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L’explosion du cash : symptôme d’une économie qui échappe aux circuits bancaires !!

Ramadan : un facteur saisonnier, mais pas une explication suffisante

Universnews – Alors que le débat public se concentre sur l’inflation, le financement de l’État ou la réforme bancaire, un indicateur monétaire évolue presque dans l’indifférence générale : le volume des billets et monnaies en circulation.

Selon les dernières statistiques publiées par la Banque Centrale de Tunisie, les billets et monnaies en circulation ont atteint 28 021 millions de dinars au 13 mars 2026, contre 23 243 millions de dinars un an auparavant. En l’espace de douze mois, ce sont donc près de 4,8 milliards de dinars supplémentaires qui circulent sous forme de cash dans l’économie tunisienne.

Cette progression n’est pas anodine. Elle traduit une mutation silencieuse du comportement de paiement des agents économiques.

Une économie qui se “re-fiduciarise”

Dans la plupart des économies modernes, la tendance est plutôt à la réduction de la circulation fiduciaire au profit des paiements électroniques. En Tunisie, le phénomène semble suivre une trajectoire inverse : le cash regagne du terrain.

Les ménages continuent de privilégier les espèces pour leurs transactions quotidiennes, mais le phénomène touche désormais aussi certaines relations commerciales entre entreprises. Cette situation traduit à la fois une préférence culturelle pour le paiement en liquide, mais aussi une défiance persistante envers les instruments scripturaux ou numériques.

L’effet collatéral de la réforme du chèque

L’un des facteurs récents qui pourrait expliquer cette dynamique est la réforme du système des chèques, introduite par la loi 2024-41. En renforçant les contraintes juridiques liées à l’émission des chèques, cette réforme a mécaniquement réduit leur utilisation comme instrument de paiement courant, notamment dans les transactions commerciales.

Or, dans l’absence d’alternatives électroniques suffisamment diffusées et acceptées, une partie des opérateurs économiques s’est tournée vers la solution la plus immédiate : le paiement en espèces.

L’ombre persistante de l’économie informelle

L’augmentation du volume de cash en circulation est également étroitement liée au poids de l’économie informelle, qui demeure un trait structurel de l’économie tunisienne. Une part significative des transactions économiques échappe encore aux circuits bancaires, alimentant ainsi une demande soutenue de liquidités.

Dans ce contexte, les billets et monnaies deviennent non seulement un moyen de paiement, mais aussi un vecteur de discrétion économique, permettant d’opérer en dehors des radars fiscaux et financiers.

Ramadan : un facteur saisonnier, mais pas une explication suffisante

La période du Ramadan s’accompagne traditionnellement d’une augmentation de la demande de cash, liée à la hausse de la consommation et aux habitudes de paiement des ménages. Toutefois, ce facteur saisonnier ne suffit pas à expliquer l’ampleur de la progression observée.

La tendance actuelle s’inscrit dans un mouvement plus profond qui dépasse les fluctuations ponctuelles du calendrier.

Un enjeu stratégique pour la politique monétaire

L’expansion rapide des billets et monnaies en circulation pose plusieurs défis aux autorités monétaires.

D’une part, elle réduit les ressources disponibles dans le système bancaire, ce qui peut accentuer les tensions de liquidité et accroître la dépendance des banques au refinancement de la banque centrale.

D’autre part, une économie fortement “cashisée” complique la traçabilité des flux financiers et limite l’efficacité des politiques de lutte contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent ou l’économie parallèle.

Pour les autorités publiques, la question dépasse désormais le simple développement des paiements électroniques. Elle implique une stratégie globale de modernisation du système de paiement, associant régulation, incitations économiques et inclusion financière.

Car derrière la hausse des billets et monnaies en circulation se dessine peut-être une réalité plus préoccupante : celle d’une économie qui, faute de confiance et d’alternatives crédibles, choisit de fonctionner de plus en plus en dehors du système financier formel.

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