
UniversNews – Le financement vert s’impose comme le nouveau moteur de la compétitivité tunisienne. Réunis à Tunis pour la 5ème édition du CSR Power Forum, décideurs et experts ont tracé la feuille de route d’une économie bas carbone, entre réformes structurelles et défis de mobilisation des capitaux.
Un rendez-vous stratégique pour la RSE.
Tunis accueille les 5 et 6 mai 2026 la cinquième édition du CSR Power Forum. Organisé par AM Media Plus, cet événement phare de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) rassemble experts, chefs d’entreprise et décideurs.
Cette année, l’accent est mis sur l’innovation technologique et la résilience face aux pressions environnementales, avec en point d’orgue les « CSR Awards » récompensant les initiatives les plus durables.
Samir Abdelhafidh : « Faire du budget de l’État un levier écologique »
Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a profité de l’ouverture du forum pour annoncer l’accélération des chantiers liés aux instruments de financement vert. Selon lui, la transition vers une économie bas carbone n’est plus une option, mais un choix stratégique pour garantir l’attractivité de la Tunisie.
Le ministre a détaillé plusieurs axes majeurs de l’action gouvernementale :
Réformes budgétaires : L’intégration de la « budgétisation sensible au climat » pour piloter la transition écologique via les finances publiques.
Nouvelle feuille de route : L’élaboration de la CDN 3.0 (Contribution Déterminée au niveau national) pour accélérer la décarbonation.
Incitations fiscales : Le renforcement des mesures favorisant les énergies renouvelables et l’économie circulaire (bleue et verte).
Nouveaux outils financiers : Le développement d’obligations vertes et la mise en place progressive de mécanismes de tarification carbone pour orienter les investissements.
« Le chemin reste important. La mobilisation doit être collective : État, entreprises, institutions financières et partenaires internationaux doivent agir de concert », a martelé le ministre.
L’analyse de l’expert : Un problème d’architecture plus que de capital
Pour Abdelkader Boudriga, économiste et conseiller scientifique du forum, le diagnostic est nuancé. Contrairement aux idées reçues, le frein principal ne serait pas le manque de liquidités.
Un blocage structurel : Selon l’expert, le capital est disponible, mais souffre d’un défaut d’orientation et d’organisation. Les flux financiers restent trop souvent cantonnés dans des circuits traditionnels jugés « sécurisés ».
Capacité d’absorption : M. Boudriga estime que le véritable défi réside dans la capacité de la Tunisie à absorber ces fonds. Il appelle à une refonte de l’architecture des flux de capitaux et à une meilleure maîtrise de leur circulation pour qu’ils irriguent réellement les projets verts.
L’UE plaide pour l’implication du secteur privé
L’ambassadeur de la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a complété ces interventions en rappelant l’urgence de l’action. Pour le diplomate, « le coût de l’inaction est bien plus élevé que les investissements nécessaires ».
Il a insisté sur le rôle crucial du secteur privé, qui ne doit plus attendre les seules initiatives étatiques mais investir massivement au sein d’un écosystème favorable.
La seconde journée du forum a été marquée par une session plénière exclusivement dédiée aux enjeux industriels, mettant en lumière la feuille de route tunisienne pour la transition énergétique. Sous l’égide d’experts en la matière.
Les débats ont souligné l’urgence pour le secteur manufacturier d’intégrer des solutions concrètes de solaire thermique et d’efficacité énergétique. Des « success stories » d’entreprises leaders, notamment celle du groupe Poulina Group Holding, ont été présentées pour démontrer que la décarbonation est déjà une réalité opérationnelle capable de générer de la rentabilité tout en réduisant l’empreinte environnementale.
Un panel crucial a également décrypté l’impact du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) sur la compétitivité des industries exportatrices tunisiennes. Face aux nouvelles exigences de l’Union Européenne, les intervenants, dont des experts en douane et en développement durable, ont insisté sur la nécessité pour les entreprises locales de maîtriser les outils de comptabilité carbone, de vérification et de certification.
La conclusion de cette journée, portée par Dr Nidhal Ouerfelli, a rappelé que la conformité aux standards internationaux de reporting n’est plus un luxe, mais une condition sine qua non pour maintenir l’accès de l’industrie tunisienne aux marchés mondiaux.
KS



