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Ben Guerdane se soulève contre l’asphyxie économique

Tunis – Univers News. Deux nuits consécutives de tensions ont secoué Ben Guerdane, à l’extrême sud-est de la Tunisie, à la frontière avec la Libye. La ville a été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des dizaines de manifestants, dans la foulée d’un drame maritime qui a profondément bouleversé la population : le naufrage d’une embarcation de migration irrégulière transportant quinze jeunes originaires de la région.

Partis dans l’espoir de rejoindre les côtes italiennes et de trouver de meilleures perspectives, ces jeunes ont été rattrapés par une tragédie qui remet une nouvelle fois en lumière la réalité de la migration irrégulière et les difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les populations des régions frontalières.

Un naufrage qui tourne au drame

Selon les informations disponibles, l’embarcation a pris la mer clandestinement dans la nuit du mercredi 19 août 2026, avec à son bord quatorze jeunes de Ben Guerdane et un jeune originaire de Zarzis.

Le bateau a chaviré à environ quatorze milles nautiques des côtes. Les opérations de recherche et de secours ont permis de repêcher onze corps, tandis que trois personnes restent portées disparues.

Un seul survivant a pu être secouru. Il aurait passé près de 48 heures à lutter contre les vagues avant d’être repéré par un navire commercial de passage, dont l’équipage a alerté les autorités de la Garde maritime.

Le bilan tragique fait écho à un autre drame survenu dans la région en 2022, lorsque dix-huit migrants originaires du gouvernorat de Médenine avaient péri en mer. Deux tragédies séparées par quatre années, mais qui témoignent de la persistance d’une migration irrégulière alimentée par des facteurs économiques et sociaux qui restent largement non résolus.

Du deuil à la colère

À Ben Guerdane, la douleur a rapidement laissé place à la colère. Dès samedi soir, des dizaines de jeunes sont descendus dans les rues, incendiant des pneus et bloquant plusieurs axes routiers.

Les tensions ont repris dimanche soir, pour une deuxième nuit consécutive. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des jets de pierres contre des véhicules de sécurité ainsi que des affrontements sporadiques dans plusieurs quartiers de la ville.

Les revendications exprimées ne se sont toutefois pas limitées au drame maritime et aux recherches des personnes portées disparues. Elles se sont rapidement élargies à la situation économique de la ville.

Certains manifestants ont appelé à la fermeture du poste-frontière de Ras Jedir et à l’interdiction d’entrée sur le territoire tunisien pour les ressortissants étrangers. Ils dénoncent également les agissements de certaines parties qu’ils accusent d’être liées aux milices armées en Libye, les tenant pour responsables de la situation d’asphyxie économique que connaît Ben Guerdane depuis plus d’un an.

Ras Jedir, de poumon économique à facteur d’asphyxie

Au cœur de la colère figure le poste-frontière de Ras Jedir, longtemps considéré comme le principal poumon économique de Ben Guerdane.

Le passage frontalier constituait une source de revenus essentielle pour des milliers de familles, à travers le commerce transfrontalier et l’ensemble des activités qui se sont développées autour des flux de personnes et de marchandises entre la Tunisie et la Libye.

La perturbation de l’activité au niveau de Ras Jedir depuis plus d’un an a profondément affecté l’économie locale. Commerçants, transporteurs et différents acteurs dépendant directement ou indirectement du trafic frontalier ont vu leur activité fortement réduite.

Pour une partie des habitants, cette situation constitue désormais un véritable « blocus économique », qui vient aggraver une situation sociale déjà fragile et réduire davantage les perspectives offertes aux jeunes.

Dans ce contexte, la migration irrégulière apparaît, pour certains d’entre eux, comme une ultime échappatoire au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives.

Une ville au bord de l’explosion

Au-delà de l’émotion provoquée par le naufrage, la mobilisation à Ben Guerdane révèle ainsi un malaise beaucoup plus profond.

La crise est à la fois économique, avec la perturbation durable de l’activité au poste-frontière de Ras Jedir ; sociale, en raison du manque d’opportunités et des difficultés qui frappent les jeunes ; et humaine, avec la répétition des drames liés à la migration irrégulière.

Le naufrage de l’embarcation n’a donc pas créé la colère : il a servi de déclencheur à une frustration accumulée depuis longtemps.

À Ben Guerdane, ville stratégique mais économiquement fragilisée par les soubresauts du commerce transfrontalier, la question n’est plus seulement celle du contrôle des frontières ou de la lutte contre la migration irrégulière. Elle est aussi celle du développement d’une région qui réclame des perspectives économiques durables.

Tant que les causes profondes de cette crise resteront sans réponse, le risque demeure de voir la colère se reproduire et de nouvelles générations de jeunes considérer la mer comme la seule porte de sortie.

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