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Urgence hydrique : La Tunisie face à une grave pénurie d’eau

Les perturbations dans l’alimentation en eau potable enregistrées ces derniers temps dans plusieurs régions du pays ne préconisent rien de bon. Surtout quand on entend les experts et spécialistes tirer la sonnette d’alarme. Les ressources en eau en Tunisie atteindront leurs limites à l’horizon 2030. Les manifestations liées à la crise de l’eau ont bondi à 34 en juillet, contre 23 en juin 2026, un indicateur préoccupant .Si des mesures ne sont pas prises dans l’immédiat, la Tunisie verra ses sources en eau se tarir. D’ailleurs l’Observatoire tunisien de l’eau a signalé que la Tunisie est entrée dans une « phase critique d’urgence hydrique » en juillet 2026, coïncidant avec le pic de l’été et une vague de chaleur intense. Ce constat fait suite à l’enregistrement de 608 signalements de coupures d’eau, soit le total mensuel le plus élevé enregistré depuis le début de l’année.

Dans son rapport intitulé « Carte de la soif », l’Observatoire explique que 549 de ces signalements concernaient des interruptions et des perturbations non annoncées de la distribution d’eau potable. Il considère que ces indicateurs reflètent la pression croissante exercée sur le système d’approvisionnement en eau pendant la période estivale.

 Les régions côtières et du Cap Bon ont connu une nette évolution dans les schémas de signalement en juillet, avec une forte concentration sur les bandes côtières et les zones touristiques, soumises à une double pression démographique et de consommation. Ces régions ont été en première ligne de la crise de l’eau. Le gouvernorat de Nabeul arrive en tête des pénuries d’eau signalées avec 65 plaintes, suivi de Monastir (62), Mahdia (51) et Sousse (49). Sfax et Médenine ont enregistré chacune 42 plaintes.

Vers une gestion durable de l’eau

La durabilité de l’eau est importante pour préserver la ressource rare qu’est l’eau potable. Face à plusieurs défis, une transformation profonde de la gestion de l’eau s’impose. L’objectif n’est pas seulement de disposer de plus d’eau, mais de mieux la gérer, la partager et la préserver. Cela passe d’abord par une efficacité accrue des usages. L’Observatoire appelle à des interventions urgentes et à des solutions durables pour garantir le droit d’accès à l’eau et améliorer la distribution des ressources hydriques. Dans l’agriculture, cela signifie moderniser les systèmes d’irrigation, privilégier des cultures moins gourmandes en eau et promouvoir l’agroécologie. Dans les villes, il s’agit de lutter contre les fuites, d’installer des équipements économes et de favoriser la réutilisation des eaux usées traitées pour des usages non alimentaires. Une gouvernance plus équitable et intégrée est nécessaire. L’eau ne peut plus être gérée en silos. Il faut une approche par bassin versant, une coordination entre les différents niveaux de décision et une participation des acteurs locaux. Les politiques publiques doivent encourager les pratiques vertueuses, fixer des quotas soutenables et instaurer des tarifs progressifs pour garantir l’accès à l’eau tout en responsabilisant les usagers.

Les entreprises ont également un rôle clé à jouer. En intégrant la gestion de l’eau dans leur stratégie RSE, en mesurant leur empreinte hydrique et en investissant dans des technologies propres, elles peuvent réduire leur impact et contribuer à la résilience des territoires. Les innovations technologiques, capteurs intelligents, dessalement plus vert, traitement biologique des eaux  peuvent aussi offrir de nouvelles perspectives, à condition d’être utilisées dans une logique de durabilité.La sensibilisation du grand public est cruciale. Trop souvent, l’eau est perçue comme une ressource inépuisable.  Pourtant, chaque litre gaspillé représente une pression supplémentaire sur les écosystèmes. Adopter des gestes simples, soutenir les politiques locales de préservation ou encore s’informer sur l’origine de l’eau que nous consommons sont autant d’actions à notre portée.Le stress hydrique n’est pas une menace abstraite ou lointaine : c’est une réalité déjà palpable pour des millions de personnes, et un défi qui ne fera que croître si nous n’agissons pas collectivement. Il remet en question notre modèle de consommation, notre gouvernance des ressources et notre relation au vivant. L’eau n’est pas qu’un besoin : c’est un bien commun précieux, fragile, et irremplaçable. La préserver aujourd’hui, c’est garantir la vie demain

                                    Mohamed Selim

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