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QUI TIENT LES CORDONS DE LA BOURSE DE L’ÉTAT TUNISIEN : BTA + 72 % … Les crédits stagnent  + 2,6 %

BIAT et BNA se substituent au marché international

UniversNewstn – Alors que l’accès aux financements internationaux se raréfie, l’État tunisien se tourne massivement vers son marché intérieur. Entre contraintes structurelles et stratégies assumées, les banques de la place sont devenues le poumon financier de la République. Plongée dans les coulisses d’un marché souverain en pleine ébullition.

Si l’on observe la photographie globale, les grands bailleurs de fonds internationaux conservent une place de choix. Avec 64,9 % du stock total de la dette extérieure tunisienne, les institutions multilatérales assurent les fondations.

  • La Banque Mondiale mène la danse avec un encours imposant de 14,1 milliards de dinars (19 % de la dette extérieure totale),
  • Talonnée par la Banque Africaine de Développement (BAD) à 8,1 milliards.
  • Le FMI (5,3 milliards)
  • Et la montée en puissance remarquée de l’AFREXIMBANK (5 milliards) complètent ce tableau international.

Mais c’est en observant l’échiquier national que la véritable dynamique de ces derniers mois se révèle. Face à l’assèchement des financements extérieurs classiques, le Trésor a appuyé sur l’accélérateur des émissions locales.

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L’Appétit Féroce du Secteur Bancaire

Les institutions financières locales sont devenues les principaux souscripteurs de cette dette. Aujourd’hui, les banques tunisiennes détiennent la bagatelle de 61 % de l’encours circulant des bons du Trésor, soit près de 17,3 milliards de dinars. Ce basculement n’est pas sans conséquence : alors que ce portefeuille souverain a bondi de 22,4 % en 2025 — un record absolu —, les crédits accordés aux entreprises privées, moteur de l’économie réelle, ont stagné à un timide +2,6 %.

Dans cette course au financement de l’État, toutes les banques ne jouent pas avec les mêmes règles, ni avec les mêmes ambitions. Le classement des principaux créanciers de l’État dresse le portrait d’un secteur divisé entre obligation et opportunisme.

BNA : Le Pilier Public, par la Force des Choses

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La Banque Nationale Agricole (BNA) trône au sommet de ce classement avec un portefeuille d’investissement vertigineux, passé de 7,8 à 9,3 milliards de dinars en un an. Toutefois, cette position de premier bailleur est le fruit d’une ingénierie d’État.

Actionnaire à 35 %, l’État utilise historiquement la BNA pour porter les créances des entreprises publiques défaillantes, à l’image de l’Office des céréales. Le mécanisme est redoutablement huilé : fin 2025, l’État a remboursé partiellement l’Office à hauteur d’un milliard de dinars. Dans la foulée, près de la moitié de cette somme a été réinvestie par la banque dans des BTA rémunérés à 9,4 % sur dix ans. Face à des créances classées atteignant 21,4 %, la BNA sécurise ainsi son bilan avec le seul actif garanti : la dette publique.

Une situation partagée par la STB (4,5 milliards de dinars d’encours), elle aussi captive et fortement exposée.

« Pour la BNA et la STB, le financement massif de l’État n’est pas un choix d’allocation tactique, c’est une nécessité vitale de consolidation bilancielle et une réponse aux directives de leur actionnaire majoritaire. »

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BIAT : Le Maître Incontesté du Jeu Souverain

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Si la BNA agit par nécessité, la BIAT (Banque Internationale Arabe de Tunisie) le fait par pur choix stratégique. Premier financier privé de l’État, la BIAT a porté son portefeuille d’investissement à 7,08 milliards de dinars. En dix ans, la part de ce portefeuille dans ses revenus est passée de        3 % à 34 % (soit 536 MDT en 2025).

Forte d’une liquidité exceptionnelle (LCR de 668 %) et d’une assise de dépôts colossale (22,3 milliards), la BIAT arbitre froidement : plutôt que de s’exposer au risque de crédit du secteur privé dans une conjoncture incertaine, elle privilégie la sécurité et le rendement de la dette souveraine. Et sa suprématie s’étend au-delà du dinar. Sur le terrain très prisé des devises, la BIAT écrase la concurrence. Lors des derniers crédits syndiqués, elle a mis sur la table 120 millions d’euros et 100 millions de dollars, laissant à ses confrères (banques privées comme publiques) des participations quasi symboliques.

L’Énigme Attijari Bank : La Prudence Érigée en Modèle

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Le contraste le plus saisissant de ce marché réside dans la position d’Attijari Bank. Deuxième banque privée du pays par la taille de son bilan (13,6 milliards de dinars) et ses bénéfices, elle ne pointe qu’à la quatrième place des financiers de l’État. Avec « seulement » 1,92 milliard de dinars de portefeuille souverain, elle finance l’État jusqu’à cinq fois moins que la BNA ou la BIAT.

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Cette retenue s’explique par trois facteurs majeurs. Premièrement, une contrainte de groupe : adossée à la marocaine Attijariwafa Bank (fonds Al Mada), la filiale tunisienne applique des normes de risque draconiennes (Bâle III) et refuse la surconcentration sur une dette souveraine notée « Caa1 » par Moody’s.

Deuxièmement, bien que son portefeuille titres ait augmenté de 24,5 % récemment pour protéger son bilan face à la frilosité du marché du crédit, ce repositionnement s’opère sur une base historiquement faible. Troisièmement, son modèle tourné vers les entreprises locales lui offre une force de frappe en devises (euros/dollars) structurellement inférieure à celle de la BIAT, la privant d’un rôle de premier plan dans les prêts syndiqués internationaux.

Au final, ce paysage bancaire tunisien raconte deux histoires parallèles : d’un côté, des banques (BIAT, BNA) qui se substituent au marché international pour porter l’État à bout de bras, y trouvant au passage une source de profits massifs ou de sauvetage comptable.

De l’autre, des acteurs comme Attijari Bank qui privilégient une orthodoxie prudente. Une frilosité apparente qui, si les vents économiques venaient à tourner, pourrait bien s’avérer être la stratégie la plus visionnaire de la décennie.

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