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Tunis-Rome : La face cachée d’une coopération à caractère douteux !

UniverNews – La décision de Rome d’installer des agents permanents de la « Guardia di Finanza » à Tunis et à Sfax ne passe pas inaperçue. Présentée comme un renforcement de la lutte contre la migration irrégulière et les trafics en Méditerranée, cette initiative soulève, en réalité, des questions bien plus profondes — et bien plus inconfortables.

Car derrière le discours convenu sur la coopération bilatérale se profile une réalité que les chancelleries préfèrent soigneusement taire : la Tunisie est en train de devenir un maillon opérationnel dans le dispositif sécuritaire européen, sans que les contours exacts de ce rôle aient jamais été clairement définis ni assumés publiquement.

C’est le quotidien économique de référence italien « Il Sole 24 Ore » qui a, le premier, levé le voile sur cette orientation. Selon ses informations, les autorités italiennes prévoient, dans le cadre du budget de la défense 2026, un renforcement significatif des forces dites « à haute et très haute capacité de réaction ».
Ce n’est donc pas une rumeur ni une interprétation : c’est une orientation budgétaire assumée, inscrite dans la programmation militaire et sécuritaire italienne pour 2026. Une information d’autant plus significative qu’elle n’a, à ce jour, fait l’objet d’aucune communication officielle du côté tunisien.

La « Guardia di Finanza » n’est pas une institution anodine. Si elle est connue pour ses missions de police économique et financière, elle dispose également de compétences étendues en matière de surveillance maritime, de renseignement et de lutte contre les réseaux criminels. Son implantation permanente sur le sol tunisien appelle donc, légitimement, à une définition précise de ses attributions — et de ses limites.

Or, sur ce point, le flou persiste. Aucune communication officielle ne précise les prérogatives exactes de cette mission, son cadre juridique ni les mécanismes de coordination avec les institutions tunisiennes. Ce silence institutionnel, dans un dossier aussi sensible, n’est pas anodin. Il entretient le doute et alimente les soupçons d’une forme d’externalisation des frontières européennes, au détriment de la souveraineté nationale.

La coopération internationale n’est pas, en soi, un problème. Elle devient problématique lorsqu’elle s’effectue dans l’opacité, lorsqu’elle crée des asymétries et lorsqu’elle risque de transformer un partenaire souverain en simple exécutant d’une stratégie définie ailleurs.
Les autorités tunisiennes se doivent, dans ce contexte, d’apporter une communication officielle claire : quels sont les objectifs précis de cette mission ? Quelles en sont les limites juridiques ? Quels mécanismes de contrôle sont prévus ? Ces questions ne relèvent pas du complotisme — elles relèvent du droit élémentaire d’une nation à savoir ce qui se passe sur son territoire.

L’opinion publique tunisienne mérite cette transparence. Et la relation tuniso-italienne, pour être durable et mutuellement bénéfique, ne peut se construire sur des fondements ambigus.

La coopération choisie est une force. La coopération subie est une faiblesse. Il faut décider dans laquelle de ces deux catégories se situe ce qu’on présente aujourd’hui comme coopération.

Mustapha Machat

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