
UniversNews (Santé) – L’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) a alerté, lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, sur l’escalade des agressions violentes à l’encontre des jeunes médecins dans les hôpitaux publics. Elle a affirmé qu’il ne s’agissait plus d’incidents isolés, mais d’un phénomène profondément enraciné qui menace la sécurité du personnel médical et fragilise le système de santé publique.
Le président de l’Organisation, Wajih Dhakar, a déclaré qu’une enquête de terrain menée sur la réalité des violences au sein des établissements de santé publique a révélé que 73 % des médecins interrogés ont confirmé avoir subi des violences verbales ou physiques au moins une fois dans le cadre de leur travail en milieu hospitalier public.
À cette occasion, Dhakar a annoncé le lancement prochain d’un « Observatoire national de lutte contre les violences dans les hôpitaux publics », en partenariat avec les syndicats de médecins affiliés à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Cet observatoire a pour objectif de recenser les agressions et de formuler des recommandations aux autorités de contrôle.
Des chiffres alarmants
Cette conférence de presse était consacrée à la présentation des résultats d’une étude descriptive réalisée à l’aide d’un questionnaire quantitatif. L’échantillon était composé de 734 jeunes médecins, répartis comme suit : 30,6 % d’internes, 61,7 % de résidents et 7,8 % de jeunes spécialistes. L’âge moyen des participants était de 27 ans. L’étude a été menée principalement dans des centres hospitaliers universitaires (88 %), contre 7,8 % dans des hôpitaux régionaux et 4,2 % dans des centres de soins primaires.
Plus de la moitié des médecins interrogés ont confirmé avoir subi des violences verbales ou physiques entre deux et cinq fois, tandis que 22 % ont déclaré en avoir subi plus de cinq fois.
Dhakar a qualifié ces chiffres d’« élevés et alarmants », soulignant qu’ils dépassaient, selon lui, les taux de violence au sein des établissements de santé à l’échelle mondiale et africaine. Il a observé que la fréquence de ces agressions reflète « un dysfonctionnement structurel des hôpitaux publics et une incapacité à garantir un environnement de travail sûr aux jeunes médecins ».
Un besoin urgent de sécurité
Concernant la nature des agressions, il a expliqué que les violences verbales étaient la forme la plus répandue, à 96,8 %. Cependant, il a souligné que 20 % des jeunes médecins ont confirmé avoir subi des violences physiques dans les hôpitaux universitaires publics, « censés être sécurisés par des agents de sécurité », a-t-il précisé.
- 12,1 % des agressions impliquaient des menaces avec des objets tranchants, précisant qu’« un médecin sur huit a déjà été confronté à un danger direct de la part d’agresseurs armés d’objets tranchants sur son lieu de travail ».
- Concernant l’identité des agresseurs, l’étude a montré que les accompagnants des patients représentaient la plus grande part des agresseurs (57,7 %), suivis des patients eux-mêmes (19,6 %).
- 43 % des agressions étaient commises par deux personnes ou plus, tandis que 10,6 % impliquaient plus de trois personnes.
- Les services d’urgence représentaient la part la plus importante des incidents violents (63,3 %), tandis que 66,9 % des agressions se produisaient pendant les gardes de nuit.
Dhakar a critiqué ce qu’il a décrit comme la faiblesse du système de sécurité dans les hôpitaux publics, soulignant que 68,5 % des personnes interrogées ont confirmé que des agressions se produisaient en l’absence d’agents de sécurité, tandis qu’un quart des participants ont jugé le nombre d’agents insuffisant. Il a également indiqué que 91,6 % des participants estiment que les mesures de sécurité actuelles sont « limitées et inadéquates ». Concernant le signalement des agressions, l’étude a révélé que 65,6 % des cas de violence ne sont pas signalés.
Le président de l’Organisation a attribué ce phénomène à un « manque de confiance dans l’efficacité du système de signalement » (60,7 %), à une « banalisation de la violence » au sein des hôpitaux (18,5 %), ainsi qu’à la frustration ressentie par de nombreux jeunes médecins, selon ses propres termes.
Répercussions psychologiques
L’étude a également examiné les répercussions psychologiques des violences, révélant que 45,3 % des jeunes médecins victimes d’agressions se sentaient anxieux après ces incidents, tandis que 28,3 % ont déclaré avoir éprouvé de la peur. Par ailleurs, 45,3 % des jeunes médecins interrogés ont exprimé le souhait de quitter le secteur public pour le secteur privé ou d’émigrer.
L’étude a recommandé plusieurs mesures, notamment l’octroi d’un soutien juridique aux médecins victimes de violences, la mise en place d’une ligne d’assistance téléphonique disponible 24 h/24 et 7 j/7 pour signaler les agressions, et la réduction du nombre d’accompagnateurs de patients dans les hôpitaux grâce au soutien du programme « Accompagnateur de santé », afin d’aider les patients et de limiter leur dépendance à l’égard de ces accompagnateurs.
Le président de l’organisation a également évoqué la décision de suspendre ses activités, initialement prise le 14 mai puis annulée, expliquant qu’elle se fondait sur l’article 44 du décret n°88 relatif aux associations et aux soupçons de financement étranger.
Dans ce contexte, il a nié que l’organisation reçoive un quelconque financement étranger, soulignant qu’elle repose sur ses propres ressources, les cotisations de ses membres et le travail bénévole de ces derniers. Il a fait remarquer que la levée de la suspension témoigne de l’intégrité et de la transparence du financement de l’organisation.
Il a par ailleurs critiqué ce qu’il a considéré comme la « rupture du dialogue » avec le ministère de la Santé, affirmant que l’organisation subit des pressions en raison de ses critiques constantes concernant la dégradation des conditions dans les hôpitaux publics, la pénurie de médicaments et les conditions de travail des jeunes médecins.



