
Les cérémonies protocolaires racontent souvent davantage que les communiqués officiels
Tunis – Univers News. En diplomatie, les silences parlent parfois plus fort que les déclarations officielles. Un ministre absent, un représentant de second rang ou un siège laissé vacant peuvent constituer des messages aussi explicites qu’un communiqué soigneusement rédigé. Dans une région, en particulier au Maghreb, traversée par les recompositions géopolitiques, les cérémonies protocolaires sont devenues un véritable baromètre des relations entre États.
En effet, entre Paris, Rabat et Tunis, les gestes protocolaires sont devenus des messages politiques. Le 14 juillet, à l’occasion de la fête nationale française, la Tunisie n’était représentée que par le ministre des Technologies des informations, et non par le chef du gouvernement ni par le ministre des Affaires étrangères, comme le veut la tradition. Ce choix, sans constituer une rupture, traduisait une représentation de second rang, interprétée comme une certaine distance politique. Dans les usages diplomatiques, le niveau de représentation n’est jamais anodin : il reflète généralement l’état des relations bilatérales, les priorités politiques du moment ou encore le message que l’on souhaite adresser au pays hôte.
Quelques semaines plus tard, le même scénario à Tunis, à l’occasion de la Fête du Trône, la Tunisie n’a pas dépêché son ministre des Affaires étrangères mais un haut fonctionnaire du ministère, Hechmi Laâjili, ministre délégué chargé des fonctions de directeur général des organisations maghrébines, arabes et islamique au département des Affaires étrangères. Là encore, le protocole est révélateur. Il vaut message: lorsqu’un État souhaite envoyer un signal politique fort, il choisit généralement un représentant de rang ministériel.
Cette retenue n’est pas le fruit du hasard. Elle intervient dans un contexte où Rabat et Paris affichent un rapprochement stratégique de plus en plus assumé, notamment après le soutien français au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. La position de la France a profondément rebattu les cartes diplomatiques dans la région, donnant lieu à un alignement politique entre Paris-Rabat qui touche au cœur des intérêts stratégiques du Royaume.
À l’inverse, les relations entre Tunis et Rabat restent marquées par la crise déclenchée en 2022 lorsque le président Kaïs Saïed avait accueilli le chef du Front Polisario, Brahim Ghali, à Tunis lors du sommet TICAD. Pour Rabat, cette réception constituait une remise en cause de sa position sur le Sahara. La réaction fut immédiate : le Maroc avait rappelé son ambassadeur pour consultations et dénoncé une atteinte à sa position sur le Sahara.
Depuis cet épisode, la normalisation demeure incomplète. L’absence d’un ambassadeur marocain pleinement en fonction à Tunis et la gestion des relations diplomatiques à un niveau moins élevé illustrent cette prudence réciproque.
Le contraste est d’autant plus frappant que les relations tuniso-algériennes restent particulièrement solides. Alger est aujourd’hui le principal «soutien» régional de Tunis. Cette proximité s’accompagne d’une convergence de vues sur plusieurs dossiers régionaux, notamment la question du Sahara occidental, où la Tunisie a adopté une posture perçue, à juste titre, favorable aux positions algériennes.
Ainsi se dessine un triangle diplomatique complexe :
Paris et Rabat renforcent leur partenariat stratégique.
Tunis et Alger consolident une relation politique et sécuritaire étroite.
Tunis et Rabat maintiennent le dialogue, mais dans un climat de confiance encore limité.
Au final, les cérémonies protocolaires racontent souvent davantage que les communiqués officiels. Le rang des délégations, les absences remarquées et les choix de représentation deviennent autant de signaux diplomatiques. Entre Tunis, Paris et Rabat, le message semble clair : le dialogue continue, mais la confiance n’est pas encore pleinement rétablie.
C’est toute l’ambiguïté de la relation actuelle : une diplomatie du maintien du lien, sans véritable réconciliation. En somme, « Je t’aime… moi non plus. »
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