
Tunis – Univers News. La Tunisie occupe la dernière place parmi les 14 marchés pharmaceutiques du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord évalués par BMI, filiale de Fitch Solutions, dans son rapport Tunisia Pharmaceuticals Report d’août 2026. À l’échelle mondiale, le pays se classe 86e sur 109 marchés étudiés. Un classement qui met en lumière les fragilités structurelles d’un secteur confronté à des pénuries, des difficultés financières et un environnement peu favorable à l’investissement.
Selon le rapport, les ruptures de médicaments devraient encore s’aggraver en fréquence et en intensité, notamment en raison des grèves des distributeurs et des retards de remboursement. Les premières victimes sont les patients atteints de maladies chroniques. La Tunisie compte quelque 869.400 personnes diabétiques, tandis que 20.500 à 22.000 nouveaux cas de cancer sont enregistrés chaque année.
La situation est également compliquée par les difficultés financières de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Les pharmacies privées réclament environ 80 millions de dinars d’impayés. En juillet 2026, elles ont ainsi suspendu le système du tiers payant, contraignant de nombreux patients à avancer eux-mêmes le coût de leurs traitements.
Le marché pharmaceutique tunisien représentait en 2025 quelque 4,34 milliards de dinars, soit environ 117 dollars par habitant. Malgré cette progression en valeur, le secteur reste fortement exposé aux contraintes financières et monétaires. La dépréciation du dinar et le durcissement des allocations en devises compliquent notamment l’importation de médicaments, particulièrement ceux à forte valeur ajoutée comme les traitements biologiques et oncologiques.
Autre point préoccupant : l’endettement de la Pharmacie Centrale, dont les créances envers les laboratoires atteindraient environ 800 millions de dinars. Ces difficultés ont déjà contribué au retrait de plusieurs grands groupes internationaux du marché tunisien.
BMI pointe également un environnement réglementaire peu attractif, marqué par une protection jugée insuffisante de la propriété intellectuelle, une politique de prix contraignante et des délais de remboursement pouvant atteindre plusieurs années pour certains médicaments innovants.
Face à l’Algérie et à l’Égypte, dont les marchés sont beaucoup plus importants et qui s’imposent progressivement comme des plateformes pharmaceutiques régionales, la Tunisie peine à attirer de nouveaux investissements industriels.
Le paradoxe est donc saisissant : le marché pharmaceutique tunisien progresse en dinars, mais sa capacité à garantir l’accès aux médicaments se fragilise. Vieillissement de la population, progression du diabète et des cancers et besoins croissants en soins accentuent encore la pression.
Le classement de BMI constitue ainsi moins une simple photographie du secteur qu’un sérieux signal d’alarme. Sans réformes financières, réglementaires et industrielles profondes, la Tunisie risque de voir se creuser davantage l’écart entre les besoins de sa population et sa capacité à y répondre.
KS



