À la uneNationalSports

Rami Rahmouni : le grand plongeon… sous un autre drapeau ?

Entre pragmatisme et attachement patriotique, l’affaire Rahmouni divise les tunisiens .. ambition légitime ou blessure nationale ?

UniversNews – À seulement 16 ans, le jeune prodige tunisien de la natation Rami Rahmouni s’apprête à prendre un tournant majeur dans sa carrière. Selon la présidente de la Fédération tunisienne de natation, il est en passe de représenter officiellement l’Arabie saoudite, après avoir quitté la France pour intégrer l’Académie Mahd en Arabie saoudite, où il bénéficie d’infrastructures modernes et de conditions d’entraînement jugées optimales. Une décision qui laisse entrevoir une probable naturalisation sportive — et qui a rapidement embrasé les réseaux sociaux.

La nouvelle a d’autant plus surpris que la Tunisie s’est imposée ces dernières années comme une nation qui compte dans le paysage mondial de la natation. Portée par des figures emblématiques telles que Oussama Mellouli, Ahmed Hafnaoui et Ahmed Jaouadi, elle a su rivaliser avec des pays dotés d’une longue tradition dans ce sport. Ces performances ont nourri un sentiment de fierté nationale et renforcé l’espoir de voir émerger une nouvelle génération capable de prolonger cette dynamique.

Mais derrière les exploits, les tensions entre certains champions et la tutelle ont parfois éclaté au grand jour, alimentant un malaise persistant autour de la gouvernance sportive. Dans ce contexte, le choix de Rahmouni divise profondément l’opinion.

Pour une partie des Tunisiens, il s’agit d’un choix rationnel et compréhensible. À 16 ans, estiment-ils, un athlète doit avant tout chercher l’environnement le plus favorable à son développement, tant sur le plan sportif que financier. Ils rappellent les différends passés entre des nageurs de haut niveau et les autorités sportives, soulignant que la stabilité, les moyens et la visibilité internationale sont des facteurs déterminants dans une carrière aussi exigeante. Pour ces défenseurs, Rahmouni ne trahit pas son pays : il saisit une opportunité dans un monde sportif désormais globalisé, où la mobilité est devenue la règle plus que l’exception.

À l’inverse, d’autres dénoncent un départ vécu comme un abandon. Ils estiment que la Tunisie, qui a contribué à former et à révéler ce talent, mérite loyauté et reconnaissance. Changer de nationalité sportive serait, selon eux, un signal inquiétant pour une discipline qui s’est construite au prix d’efforts considérables. Certains vont jusqu’à comparer cette situation à celle des médecins formés dans les universités publiques tunisiennes avant de partir exercer à l’étranger, y voyant une fuite des compétences qui fragilise le pays. Entre pragmatisme et attachement patriotique, l’affaire Rahmouni dépasse le cas individuel : elle pose, une fois de plus, la question cruciale de la capacité de la Tunisie à retenir ses talents.

Au-delà de l’émotion, l’affaire Rahmouni pose une question plus large : comment retenir ses talents lorsque d’autres pays offrent des moyens supérieurs et une vision sportive structurée ? La Tunisie peut s’enorgueillir d’avoir révélé des champions. Reste à savoir si elle saura créer les conditions pour les garder.

KS

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page