
En 2026, la Tunisie se trouve à un tournant stratégique majeur. Confronté à des tensions budgétaires persistantes et à un accès plus restreint aux financements internationaux, le pays est appelé à redéfinir les contours de sa souveraineté économique et diplomatique. Cette conjoncture a mis en lumière la nécessité de diversifier les partenariats et de renforcer l’autonomie décisionnelle, sans entrer dans des logiques d’alignement ou de confrontation régionale.
Sur le plan économique, l’enjeu central réside dans la capacité de la Tunisie à transformer ses contraintes en leviers. Le partenariat avec l’Union européenne, encadré par l’accord d’association de 1997, pourrait évoluer vers une coopération plus intégrée, permettant un accès élargi aux mécanismes de financement, aux programmes de recherche et au marché des services. Une telle évolution consoliderait l’ancrage européen du pays tout en soutenant sa modernisation structurelle. Dans le même temps, l’accélération de la transition énergétique — notamment à travers le solaire et l’hydrogène vert — offrirait une perspective d’autonomie accrue. Le projet d’interconnexion électrique ELMED constitue, à cet égard, une opportunité stratégique pour réduire la dépendance énergétique et positionner la Tunisie comme futur exportateur d’électricité verte. L’idée d’un mécanisme de conversion de dette en investissements productifs, soutenu par des partenaires du G7, pourrait également contribuer à restaurer des marges financières durables.
Sur le plan sécuritaire, la coopération régionale demeure essentielle, notamment avec l’Algérie, partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme et la gestion des frontières. Toutefois, plusieurs experts plaident pour un renforcement des capacités technologiques nationales afin de garantir une autonomie stratégique complète. L’objectif n’est pas la rupture, mais l’équilibre.
Par ailleurs, la diversification diplomatique apparaît comme un impératif. Un réengagement économique avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi qu’un positionnement accru vers les économies asiatiques, permettraient de capter de nouveaux investissements tout en consolidant le rôle de la Tunisie comme plateforme nearshore vers l’Europe.
Dans un monde fragmenté, la Tunisie pourrait ainsi faire le choix d’une neutralité active et pragmatique, fondée sur la diversification des alliances, l’investissement dans la technologie et l’économie du savoir, et la recherche de partenariats gagnant-gagnant. L’année 2026 ne serait plus celle de la fragilité subie, mais celle d’un repositionnement stratégique assumé, transformant les défis en opportunités durables.
KS



