Dette française : Fitch allume le voyant rouge

En plaçant la perspective de la dette française sous surveillance négative, Fitch envoie un signal clair : contraction de l’activité, taux en hausse et paralysie politique font entrer la deuxième économie de la zone euro dans une zone de turbulences.
Un avertissement hors calendrier
Vendredi soir, Fitch Ratings a maintenu la note souveraine de la France à A+, mais a abaissé sa perspective de « stable » à « négative ». L’agence a agi en dehors de son calendrier habituel de révision, quelques heures après l’annonce d’une baisse de 0,1 % du PIB au troisième trimestre 2026. Les économistes attendaient encore une croissance positive. Fitch avance trois raisons : une croissance plus faible, des taux d’emprunt plus élevés et un déficit plus lourd qu’en août.
Fitch désormais la plus sévère des trois agences
Fitch est maintenant l’agence la plus pessimiste sur la France. S&P la note aussi A+, mais avec une perspective stable. Moody’s la place un cran plus haut, à Aa3, avec une perspective négative.
Le cercle vicieux de la dette
La dette publique approche 120 % du PIB. Le taux de l’emprunt d’État à dix ans tourne autour de 5 %, et l’écart avec l’Allemagne est à son plus haut depuis la crise des dettes souveraines de 2011. Le mécanisme s’entretient lui-même : la prime de risque fait monter la charge des intérêts, ce qui creuse le déficit et rend la dette encore plus difficile à stabiliser.
Un problème de gouvernabilité
Le vrai sujet n’est pas comptable, il est politique. Le gouvernement doit faire voter un budget 2027 qui ramène le déficit à 5 % du PIB, et le ministre des Finances, Roland Lescure, en fait une priorité d’ici la fin de l’année. Mais il n’a pas de majorité stable. Une grande partie des dépenses est difficile à couper, et les impôts sont déjà très élevés : les marges de manœuvre sont presque nulles.
La rue s’invite à six mois de la présidentielle
Parti en septembre des lycéens, qui protestaient contre le manque de moyens dans l’éducation, le mouvement s’est élargi au coût de la vie et aux salaires. Le 17 octobre, plus de 500 000 personnes ont manifesté, et la journée a tourné aux affrontements et aux pillages dans plusieurs villes. Près de sept Français sur dix soutiennent pourtant la mobilisation. À six mois de la présidentielle, le pouvoir d’achat constitue la première préoccupation des électeurs, chaque économie du budget 2027 devient un test politique.
Des amortisseurs solides, mais pas illimités
Fitch reconnaît les atouts de la France : une économie riche et diversifiée, des institutions solides, l’appartenance à la zone euro et des banques résistantes. C’est ce qui explique le maintien du A+. Mais la perspective négative est une mise en garde explicite : sans croissance, sans discipline budgétaire et sans stabilité politique, la prochaine étape pourrait être une baisse de la note.
MOURAD B SLIMANE



