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Le mouton roi, le citoyen docile !!

UniversNews – À l’approche de l’Aïd El Kebir, le même scénario se répète avec une régularité presque insultante : les prix des moutons flambent de manière exponentielle, sans logique apparente, sans justification économique crédible et surtout sans véritable réaction de l’État. En quelques semaines, le mouton est devenu un produit de luxe dans un pays où le pouvoir d’achat s’effondre déjà sous le poids de l’inflation, des taxes et des pénuries.

Ce qui choque le plus n’est pas seulement la hausse des prix, mais l’impression d’abandon total. Les intermédiaires imposent leurs règles, fixent les tarifs selon leurs intérêts et transforment une fête religieuse en véritable marché spéculatif. Pendant ce temps, les autorités multiplient les déclarations vagues sur “la maîtrise des prix” alors que, sur le terrain, personne ne contrôle réellement rien.

L’ironie atteint son sommet lorsque l’on apprend qu’une délégation ministérielle est partie accomplir les rites du Hajj, parmi laquelle figure le ministre de l’Agriculture. Certes, le pèlerinage est un droit et une bénédiction. Mais le symbole reste désastreux : pendant que les Tunisiens comptent leurs dinars devant les étables, ceux qui sont censés réguler le secteur sont à des milliers de kilomètres, dans une forme de déconnexion presque provocatrice. Le contraste est cruel.

Mais il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité à l’État. Les citoyens tunisiens ont également leur part de responsabilité dans cette spirale absurde. Nous vivons dans une société où l’esprit critique reste faible face aux réflexes sociaux et au regard des autres. Beaucoup préfèrent s’endetter pour acheter un mouton hors de prix plutôt que remettre en question un système devenu irrationnel.

Plus grave encore : la culture du boycott est quasiment inexistante. Dans d’autres pays, une flambée abusive des prix entraîne immédiatement une réaction collective. Ici, malgré les plaintes, les marchés restent bondés. On dénonce les spéculateurs le matin avant d’acheter chez eux l’après-midi. Le consommateur tunisien proteste souvent avec émotion, mais rarement avec stratégie.

L’Aïd devrait être un moment de solidarité, de spiritualité et de partage. Il est devenu, année après année, le miroir d’un double échec : celui d’incapacité de protéger les citoyens et celui d’une société qui peine encore à comprendre que le consommateur possède aussi un pouvoir. Celui de dire non.

Mustapha Machat

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