À la uneFINANCES

Chkoundali: « La Tunisie paie le tribut de la rupture avec le FMI par l’isolement et l’inflation »

UniversNews (SEF) – L’économie tunisienne subit un isolement financier international croissant, conséquence du choix de rompre avec le Fonds monétaire international (FMI). Cette situation est illustrée par le maintien de la Tunisie sur la « liste négative » du Fonds, suite au retard accumulé dans les consultations au titre de l’« Article IV », lequel dépassera les 49 mois d’ici la mi-2026.

Selon l’analyse de Ridha Chkoundali, professeur d’économie à l’université tunisienne, ce classement ne résulte ni de cas de force majeure ni de conflits armés -contrairement à la situation d’autres pays figurant sur cette liste- mais reflète un choix délibéré.

Ce choix a anéanti les chances de bénéficier de financements internationaux concessionnels et a fait échouer les paris officiels sur des alternatives d’emprunt auprès d’États et d’institutions régionales ; cela se traduit concrètement par l’incapacité de l’État à mobiliser plus de 3,5 milliards de dinars sur les 16,5 milliards prévus au budget de 2024.

L’obstruction des voies de financement extérieur a contraint les autorités à se tourner inévitablement vers le marché intérieur ; l’endettement interne a ainsi plus que triplé, passant de 6,8 milliards de dinars en 2021 à 23,2 milliards de dinars en 2024, tout en créant une dépendance directe vis-à-vis de la Banque centrale de Tunisie pour le financement du déficit budgétaire à hauteur de plusieurs milliards de dinars par an. Cette orientation a engendré une profonde distorsion structurelle de la politique monétaire : les banques ont délaissé le soutien aux projets d’investissement au profit du financement du Trésor, tandis que la Banque centrale s’est écartée de sa mission de maîtrise de l’inflation, provoquant un assèchement des liquidités, une éviction du secteur privé et une paralysie des moteurs de la production.

Les répercussions de cette crise de financement se sont fait sentir directement sur le quotidien des citoyens, provoquant un sévère « choc d’offre » qui s’est traduit par une pénurie de produits de première nécessité (tels que le sucre, le café, les médicaments et les carburants) ainsi que par des perturbations dans l’approvisionnement en électricité et en eau. En effet, malgré les recettes touristiques et les transferts de fonds des expatriés, les réserves de devises ont été épuisées pour assurer en priorité le service de la dette, imposant ainsi une rationalisation forcée des importations.

Le grand paradoxe réside dans le fait que la Tunisie supporte, dans les faits, le coût social et politique des réformes draconiennes exigées par le Fonds -notamment la réduction de la masse salariale et des dépenses de subvention- sans pour autant en récolter les fruits financiers ni stimuler la croissance. Le résultat final se résume à une accélération de l’inflation et à une érosion du pouvoir d’achat, le tout au nom d’une souveraineté financière qui s’est muée en un simple arbitrage comptable au coût exorbitant.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page