Le rythme scolaire n’est pas en phase avec les standards internationaux

La question du rythme scolaire revient régulièrement dans le débat public, souvent à la marge, rarement au cœur des priorités. Horaires, durée des journées, volume des programmes, devoirs à domicile : autant d’éléments considérés comme techniques, presque secondaires. Pourtant, le rythme scolaire structure en profondeur l’expérience éducative. Il façonne la manière d’apprendre, de se concentrer, de se projeter. À l’heure où la fatigue scolaire devient un phénomène massif, repenser le rythme n’est plus un luxe, mais une nécessité.Le rythme scolaire actuel en Tunisie n’est pas en phase avec les standards internationaux. De nombreuses matières et activités inscrites dans le temps scolaire ne correspondent pas à l’âge des élèves. Il existe plusieurs dysfonctionnements majeurs à corriger.Aujourd’hui , les élèves tunisiens sont ceux qui ont le plus grand nombre d’heures de cours par jour mais sont aussi ceux qui passent le plus de jours en classe par an. Un rythme rarement en phase avec celui des enfants, dénoncé depuis longtemps par les chronobiologistes. Alors faut-il que les enfants commencent l’école plus tard le matin, terminent plus tôt l’après-midi et travaillent moins de jours dans la semaine ? Faut-il adopter le fameux système « à l’allemande », avec des cours en début de journée, et des activités culturelles et sportives après le déjeuner ? En Allemagne, les écoliers ont cinq jours de classe, du lundi au vendredi. Les journées de classe sont moins longues. Elles démarrent tôt, entre 7h30 et 8h30 jusqu’à 13h ou 14h.
Le caractère contraignant du temps scolaire
Dans de nombreux établissements, la journée scolaire est longue et dense. Les élèves enchaînent les cours, souvent sans véritable temps de respiration. Les pauses sont courtes, parfois inexistantes dans les faits. À cela s’ajoutent les devoirs à domicile, qui prolongent la pression scolaire bien au-delà de l’école. L’élève n’a plus vraiment de frontière entre temps d’apprentissage et temps personnel. Cette continuité permanente favorise l’épuisement plutôt que l’assimilation. Les familles vivent les effets de ce rythme scolaire intensif. Les soirées sont consacrées aux devoirs, les week-ends à la récupération ou au rattrapage. L’école structure l’ensemble de la vie familiale, parfois au détriment des moments de repos, de loisirs ou de dialogue. Cette intrusion permanente nourrit tensions et épuisement, renforçant l’idée que la réussite scolaire se paie au prix fort.
Ridha Zahrouni, Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves souligne que « Toutes les études, tous les rapports et tous les spécialistes tirent la sonnette d’alarme sur la gravité de ce sujet et insistent sur la nécessité de l’aménager pour permettre à nos enfants de disposer d’un temps social, aussi important pour eux, pour pratiquer des activités culturelles, sportives ou de loisirs ou même pour se reposer tout simplement. Un temps social dont ils ont impérativement besoin pour s’épanouir et vivre leur enfance ou adolescence correctement.Néanmoins pour faire des propositions qui ont un sens, il faut mobiliser des fonds pour ce projet, définir ou arrêter préalablement les horaires nécessaires pour chaque matière, pour chaque phase d’enseignement et pour chaque année. Une projection qui doit être dessinée par plusieurs intervenants et spécialités. Il faut tenir compte également de capacités d’accueil par structure dont dispose le pays notamment en termes de classes et d’enseignants. Une fois ces éléments arrêtés et collectés on peut parler alors de l’organisation du temps scolaire, en termes de nombre de semaines à enseigner ou rythme scolaire, de crédit horaire par semaine et d’emplois de temps journalier » explique t-il .
Repenser le rythme scolaire ne signifie pas réduire les exigences ou abaisser le niveau. Il s’agit plutôt de réorganiser le temps éducatif pour le rendre plus efficace et plus humain. Mieux répartir les apprentissages, alléger certaines journées, introduire de véritables temps de pause, limiter la surcharge de devoirs : autant de pistes qui existent, mais qui restent peu explorées de manière globale. Le ministère de l’éducation compte ouvrir ce dossier et repenser le rythme scolaire ? La question mérite mieux qu’un débat ponctuel. Elle appelle une réflexion de fond dans le cadre des réformes de notre enseignement
Mohamd Salim



