
UniversNews – Des dizaines de milliers de candidats ont franchi les portes des lycées de la République pour entamer les épreuves du baccalauréat, ce rendez-vous annuel qui fait battre le cœur des élèves, des parents et de tout le système éducatif. À tous ces jeunes, nous adressons nos vœux de réussite.
Mais cette année, un autre examen semble avoir été organisé en parallèle. Un examen national grandeur nature auquel ont participé, malgré eux, près de douze millions de Tunisiens : survivre plusieurs heures avec une connexion Internet fortement perturbée.
Dès les premières heures de la matinée, les utilisateurs des réseaux mobiles, tous opérateurs confondus, ont constaté ralentissements, coupures et difficultés d’accès aux services en ligne. Télétravail perturbé, transactions retardées, communications compliquées : l’effet a été immédiat pour des milliers de citoyens dont l’activité professionnelle dépend désormais d’une connexion stable.
La raison ? La lutte contre la fraude au baccalauréat. Une préoccupation légitime et nécessaire. Personne ne conteste la nécessité de préserver l’intégrité du plus prestigieux concours national. D’autant plus qu’une fuite du sujet de philosophie destiné aux sections scientifiques aurait circulé dès 8h05, quelques minutes seulement après le début de l’épreuve.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut combattre la fraude. La question est plutôt de savoir pourquoi toute la population doit payer le prix des agissements de quelques fraudeurs équipés d’oreillettes miniatures et de gadgets électroniques.
D’autres pays sont confrontés au même défi sans pour autant plonger un pays entier dans une semi-déconnexion numérique. Certains utilisent des brouilleurs limités au périmètre des centres d’examen, d’autres renforcent les contrôles à l’entrée grâce à des détecteurs électroniques ou à des scanners spécialisés. Plusieurs systèmes éducatifs misent également sur une surveillance accrue des salles et sur des procédures de sécurité plus strictes pour la distribution et la protection des sujets.
À l’heure où la Tunisie affiche ses ambitions numériques, couper ou perturber l’accès à Internet à grande échelle pour protéger un examen ressemble à une solution du siècle dernier appliquée à un problème du XXIe siècle.
Les bacheliers planchent sur la philosophie. Le reste du pays, lui, continue de méditer sur une question autrement plus complexe : faut-il déconnecter toute une nation pour empêcher quelques élèves de tricher ?
Comme si cela ne suffisait pas, les perturbations observées lors de la première journée se sont poursuivies ce jeudi, au deuxième jour des épreuves du baccalauréat. De nombreux utilisateurs ont de nouveau signalé des difficultés d’accès à Internet mobile durant les heures d’examen, donnant le sentiment que la mesure exceptionnelle est en train de devenir une routine quotidienne. Pour les professionnels, les travailleurs indépendants et les entreprises qui dépendent fortement de la connectivité numérique, la situation commence à susciter une réelle exaspération.
Sur les réseaux sociaux, la tension est montée d’un cran. Entre sarcasmes, critiques et détournements humoristiques, les internautes s’interrogent sur la pertinence d’une solution qui semble pénaliser l’ensemble de la population.
Certains ironisent déjà sur l’apparition d’une nouvelle saison : celle des « coupures du bac », devenue aussi prévisible que les épreuves elles-mêmes. D’autres rappellent qu’à l’ère du numérique, la continuité des services Internet n’est plus un luxe mais une nécessité économique, professionnelle et même administrative pour des millions de citoyens.
KS



