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Inquiétant recul… de la filière mathématique au baccalauréat!!!

UniversNews (Education) – Les données détaillées montrent une forte concentration des candidats dans certaines sections du baccalauréat. La filière Économie et Gestion arrive en tête en termes de nombre de candidats avec 35 %, suivie par la filière Sciences expérimentales avec 18 %, puis Lettres avec 16 %, Sciences techniques avec 13 %, Informatique avec 12 %, tandis que la filière Mathématiques ne représente que 5 % des candidats, contre moins de 1 % pour la filière Sport. Pourtant les résultats montrent que la section Mathématiques arrive largement en tête avec 6.241 admis sur 7.859 présents, soit un taux de réussite de 79,41%

Moncef Khemiri, conseiller général d’orientation, souligne que « Seuls 5 % (8 112 élèves) des candidats appartiennent à la filière Mathématiques qui constitue, dans notre système éducatif tunisien, le principal vivier d’élèves alimentant les filières d’excellence de l’enseignement supérieur, notamment les classes préparatoires aux études d’ingénieurs, les spécialités scientifiques et certains domaines de gestion dans des institutions universitaires spécifiques. Il s’agit d’un recul stupéfiant comparé au gonflement anormal d’autres filières qui n’offrent pas suffisamment de perspectives prometteuses, et comparé également à la situation antérieure où le taux d’orientation vers la filière Mathématiques ne descendait pas en dessous de 20 %. Plus grave encore, à mon sens, est l’important écart dissimulé derrière cette moyenne nationale déjà préoccupante entre les régions, et parfois entre les établissements d’une même région, où cette proportion ne dépasse pas 1 ou 2 % dans certaines régions intérieures, avec une disparition totale de la filière Mathématiques dans certains établissements »

Pourquoi nos élèves n’aiment pas les maths ?

Pourquoi les mathématiques sont considérées comme la bête noire des collégiens et lycéens ? Le principal handicap réside-t-il dans la façon d’enseigner cette matière ou au manque d’encadrement spécialisé en maths, qui ne répond plus aux besoins du secteur ? Ce constat est établi par les spécialistes qui contestent la méthode d’enseignement de cette science dans le pays. Les explications de Mohamed Jaoua, Docteur ès-sciences mathématiques «C’est le résultat d’une évolution qui s’est étalée sur de longues années, et sur les raisons de laquelle on ne s’est jamais sérieusement penchés. Pour aller au cœur du sujet, si les maths ne sont pas aimées par les élèves, c’est que l’école ne fait rien pour les rendre aimables. Elle a préféré en faire une discipline de tri, en vue de sélectionner ceux des bacheliers qui seront orientés vers des filières dites nobles (ingénierie, médecine et pharmacie, etc.). Et elle s’est contentée de les enseigner aux élèves comme s’ils rêvaient tous de devenir mathématiciens. C’est-à-dire en partant de l’abstraction, des concepts, pour arriver au concret et aux applications. Or, la majorité des êtres humains ne sont pas naturellement doués pour manipuler les concepts abstraits que sont les objets mathématiques. Dès lors qu’on ne leur explique pas les raisons pour lesquelles on doit le faire, et qu’on ne leur apprend pas comment on peut le faire, ils décrochent. Il s’en est suivi une fuite progressive de la plupart des élèves « mal aimés des Mathématiques » vers des filières réputées peu exigeantes en Mathématiques, que l’Éducation Nationale a créées pour les accueillir. Les diplômés de ces filières représentaient environ 60% des bacheliers. Et cela alors même que notre monde devient de plus en plus mathématique, et que des compétences mathématiques sont désormais exigées à des niveaux certes divers pour exercer tous les métiers. »

Dr. Jaoua ajoute que les Mathématiques sont « mal enseignées », enseignées « à l’envers » selon lui: d’abord les concepts, puis les applications. Ce qui exclut une large frange d’élèves, peu à l’aise avec les concepts, de l’apprentissage et de la maîtrise de cette discipline. Développant par là-même cette « mathophobie » que vous évoquez.

Confronté à ce désamour de ses enfants pour les maths, Singapour avait pris le taureau par les cornes, il y a plus de 40 ans et inventé une méthode qui porte son nom afin de rendre les Mathématiques accessibles à tous ses élèves. Une nécessité absolue pour un pays qui entendait alors jouer un rôle à la pointe de la high-tech. Cette méthode a fait ses preuves puisque les élèves de Singapour, qui pointent aux derniers rangs du classement PISA dans les années 80, sont depuis une trentaine d’année première ou seconde de ce même classement. En Tunisie, nous avons préféré retirer nos élèves de ce baromètre, plutôt que d’en subir la pression en vue de faire face au problème. Ce qui permet à ce dernier de continuer à exister et à prospérer.

Hassen Zargouni dans son post appelle à redonner le goût des sciences dès le plus jeune âge  « Ce n’est plus un choix pédagogique, c’est une urgence nationale. Sans « matheux », la Tunisie risque le déclassement technologique. Mais comment réorienter nos talents vers les filières d’excellence ? Quel est le rôle des associations (ATSM, MIMS…) ? Quel est le rôle des conseillers d’orientation ? Des familles ? Quelle ingénierie pédagogique développer ? » dit-il. (M.S)

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