
Une violente confrontation entre plusieurs « kénatriya », terme communément utilisé en Tunisie pour désigner les contrebandiers, a éclaté dimanche à Sbiba, dans le gouvernorat de Kasserine, suscitant l’inquiétude et la colère des habitants. Au-delà de la violence de l’affrontement, cet épisode remet en lumière un phénomène qui dépasse largement le cadre d’une simple rixe entre individus.
Dans plusieurs régions, notamment les zones frontalières, les activités de contrebande et les rivalités entre réseaux semblent régulièrement se traduire par des affrontements, des courses-poursuites ou encore des incidents pouvant aller jusqu’aux homicides. Ces épisodes, souvent traités comme des faits divers isolés, peuvent pourtant constituer les manifestations visibles d’une criminalité organisée qui cherche à contrôler des circuits, des itinéraires et des activités particulièrement lucratives.
L’affrontement de Sbiba intervient ainsi dans un contexte où les réseaux de contrebande disposent de moyens importants et évoluent dans des territoires où l’économie informelle occupe une place considérable. Les conflits entre groupes ne portent plus uniquement sur des transactions ponctuelles : ils peuvent également traduire des luttes d’influence et de contrôle autour des circuits de trafic. La répétition de tels incidents constitue dès lors un signal d’alerte pour les autorités et les populations concernées.
Le risque est surtout celui d’une banalisation de la violence. Lorsque les affrontements entre réseaux criminels deviennent récurrents et que les règlements de comptes tendent à s’inscrire dans le paysage quotidien, la question dépasse le seul problème de la contrebande. Elle touche directement à la sécurité et à l’autorité de l’État. L’épisode de Sbiba rappelle ainsi l’urgence de traiter le phénomène à sa racine, avant que des réseaux clandestins ne consolident davantage leur influence et ne deviennent une force structurée capable d’imposer leurs propres rapports de force sur le terrain.
KS



