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Pourquoi les médecins quittent-ils en masse la Tunisie??!!!

  • Entre 2021 et 2024, près de 6 000 médecins tunisiens ont émigré, soit environ 1 500 départs par an.
  • Pour la Tunisie, le coût économique de l’exode des médecins est colossal !

UniversNews (NAT) – Depuis quelques années, les hôpitaux tunisiens se vident plus vite qu’ils ne se renouvellent. Ce phénomène, longtemps minimisé, est désormais suffisamment massif pour interroger les fondements mêmes de la politique de santé et de formation médicale du pays.

Désormais, la Tunisie forme des médecins, mais peine à les garder. Ce décalage, devenu structurel, révèle moins un problème de vocation qu’un défaut profond de gouvernance du système de santé et de reconnaissance du travail médical.

Les chiffres récents confirment une rupture nette avec les tendances passées. Entre 2021 et 2024, près de 6 000 médecins tunisiens ont émigré, soit environ 1 500 départs par an, un volume qui triple la moyenne annuelle observée auparavant.

Une étude récente, signée par Joseph Nwadiuko et ses coauteurs, publiée en 2026 dans la revue « Globalization and Health », apporte un éclairage analytique précieux sur les dynamiques de la migration médicale vers les pays de l’OCDE entre 2000 et 2021. À la lumière de cette recherche, la situation tunisienne apparaît particulièrement préoccupante.

 Le paradoxe tunisien : former pour exporter

L’un des apports majeurs de l’étude de Nwadiuko est de déconstruire une idée reçue : la croissance économique ne suffit pas à retenir les médecins. La relation entre PIB par habitant et émigration médicale est loin d’être linéaire.

Dans certaines régions, la hausse des revenus réduit les départs. Mais dans d’autres, notamment dans la région MENA, l’amélioration du niveau de vie peut au contraire faciliter l’émigration.

La Tunisie est explicitement classée dans cette zone. Elle se trouve dans une situation paradoxale : trop fragile économiquement pour offrir des conditions de travail attractives, mais suffisamment avancée pour former des médecins hautement compétitifs sur le marché international. Résultat : le pays finance la formation, tandis que d’autres captent la valeur ajoutée.

 Des conditions de travail devenues un facteur de répulsion

En Tunisie, les déterminants réels de l’émigration médicale sont bien connus. Le PIB par habitant ne reflète ni les salaires effectifs, ni la qualité des infrastructures hospitalières, ni la sécurité professionnelle.

Ces dimensions connaissent une crise profonde en Tunisie : hôpitaux délabrés, pénuries chroniques de matériel, surcharge de travail, agressions répétées dans les services d’urgence, absence de perspectives de carrière hospitalo-universitaire.

Conclusion : Le quotidien médical est devenu un puissant facteur de départ, bien plus qu’un simple attrait pour l’étranger.

Comme le rappelle l’étude citée, le véritable luxe pour un médecin n’est pas le salaire à l’étranger, mais la dignité professionnelle à domicile. Tant que celle-ci fera défaut, l’exode se poursuivra.

À cela s’ajoutent l’inflation persistante, l’érosion du pouvoir d’achat et un sentiment d’abandon institutionnel. L’étude souligne d’ailleurs un point clé : l’émigration augmente lorsque les médecins ont enfin les moyens financiers de partir. Les frais d’équivalence, les examens linguistiques et la mobilité familiale deviennent alors accessibles, transformant une amélioration relative des revenus en accélérateur du départ.

 Un coût économique colossal pour la Tunisie

Les données internationales sont sans appel. En 2015, 27,2 % des médecins exerçant dans les pays de l’OCDE étaient d’origine étrangère, souvent formés dans des pays en déficit médical.

Pour les pays d’origine, le coût est immense : l’étude estime à plusieurs milliards de dollars par an la valeur de la formation médicale perdue par les pays à revenu faible et intermédiaire !!

Pour la Tunisie, où l’enseignement médical est largement subventionné, cette émigration massive représente un transfert net de richesse du contribuable tunisien vers les systèmes de santé européens et nord-américains.

 Quelles solutions pour enrayer l’exode ?

L’étude est claire : la croissance économique seule ne suffira pas. La rétention des médecins passe par des réformes ciblées : revalorisation salariale, amélioration des conditions de travail, sécurisation des établissements de santé, investissement dans les plateaux techniques et mise en place de véritables parcours de carrière hospitalo-universitaires.

Elle suppose également une refonte de la gouvernance du secteur. L’absence de vision à long terme et l’improvisation budgétaire affaiblissent toute politique de santé durable.

Les pays qui parviennent à contenir l’émigration sont ceux qui anticipent, planifient et négocient, y compris à travers des accords bilatéraux encadrant la mobilité médicale.

KS

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