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La Tunisie… et le grand jeu du 21e siècle!!!

Par Mustapha MACHAT

Univers News (Edito) – Deux pandas géants. C’est, au fond, le principal résultat tangible du dernier sommet entre Xi Jinping et Donald Trump. Derrière les sourires, la réalité est têtue : Washington et Pékin sont engagés dans une rivalité qui façonnera l’économie mondiale pour une génération. Et il n’existe aucune solution rapide à un affrontement de cette ampleur.
Plus qu’au « piège de Thucydide », cette rivalité ressemble au « Grand Jeu » qui opposa, tout au long du XIXe siècle, l’Empire britannique à la Russie tsariste. Un siècle de manœuvres où l’on mêlait commerce et conquête, diplomatie et guerres par procuration. Hier, Londres défendait l’ordre dont elle était le centre. Aujourd’hui, l’Amérique protège le système qu’elle a bâti, et la Chine veut désormais tenir la plume.
Le terrain, lui, a changé. La puissance ne se mesure plus en territoires, mais en réseaux : ports, routes maritimes, chaînes d’approvisionnement, minerais, systèmes de paiement, intelligence artificielle. Qui tient l’infrastructure tient le commerce ; qui tient le commerce finit par peser sur ses règles. Washington garde la finance, le dollar et la technologie ; Pékin détient une part croissante des usines, des ports et de la logistique. Cet équilibre rend l’affrontement durable. Et il ouvre un espace inédit aux pays intermédiaires, qui ne sont plus des pions mais des partenaires que l’on courtise.
C’est là que la Tunisie entre dans la partie. Nous nous sommes demandé si notre pays pouvait devenir le « dragon de la Méditerranée ». Le nouveau Grand Jeu apporte une partie de la réponse : jamais la fenêtre n’a été aussi ouverte. Encore faut-il savoir ce que nous pouvons y gagner.
D’abord, l’industrie. Échaudée par la dépendance asiatique, l’Europe veut rapprocher ses fournisseurs. Composants automobiles, câblage, aéronautique, textile technique, pharmacie : la Tunisie possède déjà le savoir-faire et l’écosystème. Elle peut devenir l’atelier de proximité de l’Europe, mais aussi accueillir des investisseurs chinois, turcs ou du Golfe qui cherchent une porte d’accès au marché européen.
Ensuite, la logistique. Dans un monde où les ports sont des instruments de puissance, notre façade maritime est un atout stratégique. Un port en eau profonde, des plateformes logistiques modernes et des procédures douanières rapides feraient de la Tunisie un point de transbordement entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée orientale. À condition de négocier ces infrastructures en gardant la main sur leur gouvernance.
Troisième levier : l’énergie. Soleil, vent, espace, proximité de l’Europe : la Tunisie peut devenir un fournisseur d’électricité verte et, demain, d’hydrogène, grâce aux interconnexions qui se dessinent avec l’Italie. Dans la course aux technologies propres, où la Chine et l’Europe s’affrontent, nous avons une carte à jouer comme terrain de production.
Quatrième levier : les ressources et la sécurité alimentaire. Nos phosphates prennent une valeur nouvelle quand les engrais deviennent un enjeu géopolitique. Les transformer davantage sur place, plutôt que de les exporter bruts, c’est capter une part plus grande de la valeur.
Cinquième levier : le numérique. Nos ingénieurs et nos développeurs sont reconnus. Dans la bataille de l’IA et des données, la Tunisie peut accueillir des centres de services, des centres de données et des activités de développement, en choisissant ses standards plutôt que de les subir.
Enfin, l’Afrique. Avec la zone de libre-échange continentale, la Tunisie peut être le pont entre les capitaux du Nord, de l’Est et du Golfe et les marchés africains en pleine croissance. Une plateforme, plutôt qu’une frontière.
Mais un dragon ne naît pas de sa position sur la carte. Les dragons asiatiques ont tiré parti de la rivalité des grands sans jamais s’y dissoudre, grâce à des administrations efficaces, des règles stables et une vision de long terme. C’est le prix d’entrée. La question n’est donc pas « avec qui sommes-nous ? », mais « que pouvons-nous obtenir de chacun sans dépendre de personne ? ». Diversifier nos partenaires, négocier nos infrastructures, choisir nos technologies, préserver notre autonomie : voilà ce qui sépare l’utopie de l’ambition.
Les grandes puissances déplacent les pièces, mais ne contrôlent jamais tout l’échiquier. Sur cet échiquier, le petit pion qui calcule plusieurs coups d’avance peut valoir davantage que le grand joueur obsédé par son adversaire. À nous de jouer.

M.M.

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