
Par Hédi CHERIF
UniversNews (Tribune) – «Tunisien de cœur, citoyen conscient de ses droits et de ses devoirs envers sa patrie, mais également passionné de football, la défaite concédée par l’équipe nationale n’a suscité chez moi ni colère ni véritable surprise. Suffisamment détaché sur le plan émotionnel, j’y ai vu avant tout une évidence.
Une évidence installée depuis longtemps pour quiconque observe avec lucidité la réalité du sport tunisien. Cette défaite apparaît comme le symptôme d’un mal profond, organiquement lié à un système rongé par des dysfonctionnements persistants. Un mal devenu chronique, voire métastasé, sur lequel aucune thérapie, aucune réforme et aucune loi ne peuvent agir efficacement en l’absence d’un diagnostic rigoureux, fondé sur une analyse scientifique et technique sérieuse, permettant de définir une véritable stratégie de redressement».
Déjà à cette époque, le recours précipité à Hervé Renard me semblait relever d’une logique consistant à corriger une erreur par une autre. Une démarche qui annonçait inévitablement de nouveaux échecs et préparait, à terme, la désignation d’un nouveau bouc émissaire.
Aujourd’hui, les événements semblent confirmer cette analyse et invitent à revenir sur une question fondamentale : celle de la responsabilité face à l’échec.
Le bouc émissaire : une impasse stratégique
Face à l’échec, la tentation est souvent grande de rechercher un responsable extérieur, un coupable commode sur lequel transférer les erreurs, les insuffisances ou les occasions manquées. Cette logique du bouc émissaire constitue pourtant une véritable impasse stratégique.
En focalisant l’attention sur la désignation d’un individu, on détourne le regard des véritables causes des difficultés : erreurs d’analyse, choix inadaptés, dysfonctionnements structurels, absence de vision à long terme ou incapacité à anticiper les transformations en cours.
La sagesse politique, sociale, sportive ou managériale commence au contraire par une reconnaissance lucide des limites et des erreurs. Une nation, une institution ou une organisation ne progresse pas en multipliant les accusations. Elle avance en développant une culture de responsabilité, d’apprentissage et de remise en question.
Dans le cas présent, le bouc émissaire n’est ni la Fédération, ni les joueurs, ni l’entraîneur, ni même le ministère de tutelle. D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous concernés par les échecs de notre système sportif.
Il est donc inutile de se perdre dans les turbulences médiatiques ou dans les débats passionnés de certains plateaux télévisés, souvent pauvres en analyses techniques et en exigences éthiques. Il est tout aussi vain de détourner le regard des véritables causes de l’échec.
Le moment est venu d’adopter une attitude à la fois empathique, lucide et citoyenne, en assumant pleinement nos devoirs envers la patrie et en agissant selon un principe simple mais essentiel : « la patrie avant les partis ».
Soyons patriotes avant d’être régionalistes.
La Tunisie a toujours fonctionné sur un mode de solidarité nationale, particulièrement dans les moments difficiles. H Jenayah, Z Jaziri, K. Chamem, Sabri Lamouchi les joueurs, et bien d’autres sont avant tout des Tunisiens. Leur engagement, leurs réussites comme leurs échecs, appartiennent à l’histoire collective du pays avant d’appartenir à une région, à un club ou à un courant d’opinion.
Transformer l’échec en levier d’avenir
L’avenir ne se construit ni sur le ressentiment ni sur la recherche permanente de coupables. Il se bâtit sur la capacité à tirer les leçons du passé, à corriger les trajectoires et à mobiliser les énergies autour d’un projet collectif cohérent.
Le véritable défi n’est donc pas de savoir qui blâmer, mais comment transformer l’échec en expérience, la défaite en enseignement et les erreurs d’hier en ressources pour demain.
C’est à cette condition que la Tunisie sportive pourra sortir de la gestion de l’urgence pour entrer enfin dans une logique de construction, de développement et de performance durable.
Car le sport tunisien, à l’image de la Tunisie elle-même, demeure un puissant facteur de cohésion, de rassemblement et d’espérance collective.
H.C.
Sociologue



