
Tunis – Univers News. Les citoyens se sont massivement tournés vers les agences bancaires suite à la publication du décret n° 148 de 2026 relatif à l’octroi de microcrédits.Ce décret, encadrant la microfinance, a été promulgué le 23 juillet 2026 et publié au Journal officiel le 24 juillet. Des prêts sans intérêt sont disponibles pour des montants allant jusqu’à 5 000 dinars pour les particuliers, 10 000 dinars pour les propriétaires de micro-entreprises (dont les investissements n’excèdent pas 150 000 dinars) et 25 000 dinars pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) et les sociétés privées, avec un différé de remboursement de six mois. Les explications de Mohamed Nekhili,expert financier et bancaire
Univers.news : Que pensez-vous du décret encadrant la microfinance, promulgué le 23 juillet ?
Mohamed Nekhili : Ce décret n° 2026-148, publié au JORT le 24 juillet, est l’application concrète de l’article 412-3 de la loi n° 41-2024 du 2 août 2024. Il est révolutionnaire à plusieurs titres : il impose aux banques d’affecter au minimum 8% du bénéfice net de l’exercice précédent à une enveloppe dédiée aux « microfinancements d’honneur », sans intérêts, sans frais de dossier et, surtout, sans aucune garantie (ni réelle, ni personnelle). Les délais d’instruction sont drastiquement réduits à 10 jours ouvrables, et au moins 50% de ces fonds doivent être fléchés vers les PME et sociétés communautaires. Pour un banquier, c’est un bouleversement complet du paradigme du risque, puisque la garantie disparaît en tant qu’outil de couverture.
Pour quand la date de son application ?
Le texte est entré en vigueur juridiquement le 24 juillet 2026. Cependant, son application effective est tributaire de la préparation des plateformes techniques, conformément à la demande expresse que la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a adressée au Conseil Bancaire et Financier (CBF). En effet, la BCT exige des systèmes d’information capables de tracer en temps réel l’origine, l’affectation et l’utilisation de ces fonds, ainsi que le respect strict des interdictions (zéro intérêt, zéro garantie). Tant que ces interfaces et modules de reporting ne seront pas opérationnels dans les banques, aucun décaissement ne pourra techniquement intervenir. Il convient de préciser que les banques ont d’ores et déjà réservé les provisions nécessaires dès l’exercice 2024 . Cette anticipation prudentielle traduit une prise de conscience de l’obligation légale.
La banque exigera-t-elle des garanties ?
La question des garanties est un non catégorique. La banque ne pourra, en aucun cas, exiger de garantie. Le décret l’interdit formellement, en réponse à la critique récurrente des banquiers qui, jusqu’ici, « ne cherchaient que les garanties suffisantes » pour octroyer des crédits aux PME
Mohamed Sélim



