
UniversNews (SEF) – La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a décidé de maintenir son taux directeur à 7,00% à l’issue de la réunion de son Conseil d’Administration tenue le 3 juin 2026. Une décision largement anticipée par les marchés mais qui traduit surtout la volonté de l’autorité monétaire de préserver un équilibre délicat entre la lutte contre l’inflation et l’accompagnement d’une reprise économique encore fragile.
- Une croissance qui se confirme mais demeure vulnérable
L’économie tunisienne poursuit progressivement sa remontée. Avec une croissance de 2,6 % au premier trimestre 2026, contre 1,6 % un an auparavant, les indicateurs témoignent d’une amélioration de l’activité économique.
Cette progression repose principalement sur la bonne performance du secteur des services, le dynamisme de l’agriculture et la résilience de certaines activités industrielles. Toutefois, le ralentissement persistant du secteur de la construction rappelle que la reprise demeure inégale et que plusieurs secteurs continuent de souffrir d’un environnement financier et économique contraignant.
Le maintien du taux directeur constitue ainsi un signal de stabilité destiné à éviter tout frein supplémentaire à l’investissement et à l’activité économique.
- Une inflation qui repart à la hausse
Si la croissance montre des signes encourageants, l’inflation demeure la principale préoccupation de la Banque Centrale.
Après plusieurs mois d’accalmie relative, le taux d’inflation est remonté à 5,5 % en avril 2026 contre 5,0 % en mars. Cette accélération est principalement attribuable à la flambée des prix des produits alimentaires frais, dont la hausse atteint désormais 13,3 %.
Plus préoccupant encore pour les autorités monétaires, l’inflation sous-jacente — qui exclut les produits alimentaires frais et les prix administrés — continue sa progression pour atteindre 5,0 %, révélant une diffusion plus large des tensions inflationnistes dans l’économie.
Cette évolution confirme que les facteurs structurels de l’inflation restent présents malgré les efforts de resserrement monétaire engagés ces dernières années.
- Le secteur extérieur continue d’offrir un soutien appréciable
L’une des principales satisfactions du Conseil concerne l’amélioration des équilibres extérieurs.
Le déficit courant s’est réduit à 1,5 % du PIB à fin avril 2026 contre 1,7 % une année auparavant. Cette amélioration s’explique notamment par les excellentes performances des services, en particulier le tourisme, ainsi que par les revenus des facteurs.
Encore plus révélateur, la balance courante hors énergie affiche un excédent record de 1,46 milliard de dinars contre seulement 726 millions de dinars l’année précédente.
Cette évolution démontre que les déséquilibres extérieurs de la Tunisie restent fortement liés à la dépendance énergétique du pays.
- Les réserves en devises atteignent leur meilleur niveau depuis plusieurs années
Autre indicateur positif : la consolidation continue des réserves de change.
Au 2 juin 2026, les avoirs nets en devises ont atteint 25,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 104 jours d’importations, contre 22,6 milliards de dinars et 98 jours d’importations une année auparavant.
Cette amélioration renforce la capacité du pays à faire face aux chocs extérieurs et contribue à la stabilité du dinar dans un environnement international particulièrement volatil.
- Pourquoi la BCT n’a pas baissé ses taux ?
À première vue, la progression de la croissance et l’amélioration des équilibres extérieurs auraient pu justifier un début d’assouplissement monétaire.
Mais plusieurs facteurs ont conduit la Banque Centrale à privilégier le statu quo.
- D’abord, le retour de tensions inflationnistes, notamment sur les produits alimentaires et les matières premières. Ensuite, la persistance d’importantes incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient, susceptibles d’entraîner une nouvelle hausse des prix internationaux de l’énergie.
- Enfin, les grandes banques centrales mondiales elles-mêmes ont récemment choisi de maintenir leurs taux directeurs inchangés face au retour des pressions inflationnistes observées au cours des derniers mois.
La BCT s’inscrit donc dans une logique de prudence, préférant consolider les acquis obtenus dans la lutte contre l’inflation avant d’envisager un éventuel assouplissement.
- Un message de prudence aux marchés
À travers cette décision, la Banque Centrale adresse un double message.
- Aux investisseurs et aux marchés financiers, elle confirme sa détermination à préserver la stabilité des prix et la crédibilité de sa politique monétaire.
- Aux entreprises et aux ménages, elle indique que le cycle de détente monétaire reste conditionné à une décrue durable de l’inflation et à la disparition des risques extérieurs.
La stabilité actuelle du taux directeur ne constitue donc pas nécessairement la fin du cycle de resserrement monétaire, mais plutôt une phase d’observation dans un contexte où les incertitudes internationales demeurent particulièrement élevées.
- Entre espoir économique et vigilance monétaire
La Tunisie aborde le second semestre 2026 avec des fondamentaux en amélioration : croissance plus soutenue, réserves de change renforcées et déficit courant maîtrisé.
Toutefois, la résurgence des tensions inflationnistes rappelle que la bataille contre la hausse des prix n’est pas encore gagnée.
Dans ce contexte, la décision de maintenir le taux directeur à 7 % apparaît comme un compromis entre la nécessité de soutenir l’activité économique et l’obligation de préserver la stabilité monétaire.
Une équation délicate qui continuera de guider les choix de la Banque Centrale dans les mois à venir.



