
Par Kamel AKROUT
UniversNews (TRIBUNE) – Trump a suspendu hier l’opération ‘‘Project Freedom’’ visant à escorter des navires neutres à travers le détroit d’Ormuz. Il semble préférer les négociations pour suspendre cette opération en ajoutant que la suspension a été proposée par le Pakistan.
Depuis le 13 avril, date d’entrée du blocus naval américain à l’encontre des ports iraniens, trois groupes aéronavals américains, sont déployés simultanément au Moyen-Orient, une première depuis la guerre d’Irak en 2003.
L’impact de la fermeture du détroit par l’Iran sur l’économie mondiale s’est manifesté par une envolée des cours du pétrole qui ont franchi la barre des 100$ le baril dès le mois de mars, atteignant des sommets (jusqu’à 126$). 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite habituellement par le détroit. En parallèle, l’Iran perd 435 millions de dollars par jour en capacité d’import/export.
Cette situation est en constante évolution. Le monde se trouve ainsi pris en otage, alors que les négociations s’enlisent face à des défis qui n’ont d’issue, moins douloureuse, que diplomatique.
Afin d’éclairer cette déduction, je vais analyser d’abord les forces en présence, puis établir une série de constats pour aboutir enfin à une conclusion finale.
A-Forces en présence :
1-Coté américain : Deux groupes aéronavals, guidés par 2 porte-avions, l’USS Abraham Lincoln et l’USS George H.W. Bush, représentant une force de frappe majeure. Chaque groupe comprend un porte-avions, un croiseur, des destroyers et une escadre aérienne (CVW) d’environ 65-75 aéronefs.
2-Coté iranien : Une « flotte de moustiques » composée de vedettes de combat rapides conçues pour atteindre des vitesses « folles » par rapport aux bâtiments militaires conventionnels. Ces vitesses varient selon le type et la mission et oscillent entre 90 et 130 km/h (soit environ 50 à 70 nœuds).
B-Constatation :
A première vue, le duel paraît inégal et la confrontation est disproportionnée!
++ Nous avons d’une part des destroyers et des porte-avions dont l’armement est de ‘dernier cri’ de la technologie, mais une vitesse handicapante (bien qu’elle soit importante comparée au tonnage de ces navires) qui oscille entre 50 et 55 km/h (environ 30 nœuds), et d’autre part, une flotte de ‘’moustiques (Mosquito Fleet)’’ qui se déplace à deux (parfois trois) fois la vitesse des grands navires de guerre, ce qui lui permet de manœuvrer, de s’approcher, puis de s’enfuir avant que l’artillerie lourde des grands bâtiments ne puisse riposter efficacement.
L’Iran utilise aussi la fibre de verre (Fiberglass) et le carbone dans la fabrication des coques de ces vedettes afin de réduire leur poids au maximum, tout en les équipant de moteurs extrêmement puissants. Ce mélange leur permet littéralement de ‘’voler’’ sur l’eau, facilitant ainsi la tactique du ‘’Hit and Run’’ (frapper et fuir) qui déroute les systèmes de défense conventionnels.
++ Opération de ‘’Guérilla Navale’’
Le terme ‘’Mosquito Fleet’’ (Flotte de moustiques) n’est pas une simple métaphore, c’est le cœur de la stratégie navale iranienne dans le détroit d’Ormuz. L’attaque en ‘’Meute’’: Ces petites embarcations sont difficiles à détecter par radar. Elles n’attaquent jamais seules, mais en groupes de dizaines de vedettes ou plus, encerclant la cible de toutes parts pour saturer et disperser ses systèmes de défense.
++ Des attaques qui pourraient être douloureuses : Malgré leur petite taille, ces vedettes transportent des missiles guidés, des torpilles ou des mines marines, leur permettant d’infliger des dégâts majeurs à un navire des centaines de fois plus grand qu’elles.
++ L’épuisement économique et matériel : Un destroyer valant des milliards de dollars peut se voir contraint d’utiliser des missiles de défense ultra-coûteux pour abattre une vedette, hors portée de l’artillerie, des vedettes bon marché. Face à une ‘’meute’’ de vedettes, les munitions du grand navire pourraient rapidement s’épuiser.
++ L’avantage géographique : Le détroit d’Ormuz est un passage étroit et encombré. Ces vedettes peuvent mouiller des mines rapidement ou intercepter des pétroliers dans des zones où les grands navires de guerre ne peuvent manœuvrer librement. Tandis que les déstroyers engagés dans le détroit disposent de très peu de temps pour se défendre ou riposter aux frappes iraniennes en raison de la proximité du détroit de l’Iran. Ils ne possèdent pas de préavis leur permettant de riposter aux frappes iraniennes, ce qui rend l’escorte des navires marchands très dangereuse.
++ Tactiques Kamikazes : Certaines de ces vedettes sont conçues pour être ‘’Kamikazes’’, elles sont entièrement piégées pour exploser à proximité ou à l’impact avec la coque du navire, une tactique presque impossible à contrer à courte portée.
++ Dissimulation et rapidité : Ces embarcations peuvent être stockées dans des caches côtières ou des grottes, lancées à une vitesse fulgurante puis dissimulées à nouveau, rendant la destruction de leurs « bases » extrêmement complexe.
++ En ouvrant le feu sur les navires, l’Iran propulse les primes d’assurance maritime vers des records en quelques heures. Son principal objectif est de pousser les alliés des États-Unis (dont certains, comme le Royaume-Uni et l’Espagne, se sont opposés au blocus) à faire pression sur Trump pour choisir de s’asseoir à la table des négociations.
C-Conclusion :
Le monde fait face à un chapitre critique de tensions géopolitiques, l’équation est complexe, où la technologie du géant américain est en face d’une géographie et d’armes ‘’artisanales’’ pouvant être anéanties mais capables de faire mal. L’Iran ne cherche pas une guerre navale conventionnelle (qu’il perdrait inévitablement), mais utilise sa flotte de moustiques comme un outil de chantage stratégique. La condition qu’il tente d’imposer est la suivante, ‘la levée du blocus américain sur les ports iraniens en échange d’un cessez-le-feu dans le détroit’, un message clair, ‘’Si nos navires ne passent pas, aucun navire ne passera en sécurité’’, un pari à haut risque, du ‘’Tout ou rien’’ dans lequel l’Iran a jeté toutes ses cartes.
K.A.



