
UniversNews (MONDE) – « La dissuasion doit demeurer un intangible français », a annoncé Emmanuel Macron au début de son discours à la base de l’île Longue, à Brest, cet après-midi. « En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j’en suis le garant et je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l’attachement de la nation, mon attachement, à la poursuite de cette mission fondamentale », a poursuivi le chef de l’Etat, décrivant une « dissuasion (…) robuste et efficace ».
« Tous ceux qui auraient l’audace de vouloir s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux à payer », a rappelé Emmanuel Macron, faisant référence aux « dommages inacceptables », un terme propre à la dissuasion nucléaire, qui correspond à ce que promet d’infliger la France à qui voudrait s’en prendre à ses intérêts vitaux.
« Intangible ne veut pas dire inerte », prévient le chef de l’Etat, évoquant son discours de février 2020, lors de son premier mandat, quand il avait laissé entendre que les intérêts vitaux de la France dépassaient ses propres frontières : « Fidèle à la tradition républicaine, j’avais exposé les fondements de notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde. »
Mise en place progressive d’une dissuasion avancée
« C’est avec beaucoup de gravité que je viens aujourd’hui annoncer à la nation une évolution à la hauteur de nos défis nationaux et européens », a exposé le président français. Il a estimé que la France doit « renforcer sa dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces ». « Et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté. Avec la mise en place progressive de ce que j’appellerais une dissuasion avancée », a-t-il poursuivi.
Une période de rupture pleine de risques
« Nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture pleine de risques », a-t-il ajouté, affirmant que « cette période justifie un durcissement » du modèle de dissuasion français.
Quel est le prix du soutien massif de la Corée du Nord à la guerre d’agression [de la Russie] ? Quelles sont les ramifications du traité d’alliance entre les deux pays ? Que dire de la dépendance extrême dans laquelle la Russie s’est placée vis-à-vis de la Chine ? De tout cela, nous devons tenir compte », avance Emmanuel Macron dans son discours.
Le président de la République promet, par ailleurs, de revenir « dans les prochains jours » sur le conflit en cours au Moyen-Orient « qui porte et portera son lot d’instabilité et d’embrasement possible à nos frontières », affirme-t-il.
Renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire
Macron estime que « nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire, mais aussi, dans le même temps, à une intensification de la conflictualité ».
« Cela a des implications très directes pour nous. Le risque de franchissement est plus grand. D’abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées des États possesseurs ou proliférant s’accroissent », poursuite le chef de l’Etat, évoquant les conflits qui sévissent en Inde, au Pakistan, en Iran et en Israël, en passant par « le comportement irresponsable de la Russie » en Ukraine.
« L’Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire pour gérer ce genre de situation, avant qu’elles ne franchissent le seuil nucléaire », alarme le président français, selon qui « il faut des capacités spécifiques »
Emmanuel Macron donne les détails de ces capacités spécifiques « qu’on appelle l’épaulement » : « alerte avancée pour détecter les menaces, la défense aérienne élargie pour s’en prémunir, la frappe dans la profondeur pour contrer et agir au plan offensif. »
Pour être libre, il faut être craint
« L’alerte avancée pour détecter les menaces, la défense aérienne élargie pour s’en prémunir, la frappe dans la profondeur pour contrer et agir au plan offensif : c’est tout cela qu’on appelle l’épaulement », a poursuivi Emmanuel Macron à Brest.
« Pour être fort dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos capacités conventionnelles, dans toutes leurs dimensions », a-t-il expliqué ajoutant que « les dernières années ont bien montré le manque criant de capacité d’épaulement en Europe. Et cette situation n’est pas tenable ». « Pour être libre, il faut être craint », a-t-il souligné.
« Un rehaussement de notre arsenal [nucléaire] est indispensable », assure Emmanuel Macron, affichant son « insigne honneur » d’annoncer « que le futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins, qui battra pavillon français, se nommera L’Invincible et naviguera en 2036 ».
« J’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal », annonce le chef de l’Etat français, avant de préciser : « Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par la passé. »
La dissuasion nucléaire prévoit une « stricte suffisance », c’est-à-dire le nombre de têtes et de missiles nécessaire, sans excédent. Ces dernières années, la France avait réduit la taille de son arsenal, aujourd’hui inférieure à 300 têtes nucléaires.
Pour une juste répartition des efforts
Pour Emmanuel Macron, « l’expérience des dernières années montre bien qu’il y a au moins trois domaines où notre Europe, si elle devait faire face à une escalade et la gérer sous le seuil nucléaire, bénéficierait de nouveaux moyens collectifs : l’alerte avancée, donc la capacité, par une combinaison de satellites et de radars, de détecter et de suivre les missiles qui pourraient nous viser la maîtrise de notre ciel. Avec la défense aérienne élargie et les protections antimissiles et antidrones, et enfin les capacités de frappes dans la grande profondeur ».
« En entrant avec nous dans cet épaulement réciproque, les pays partenaires peuvent aider à renforcer les capacités de l’Europe dans ces trois domaines », estime Emmanuel Macron, plaidant pour cette « juste répartition des efforts. Et la France y sera donc clairement gagnante ».
Le champ des règles est un champ de ruines
Emmanuel Macron estime, qu’en matière nucléaire, « le champ des règles est un champ de ruines ». « Les accords internationaux de maîtrise des armements sont à la peine. Regardons la situation avec lucidité. Chacun a pris ses libertés », constate-t-il, avant de lister :
« Les Etats-Unis ont mis fin au traité sur les missiles anti balistique. Les Etats-Unis et la Russie ont mis fin au traité sur les forces nucléaires intermédiaires, dont la Russie violait depuis longtemps les dispositions. Le traité New Start qui encadrait les arsenaux pour les arsenaux nucléaires américains et russes, a cessé d’exister il y a quelques semaines. La Russie a dératifié le traité d’interdiction sur les essais nucléaires que les Etats-Unis n’avaient, eux, jamais ratifié. »



