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Migration subsaharienne irrégulière : un défi de souveraineté, pas un tabou !

UniversNews – La question de la migration irrégulière subsaharienne en Tunisie s’impose désormais comme un enjeu central, dépassant le simple cadre humanitaire pour toucher aux fondements mêmes de la souveraineté nationale.

Dans plusieurs régions, notamment à Sfax ou encore dans certains quartiers du Grand Tunis, la présence accrue de migrants en situation irrégulière a profondément modifié les équilibres locaux. Des campements informels ont émergé, des réseaux d’économie parallèle se sont structurés, et certaines activités commerciales échappent de plus en plus aux circuits réglementés. Ces dynamiques, observées sur le terrain, alimentent un sentiment d’abandon chez de nombreux citoyens.

Sur le plan économique, la pression est réelle. Dans un contexte déjà marqué par le chômage et la précarité, le développement d’un marché du travail informel — où la main-d’œuvre migrante est parfois exploitée à bas coût — accentue les tensions. Dans l’agriculture ou le bâtiment, certains employeurs contournent les règles, contribuant à tirer les conditions de travail vers le bas.

Les enjeux sécuritaires ne peuvent pas non plus être éludés. Sans céder à la généralisation, les autorités ont à plusieurs reprises démantelé des réseaux liés à la traite humaine, au trafic de migrants ou à d’autres formes de criminalité transnationale. L’absence de statut légal clair pour une grande partie de ces populations complique davantage le travail des forces de l’ordre.

À cela s’ajoute une dimension plus structurelle : celle de l’installation progressive. Naissances sur le sol tunisien, regroupements communautaires, ancrage dans certains territoires… autant de signaux qui posent, à moyen terme, la question de la gestion démographique et de l’intégration. L’absence de données publiques sur ces évolutions ne fait qu’alimenter les spéculations et les inquiétudes.

Mais au-delà de ces constats internes, une responsabilité plus large doit être posée.

Celle de l’Union européenne, d’abord, dont les politiques migratoires ont contribué à externaliser le contrôle de ses frontières vers les pays du Sud. En faisant de la Tunisie un espace tampon, l’Europe cherche avant tout à contenir les flux sans en assumer pleinement les conséquences humaines, économiques et sécuritaires. Les soutiens financiers, souvent mis en avant, apparaissent dérisoires au regard de la pression exercée sur les pays de transit.

Celle de certains pays voisins ensuite, notamment la Libye et l’Algérie, où l’instabilité ou les choix sécuritaires conduisent régulièrement à des déplacements de migrants vers les frontières tunisiennes. L’absence de coordination régionale efficace transforme ces mouvements en un problème unilatéral que la Tunisie se retrouve à gérer seule.

Enfin, celle d’une partie des acteurs associatifs, dont le rôle mérite d’être clarifié. Si leur action humanitaire est indéniable dans des situations d’urgence, certaines initiatives peuvent, dans les faits, faciliter une installation durable sans cadre légal ni coordination avec les autorités. Ce décalage entre action de terrain et politique publique contribue à entretenir une forme d’ambiguïté, voire de désordre.

Aborder ces réalités reste difficile. Une partie du débat public est paralysée par la crainte d’être assimilée à des discours discriminatoires. Ce blocage, souvent attribué par ses critiques à une forme de « wokisme », empêche d’ouvrir un débat serein et lucide.

Or, poser la question migratoire en termes de régulation n’a rien à voir avec le racisme. Il s’agit avant tout d’un enjeu de gouvernance : maîtriser les flux, lutter contre les filières clandestines, encadrer le marché du travail et préserver la cohésion sociale.

La Tunisie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Ignorer le problème serait une fuite en avant. Y répondre par des solutions simplistes serait tout aussi risqué. Entre ces deux écueils, il existe une voie exigeante : celle d’une politique migratoire claire, assumée et équilibrée, à la hauteur des défis actuels.

Mustapha MACHAT

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