
UniversNews – Le marché financier tunisien confirme, ces derniers jours, sa réputation de place financière à la fois résiliente et déconcertante. À travers l’analyse des mouvements boursiers du 10 au 12 juin 2026, trois secteurs clés — la chimie, les matériaux de construction et l’automobile — dessinent les contours d’une économie en quête de repères, naviguant entre niches prometteuses et apathie structurelle.
- Chimie : L’art de la haute voltige sans volume
Le secteur chimique illustre parfaitement le paradoxe du TUNINDEX. Les Industries Chimiques du Fluor (ICF), positionnées sur des segments stratégiques comme les batteries pour véhicules électriques et le solaire, affichent des indicateurs techniques de « surachat » (RSI à 88,1). Pourtant, cette montée en puissance se fait dans un désert de liquidités, avec des volumes d’échanges anecdotiques.
À côté de cette volatilité, les poids lourds comme Air Liquide Tunisie offrent une stabilité rassurante, portée par un rendement dividendaire solide.
Toutefois, l’absence prolongée de transactions sur d’autres valeurs du secteur rappelle que la bourse locale peine encore à attirer le volume nécessaire pour transformer le potentiel industriel en réalité financière palpable.
- Matériaux de construction : Le grand écart
Le secteur des matériaux de construction offre le spectacle le plus contrasté. D’un côté, la Société Moderne de Céramique (SOMOC) tire son épingle du jeu avec une progression marquée, portée par un dynamisme retrouvé dans le tourisme et la rénovation résidentielle. Les Ciments de Bizerte suit cette tendance haussière, signalant une santé robuste au-delà de la moyenne mobile.
En revanche, le ciment reste une valeur sous tension. Carthage Cement, véritable baromètre du secteur, subit l’hésitation du marché, tandis que Sanimed traverse une zone de fortes turbulences avec des volumes de vente inhabituels.
Cette disparité reflète une réalité industrielle claire : la survie des cimentiers repose désormais davantage sur leur capacité à exporter que sur le marché intérieur, freiné par le gel de l’investissement public et les conditions d’accès au crédit.
- Automobile et pièces : Le paradoxe taxonomique
Le segment automobile et pièces, bien que court, reste le plus déroutant. La classification boursière regroupe des entreprises aux activités radicalement différentes, comme la STIP, dont le cœur de métier a glissé vers la pharmacie, aux côtés d’acteurs comme Assad, spécialisés dans le stockage énergétique.
Si le positionnement d’Assad sur les batteries solaires s’inscrit dans la transition énergétique visée par le pays pour 2030, la faiblesse des capitalisations souligne un sous-investissement chronique. Le secteur, largement dépendant de la sous-traitance pour les constructeurs européens, reste fragile, exposé aux soubresauts de l’industrie internationale.
- Le verdict d’un marché en marge
En observant ces trois secteurs, un constat s’impose : la Bourse de Tunis reste un marché de niche.
Les mouvements observés ne sont pas le résultat d’une politique industrielle cohérente, mais plutôt le reflet de paris individuels et de dynamiques de court terme.
Dans un environnement où les volumes d’échanges restent dérisoires, chaque oscillation, même minime, prend des allures de séisme.
Si les entreprises tunisiennes font preuve d’une capacité d’adaptation impressionnante, la place financière, elle, semble toujours attendre le signal qui lui permettra de passer d’une économie de résistance à une économie de croissance.



