficulté. Ta sécurité fait partie de la mission que Dieu m’a confiée en tant que parent. Je ne peux donc pas aller plus vite que ce que je crois bon pour toi. En attendant, nous pouvons regarder davantage de films ensemble, apprendre à en discuter, partager quelques jeux vidéo sur grand écran et entraîner progressivement ton cerveau à utiliser les écrans sans qu’ils prennent le dessus sur toi. »
Si cette conversation vous paraît irréaliste, c’est probablement parce que, dans ces moments-là, les émotions de votre enfant… ou les vôtres… prennent toute la place. C’est justement pour cela que s’informer, comprendre ce qui se joue dans le cerveau de l’enfant et apprendre à accompagner ces situations peut transformer profondément le quotidien. Plus nous comprenons, moins nous réagissons sous l’effet de nos peurs, de notre culpabilité ou de notre sentiment d’impuissance. Nous nous sentons moins démunis… et nos réactions deviennent naturellement plus ajustées.
Au fond, la question n’est plus : « Quand aura-t-il son premier smartphone ? » La vraie question devient : « Quelle est la prochaine occasion que je peux lui offrir pour l’aider à grandir en maturité ? Quelle compétence allons-nous entraîner ensemble aujourd’hui pour qu’il soit prêt demain ? »
Mon enfant a déjà un smartphone… et il est constamment dessus
« Encore cinq minutes ! », « Attends ! », « Je réponds juste à un message ! », « Je veux continuer à jouer ! », « Laisse-moi tranquille ! »
Peut-être vous dites-vous : « C’est trop tard, il a déjà son smartphone et il n’est clairement pas prêt. » Rassurez-vous : il n’est jamais trop tard pour accompagner un enfant. Certes, il sera souvent plus difficile de construire une compétence que si elle avait été développée plus tôt, mais son cerveau continue d’apprendre tout au long de l’adolescence.
La première étape n’est pas de lui retirer son téléphone. C’est de chercher à le rejoindre dans ce qui le retient autant. Qu’est-ce qu’il aime vraiment ? Jouer ? Créer des vidéos ? Discuter avec ses amis ? Dessiner ? Programmer ? Derrière un écran se cache souvent un besoin… et parfois un véritable talent.
Bien sûr, cela demande du temps, de l’énergie et parfois quelques sacrifices. Si votre enfant est sur son téléphone pendant que vous êtes sur le vôtre à l’autre bout du canapé, il y a peu de chances que la situation évolue. L’accompagner, c’est entrer dans son univers, s’y intéresser, partager des moments avec lui, découvrir ce qui le passionne et l’aider progressivement à rééquilibrer sa journée. C’est un projet qui se construit sur plusieurs années. Il vous demandera parfois de reprendre votre souffle, de vous faire accompagner et de prendre soin de vous pour tenir dans la durée… sans regretter plus tard de ne pas avoir essayé et ressayé.
J’ai accompagné la famille d’un adolescent qui passait des heures sur une application de création de jeux. Au lieu de passer des années à combattre cette passion, ses parents ont finalement choisi de la rejoindre. Ils ont cherché à comprendre ce qui le captivait, l’ont aidé à développer ses compétences, à apprendre les règles de sécurité et à produire un contenu de qualité. Quelques années plus tard, lorsqu’il était suffisamment mature, ils l’ont accompagné pour monétiser son activité de manière encadrée. Son écran n’était plus seulement un loisir : il était devenu un projet. Et, paradoxalement, ses journées se sont progressivement rééquilibrées.
Poser un cadre reste indispensable. Mais un cadre est bien plus facile à accepter lorsqu’il s’inscrit dans un projet partagé plutôt que dans un rapport de force.
Donner l’exemple… vraiment ?
Nous ne savons pas de quoi sera fait le monde de nos enfants. Les écrans évoluent. L’intelligence artificielle continuera de transformer notre quotidien. De nouvelles plateformes apparaîtront, d’autres disparaîtront. De nouveaux produits à consommer, parfois bénéfiques, parfois dangereux ou illicites, verront le jour. Les défis auxquels nos enfants seront confrontés ne seront probablement pas les mêmes que ceux que nous connaissons aujourd’hui.
En revanche, une chose ne changera pas : le cerveau humain. Il continuera à avoir besoin de relations, de mouvements, de sommeil, de créativité, de sens, de défis, d’ennui, de temps et d’expériences pour développer sa capacité à s’autoréguler. C’est là que se trouve notre véritable levier. Plutôt que de consacrer toute notre énergie à combattre chaque nouvelle technologie, chaque nouvelle plateforme où chaque nouveau danger, nous pouvons choisir de nourrir ce qui aidera nos enfants à y faire face. Les outils évoluent, mais les besoins fondamentaux du cerveau, eux, resteront les mêmes. En renforçant ces bases aujourd’hui, nous les préparons à affronter les défis de demain, même ceux que nous ne connaissons pas encore.
Et cela commence aussi par notre manière d’utiliser les écrans.
Donner l’exemple ne consiste pas à faire semblant d’utiliser notre téléphone comme nous demandons à nos enfants de le faire, ni à leur faire croire que nous avons les mêmes besoins qu’eux. Nous travaillons, nous apprenons, nous organisons notre quotidien grâce à ces outils, et c’est une chance. Ils nous permettent souvent de gagner du temps… un temps que nous pouvons ensuite consacrer à nos enfants. Expliquons-leur.
Montrons-leur également que nous savons poser volontairement notre téléphone une fois notre objectif atteint. Après avoir recherché avec eux les fournitures scolaires sur Internet, comparez les prix, réfléchissons ensemble au budget et à la différence entre une envie et un besoin, nous le rangeons pour poursuivre la discussion. Après avoir consulté la météo avec eux, en réfléchissant à voix haute à l’organisation de la journée, nous revenons pleinement au repas, au jeu ou à la promenade. Ils découvrent ainsi qu’un écran est un outil au service d’un projet, et non une fin en soi.
Ils n’apprennent alors pas seulement une règle. Ils découvrent que les écrans ont une juste place dans une vie riche de relations, de projets et de sens.



