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Les Frères musulmans, force de destruction massive : l’Europe en prend-elle enfin la mesure ?

Deux faits récents, survenus au Royaume-Uni et en France, illustrent une évolution qui dépasse les seules décisions administratives du moment : l’Europe semble désormais vouloir refermer une séquence historique durant laquelle certains courants de l’islam politique, -les frères musulmans- avaient trouvé sur son sol des espaces d’expression, de protection et parfois même de structuration durable.

À Londres, le gouvernement britannique a annoncé en mars 2026 la mise en œuvre d’une « loi globale sur la loyauté nationale », présentée comme une réponse directe aux limites du multiculturalisme. Le texte confère aux autorités des prérogatives étendues pour fermer des centres, surveiller des associations ou restreindre des espaces jugés porteurs de discours incompatibles avec les valeurs libérales britanniques, notamment lorsqu’ils encouragent une allégeance idéologique extérieure ou une logique de séparation sociale.

Cette inflexion est d’autant plus significative que le Royaume-Uni a longtemps incarné l’un des principaux espaces européens d’accueil pour des figures et réseaux liés à l’islam politique arabe. Pendant plusieurs décennies, LONDESTANE a offert un environnement relativement permissif à des personnalités issues de plusieurs mouvances, parmi lesquelles des proches de la pensée des Frères musulmans, bénéficiant d’un cadre juridique protecteur au nom des libertés publiques.

Ce choix relevait d’une doctrine politique ancienne : permettre l’expression d’acteurs exilés tant qu’ils respectaient les règles du débat public britannique. Avec le temps, cette présence a contribué à faire de certaines capitales européennes des lieux d’organisation intellectuelle, médiatique et associative de courants islamistes qui, dans leurs pays d’origine, évoluaient souvent sous contrainte ou sous interdiction.

En France, l’interdiction de la 40e édition du rassemblement annuel des musulmans de France s’inscrit dans cette même dynamique. Officiellement motivée par des considérations sécuritaires, cette décision traduit aussi une volonté de contrôle renforcé de tout espace collectif pouvant être perçu comme vecteur d’influence doctrinale.

Ce durcissement révèle un paradoxe politique : les mêmes gouvernements européens qui ont longtemps accueilli, protégé ou toléré certaines expressions de l’islam politique semblent désormais considérer qu’elles sont devenues incompatibles avec les nouveaux équilibres recherchés.

Il serait tout aussi difficile d’éluder une autre réalité : nombre de figures majeures de l’islam politique dans la région MENA sont issues d’une ingénierie politique et stratégique longtemps façonnée dans l’orbite britannique. Les Frères musulmans, dont plusieurs branches ont trouvé pendant des décennies à Londres un espace de refuge, de structuration et d’influence, ont bénéficié d’une protection politique rarement démentie, au moment même où plusieurs capitales européennes leur accordaient tribunes, réseaux, privilèges et asile politique refusés à d’autres figures de sensibilités diamétralement opposées.

La pièce théâtrale baptisée « le Printemps arabe » n’a été que l’aboutissement visible de cette trajectoire : sous couvert de « transition démocratique », des forces longtemps préparées à l’extérieur ont été propulsées au centre de pouvoirs politique. Un règne dont les conséquences — fragmentation des États, conflits durables, affaiblissement institutionnel — continuent encore aujourd’hui de peser lourdement sur toute la région.

En résumé, ils étaient tout simplement des forces de destruction massive !

Mustapha Machat

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